La technologie BIM est une alliée de la transition écolo-geek de Wild Rabbits Architecture

Par Maxime Thomas
- 16 Oct 2017 - 7 min De Lecture
Wild Rabbits Architecture
Crèche en papier. Avec l’aimable autorisation de WRA/Sergio Grazia.

Ce n’est que la première pierre, la promesse d’un bâtiment tel que l’imagine son maître d’œuvre. Pourtant, le jour où l’architecte Vladimir Doray assiste à la pose de la première façade préfabriquée sur le chantier de cet immeuble d’habitation d’Aubervilliers, en région parisienne, une sensation de déjà-vu envahit le cofondateur du cabinet Wild Rabbits Architecture (WRA).

« Le BIM oblige à un important travail en amont. Ce travail d’échange avec les différents acteurs du chantier a une conséquence : au premier coup de pioche porté pour la construction d’un bâtiment, nous, maîtres d’œuvre, vivons déjà dans le bâtiment depuis trois ans », observe l’architecte. Connaisseur des moindres recoins de l’espace d’un projet baptisé Pop-Up building, Vladimir Doray n’en demeure pas moins émerveillé le contenu de la maquette numérique se matérialise.

La structure bois, dont est fait cet ensemble de 18 logements sociaux, a nécessité énormément de discussions en amont avec les entreprises, notamment sur les aspects spécifiques d’un assemblage. Pour Vladimir Doray, « l’apport de la maquette numérique sur ce point précis est extrêmement précieux, par exemple, au moment où un mur bois va devoir se poser sur un ensemble maçonné. Quand il faut gérer à cet endroit même une remontée d’étanchéité, la continuité de l’isolant et un alignement de bardage, la gestion des éléments oblige à une forme de flânerie dans le modèle 3D ».

Ensemble de 18 logements sociaux à Aubervilliers. Avec l’aimable autorisation de WRA/Sergio Grazia.

Au gré des vérifications et des éventuelles modifications à opérer, la promenade dans la maquette numérique exige, comme lors d’une visite de chantier, de rester attentif à d’autres points de détails qu’on avait d’abord ignorés. Le repérage de ce type d’incohérences, aussi minimes soient-elles, demande de passer énormément de temps dans l’ensemble de l’ouvrage, bien en amont de sa construction. « C’est ce qui fait que nous vivons vraiment dans le bâtiment bien avant que les pelleteuses n’envahissent le chantier », justifie Vladimir Doray.

Sur le site, les différentes entreprises en conviennent : plus le projet est détaillé, moins il y a de risques de devoir recommencer un ouvrage. Les plans, les croquis explicatifs, les réunions de chantier restent de mise mais, en devenant le document de référence, la maquette 3D réalisée sous Revit offre une vision très large de l’imbrication des corps de métiers, qu’il ne ne pas sous-estimer. « C’est au moment du passage du plan en 3D que tous les points délicats se révèlent. Or, il vaut mieux les traiter en étude que sur le chantier », remarquent les architectes de WRA. Dès lors, les discussions avec les bureaux d’études (bois, acoustique, thermique), les architectes et le bureau de contrôle s’intensifient et permettent à chacun des spécialistes de pousser plus en avant le curseur de l’exigence qualité et ce bien avant toute pose.

En cours de chantier, les rapports de confiance dépendent en partie de la constance et de l’anticipation dont fait preuve la maîtrise d’œuvre. Toutefois, une telle organisation ne saurait souffrir aucune forme de relâchement en aval. À tort ou à raison, au gré des expériences, les entrepreneurs soupçonnent souvent l’architecte de modifier le projet en cours de route. « La maquette numérique préexistant aux travaux, elle témoigne de notre bonne foi en tant que concepteur. Elle est une preuve que ce qui est demandé faisait initialement partie du projet », soutient-on au sein du cabinet d’architectes parisiens.

Cette démarche au sein de Wild Rabbits Architecture procède entre autre d’une volonté de prévision dans la perspective d’affiner la stratégie énergétique et carbone de chaque projet. « Tous les enjeux mesurables sont prévus. Les matériaux employés dans la construction virtuelle sont à la fois quantifiés et qualifiables, en fonction de nombreux paramètres. Sur le plan énergétique les critères de consommation se complexifient d’année en année. Les consommations de chauffage et de climatisation continuent de nous intéresser mais nous prenons à présent en compte l’impact environnemental de la construction elle-même », précise Vladimir Doray.

