La prochaine déferlante de tendances du secteur industriel

Par Rich Thomas
- 8 Oct 2015 - 7 min De Lecture
Micke Tong

Le temps n’attend personne, la technologie non plus, surtout dans l’univers en évolution perpétuelle de la fabrication industrielle.

Non seulement ça bouge dans le secteur des matériaux et de la connectivité, mais les sociétés de capital-risque et autres incubateurs, comme les Américains Bolt et Lemnos Labs, prennent la tradition commerciale à contre-pied : capital d’amorçage, acquisition de matériel coûteux, aide précieuse d’experts et de pionniers de la fabrication industrielle… Le partage des locaux a également le vent en poupe : des plateformes immobilières, comme Bureaux à Partager, réinventent l’usage de l’immobilier urbain pour la nouvelle génération de startups.

Et après ? direz-vous. Comment les entreprises, petites et grandes, mettent-elles à profit ces nouvelles tendances du secteur industriel ?

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« La ferveur et le dynamisme des startups de la fabrication industrielle ont décuplé, explique le technologue futuriste Jordan Brandt. À présent, les grandes interrogations portent sur la pérennité de ces sociétés et sur leur capacité à accroître leur production. »

1. Les matériaux nouvelle générationSelon lui, la véritable révolution s’opère au niveau des données qui alimentent la conception des matériaux. Les produits fabriqués aujourd’hui se composent très majoritairement de matériaux standard et homogènes de grande production : de l’aluminium, des thermoplastiques, de la céramique, etc. Les procédés de transformation utilisés datent généralement de la première révolution industrielle : le coulage, le moulage, le formage et l’usinage. Bien qu’ils puissent être affinés pour modifier la structure et la performance du matériau, les propriétés de ce dernier n’en restent pas moins limitées par les exigences de la production de masse.

L’impression 3D, qui consiste à le placer précisément là où on veut, ouvre des perspectives totalement nouvelles dans ce domaine. Il est désormais possible de concevoir le matériau en même temps que l’on conçoit l’objet, et l’informatique permet de produire des matières aux propriétés intrigantes : des métaux qui rétrécissent lorsqu’on les chauffe, des couleurs créées en faisant appel à la microstructure plutôt qu’à des pigments (exactement comme une aile de papillon)… « On les appelle parfois des métamatériaux, précise le technologue. C’est le post-modernisme des sciences des matériaux. »

Les jeunes entreprises qui seront en mesure de vraiment valoriser ces nouvelles métacapacités se trouveront forcément en pole position.

2. Le cloud. Ah, le nuage, omniprésent, mais toujours aussi insaisissable. L’usage le plus courant du cloud est le stockage en ligne, comme sur les fameux sites d’hébergement des leaders du marché : Dropbox, Google Drive et Box. Cependant, à cause de la mondialisation et de la mobilité croissante de la main-d’œuvre, une question brûlante agite les penseurs de ce secteur : comment permettre à des équipes disparates, manipulant des données très spécifiques et souvent massives, de collaborer en temps réel ?

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Leur solution passe d’abord par la communication. Un article récent paru sur Le Journal du Net notait que Slack, un outil de messagerie instantanée et de collaboration en temps réel, était évalué à plus de 2 milliards de dollars et recensait plus de 500 000 utilisateurs. Les outils de gestion de projet en ligne ne manquent pas non plus. Les produits tels que Google Docs, GitHub (pour les codes de logiciels), et Splice (pour la musique) constituent des systèmes de collaboration dans leurs domaines respectifs, mais d’autres secteurs, notamment le cinéma et l’architecture requièrent des solutions spécialisées.

« La construction d’un bâtiment, ou la mise au point d’une voiture exigent la participation d’équipes dispersées de par le monde, poursuit Jordan Brandt, chacune travaillant à la modélisation des caractéristiques de sa propre discipline : les circuits électriques, la structure ou la forme. Un système donné peut très bien englober dix à vingt maquettes différentes. »

Les outils tels qu’Autodesk Fusion 360, qui sont conçus pour le partage des maquettes 3D et des prescriptions techniques, et qui offrent la possibilité de les annoter et de les modifier en temps réel, permettent aux startups industrielles d’accroître leur production à moindre risque. Pour les entreprises, les outils de gestion du cycle de vie des produits (GCVP) via le cloud, comme Autodesk PLM 360, offrent la possibilité de mieux communiquer avec leur chaîne logistique, de mieux la gérer, et donc potentiellement, de réduire leurs frais généraux, de minimiser le réusinage, et de raccourcir le délai de lancement d’un produit.