Ainsi, les matériaux intégrés dans la maquette sont quantifiés. Ils peuvent être également qualifiés sur des critères de carbone ou d’énergie grise de sorte à avoir une vision précise de l’impact de chaque décision sur le bilan environnemental du bâtiment. L’emploi d’un isolant biosourcé ou d’une menuiserie bois peut être valorisé de manière très claire, en discutant avec les bureaux d’étude. Cette possibilité aide à orienter les choix amont et pour la maîtrise d’ouvrage, apporte plus de clarté.

Dès lors, puisqu’il existe d’innombrables manières d’obtenir un bâtiment répondant aux normes de basse consommation (BBC), WRA a engagé une réflexion qui l’éloigne un peu de son activité première mais qui le rapproche de ses ambitions écologiques. Ainsi, dans le cadre d’un projet de logements privés, les architectes ont souhaité que la ventilation soit répartie de manière naturelle, c’est-à-dire sans utiliser la ventilation mécanique contrôlée (VMC).

Les appartements, dont chaque pièce bénéficiait d’une fenêtre pour pallier cette absence, ont été passés au crible d’un simulateur de ventilation par le bureau d’étude. Une fois démontrée la pertinence technique de l’innovation proposée, un protocole expérimental a été initié avec l’ADEME, un organisme spécialisé. Malheureusement, tout s’est arrêté car la maîtrise d’ouvrage n’a pas trouvé d’assurance acceptant de déroger à la norme imposant une VMC. « Nous voulions démontrer que cette norme est inadaptée et qu’il était possible d’y déroger en faisant preuve d’innovation. Malheureusement, si les démonstrations numériques nous donnent raison, force est restée à la loi », plaisante Vladimir Doray.

Crèche en papier. Avec l’aimable autorisation de WRA/Sergio Grazia.

Malgré cette frustration de ne pas voir son innovation se concrétiser, le cabinet WRA se veut philosophe : « C’est un échec, mais un petit échec car le bâtiment en question est malgré tout en cours de construction. L’ensemble ne sera pas réalisé entièrement sous la forme que nous avions imaginée initialement, mais ce n’est pas grave parce qu’à l’instar d’un personnage de fiction, il existe dans l’esprit de ses créateurs. »

Ainsi, s’il devait expliquer ce qu’est le BIM à un néophyte, Vladimir Doray la comparerait à une extension du réel. « Pour filer la métaphore du personnage de fiction, je dirais qu’avec le BIM nous avons non seulement la possibilité de définir très rapidement avec une grande précision ce personnage, mais aussi de déployer des moyens simples pour le faire exister aux yeux du public. »

Grâce à cette technologie, la part d’abstraction à laquelle on demande au client de faire appel, se réduit de plus en plus. D’un coup, le futur probable d’une construction devient très concret.

WRA utilise Revit depuis 2009 sur l’ensemble de ses projets, des maisons individuelles des débuts aux projets dépassant les 20 000 m² aujourd’hui, qu’il s’agisse de neuf, de réhabilitation, de logement ou d’équipement. Ils utilisent au total une quarantaine de logiciels, la plupart interopérables avec Revit qui avec le temps devient de plus en plus inclusif et complet. « Je garde un très bon souvenir de la soufflerie de VASARI – un plug-in Autodesk — avec laquelle nous avions travaillé sur une étude de l’îlot de chaleur urbain. Nous avons ainsi pu mesurer, en fonction de la saison et de l’heure, les effets du vent sur un énorme garage parisien que nous devions sculpter pour le transformer en logements. La rose des vents interactive couplée à la soufflerie nous a permis pour la première fois d’intégrer une approche scientifique de l’îlot de chaleur urbain dans notre approche bioclimatique », soutient Vladimir Doray.

Une approche technique sans arrêt couplée aux innombrables critères qui, de l’ensemble au détail, façonne les bâtiments. Les écolo-geeks de WRA n’en oublient pas d’être architectes.

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