3. La personnalisation de produits. Non, il n’est pas question ici de NIKEiD ou d’une canette de Coca sur laquelle figure le nom de votre petite amie. La prochaine vague de personnalisation ne porte pas tant sur la customisation des couleurs que sur l’optimalisation des performances : il ne s’agit pas seulement de l’esthétique de la chaussure, mais de la façon dont elle chausse votre pied et influe sur vos caractéristiques athlétiques.

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Les enseignes de luxe personnalisent de plus en plus leurs tenues vestimentaires : certaines proposent même des ensembles entièrement faits sur commande. L’impression 3D, bien entendu, fait reculer les frontières de ce domaine, et plus particulièrement dans le secteur médical. Les appareils auditifs, dentaires et autres prothèses ont bénéficié des effets de la personnalisation. Prenons l’exemple de Han Han : l’été dernier, en Chine, ce petit garçon de 3 ans a été guéri d’un problème congénital grâce à un implant crânien en titane imprimé en 3D. Autre exemple : la grande première médicale réalisée sur cette Hollandaise de 22 ans dont le crâne a été entièrement remplacé par une pièce plastique également produite par fabrication additive. Ça, c’est de la personnalisation.

Mais la demande ne provient pas uniquement de cas extrêmes. Dans un contexte économique fragile, les gens cherchent à rationaliser. Ils ne veulent pas s’encombrer. Les articles conçus pour un usage déterminé créent un sentiment d’affinité avec la marque, valorisent l’expérience-client, et, dans l’idéal, favorisent la productivité.

« Au fond, on trouvera toujours le moyen de commercialiser de nouveaux trucs, mais à moins d’améliorer fondamentalement la productivité, l’économie continuera de stagner », soutient le technologue futuriste.

4.La connectivité. « Nous ne sommes qu’à l’orée de cet univers, avance-t-il. Nous sommes passés du stade kitsch à un niveau d’une portée beaucoup plus significative. L’appareil n’en est qu’un aspect. La valeur réelle découle de ce que l’on fait de ces informations. Qu’est-ce qui nous aide à mieux choisir, ou à choisir ce qui nous convient à nous ? »

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Les gens vivent dans un univers connecté. Des Fitbits aux thermostats Nest Learning, en passant par les réfrigérateurs connectés à Internet, les dispositifs qui nous entourent collectent une myriade de données qui nous aident à vivre mieux et à privilégier l’efficience. Mais qui a le temps d’interpréter cette foule d’informations ? Qui va se pencher sur votre bilan de santé Apple et pondre le programme d’entraînement et le régime alimentaire spécialement adaptés à vos besoins ? Sans analyse, le Fitbit n’est qu’un accessoire coûteux. La prochaine vague d’objets connectés ne se contentera pas de vous présenter les faits, elle vous aidera à prendre des décisions.

Mis au point par Cubic Robotics, une société implantée à Palo Alto, en Californie, Cubic se présente comme « votre assistant IA, doté de personnalité. » Autre outil qui d’après Jordan Brandt est en passe de devenir hyperconnecté, AmazonFresh « pourrait déterminer votre niveau hebdomadaire d’activité physique, l’heure à laquelle vous rentrerez, et commander ce que vous devriez manger. » Les mégadonnées font partie du quotidien, et les entreprises s’en servent, mais l’association de l’analytique et de l’intelligence artificielle annonce-t-elle la tyrannie imminente d’êtres synthétiques doués de sensations ?

« Je ne pense pas que les gens associent l’Internet des objets à Terminator, pas encore du moins, plaisante le technologue. Je crois que ça, c‘est plus du domaine de la grosse artillerie de la robotique expérimentale. Ça ne me ferait rien de déléguer bon nombre des décisions que je dois prendre au quotidien, s‘il existait un dispositif, doté de l’intelligence artificielle nécessaire, auquel je puisse faire confiance. »

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