Au Japon, la culture locale guide Starbucks grâce à la modélisation numérique et à la réalité virtuelle

Par Keiko Kusano
- 19 Sep 2017 - 7 min De Lecture
starbucks japan ark hills tokyo branch
Le Starbucks d’Ark Hills, à Tokyo, a été rénové en mai 2016. Le but de son « Experience Bar » en forme de fer à cheval est de proposer « un troisième lieu aux gens ayant des goûts raffinés ». Avec l’aimable autorisation de Starbucks Japon.

Cela fait vingt ans que Starbucks a ouvert son premier « salon de café » au Japon, introduisant un nouveau paradigme dans l’image que le pays se faisait des coffee shops et offrant ainsi « un troisième lieu », autre que l’alternative entre la maison et le lieu de travail ou l’école.

Starbucks a ouvert 1245 salons de café dans les 47 préfectures du Japon. Pour la plupart, ils sont dirigés directement par la société mère et par conséquent, ce sont les architectes d’intérieur de Starbucks qui en dessinent les plans. Mais au lieu d’utiliser le même décor à chaque fois, ils ont pris la peine d’intégrer des détails qui exprimaient certains aspects régionaux et historiques, ou le mode de vie des habitants. En d’autres termes, ils se sont adaptés spécifiquement au marché japonais.

Toutefois, cette démarche n’était pas celle de Starbucks à l’origine. En 1996, un salon de café spacieux, le premier hors de l’Amérique du Nord, a ouvert ses portes sur la rue Matsuyama-dori dans le quartier de Ginza, à Tokyo. Son décor avait été calqué sur un modèle utilisé par le siège du groupe à Seattle. Les seules adaptations effectuées répondaient à la mise en conformité avec les réglementations japonaises et au besoin d’espace. Mais au fur et à mesure que Starbucks a poursuivi sa croissance à l’international, cette standardisation a peu à peu été laissée de côté au profit d’expérimentations avec les particularismes régionaux et d’interprétations plus créatives.

Starbucks Japon abrite aujourd’hui l’un des 18 cabinets de conception du groupe dans le monde. Le cabinet de conception japonais compte une trentaine d’employés, dont la plupart sont soit des architectes d’intérieur soit des spécialistes ayant des qualifications architecturales. Chaque année, ils imaginent et réalisent plus d’une centaine de nouveaux salons de café et supervisent la rénovation de 150 salons existants.

Le passage à la modélisation numérique

En 2009, Starbucks Japon a remplacé son ancien logiciel de CAO en 2D par Autodesk Revit, un outil de modélisation numérique de bâtiment qui était déjà utilisé par l’équipe de Seattle. Mayu Takashima, directrice de l’équipe de projet, se rappelle des impressions que le nouveau logiciel avait faites sur ses collaborateurs. « Nous nous sommes jetés à l’eau sans avoir reçu de formation. Chacun d’entre nous a commencé à travailler à sa façon. »

Sanjokarasuma Interior
Le Starbucks Sanjo Karasuma de Kyoto a été rénové puis rouvert en septembre 2016. Les cafés les plus tendance y sont présentés selon une esthétique qui s’inspire du concept de la « beauté dans la simplicité » prônée par le maître de thé Enshu Kobori. Avec l’aimable autorisation de Starbucks Japon.

À un moment donné, il est devenu évident que les procédures de modélisation devaient être mieux organisées et plus collectives. « Nous travaillions de façon désordonnée : un jour, alors que nous n’arrivions pas à récupérer des données qui étaient liées à une famille d’éléments 3D que l’entrepreneur utilisait, nous avons dû saisir manuellement un nouvel ensemble de données, raconte Mayu Takashima. C’était vraiment la pagaille. »

Pour éviter de se retrouver dans le même scénario, l’équipe a entièrement réorganisé le flux de ses tâches. « Nous avons organisé des réunions de travail avec chaque concepteur afin d’identifier les fonctions dont nous avions besoin et les exigences minimales pour les plans de conception de chaque salon de café. Nous avons utilisé les commentaires de toute l’équipe pour construire une base commune qui garantisse que toutes nos tâches soient coordonnées », ajoute Eri Takao, qui faisait partie de l’équipe de projet.

Dans le cas de la rénovation d’un salon existant, l’équipe de projet rentre les informations des plans originaux dans une maquette 3D afin d’effectuer les tâches de conception additionnelles. Grâce à l’accès à ces données, il est plus facile de montrer les transformations aux collègues qui s’occupent des opérations commerciales, comme les chefs des ventes ou les directeurs régionaux. L’équipe de projet peut ainsi accélérer le rythme de la conception, ce qui permet d’économiser du temps et de l’argent.

Une esquisse en réalité virtuelle : le salon de café d’Ark Hills

Depuis l’été 2016, Starbucks Japon se lance dans la création de fichiers de réalité virtuelle (VR) pour ses cafés, en exploitant les données de modélisation numérique distribuées via le logiciel Revit Live d’Autodesk. Sur ce programme, les fichiers Revit peuvent facilement être convertis en contenu virtuel, et donc être utilisés pour des présentations ou lors d’autres échanges d’informations.

Alors qu’ils exploraient les possibilités de cette plate-forme, les concepteurs ont réuni des collègues d’autres départements pour tester une visualisation du salon de café d’Ark Hills qui venait juste d’être rénové, au moyen d’un casque HTC Vive. « Un barista qui travaillait à Ark Hills se trouvait justement dans les bureaux de Starbucks Japon avant que nous ne commencions le test, se rappelle Eri Takao. Avant quiconque, c’est sur lui d’abord que nous avons testé notre contenu virtuel. Je savais que les données de modélisation numérique qu’il regardait avaient été utilisées pour le chantier réel, mais j’ai quand même été surprise de sa réaction. Il m’a raconté comment il faisait du café tous les jours à cet endroit précis. Ses perceptions, telles que la hauteur ou la largeur des comptoirs, ou les vues depuis les tables de la salle, étaient exactement les mêmes que dans le lieu réel. »

« Avant, lors des réunions avec les entrepreneurs, le personnel des salons de café ou les autres départements qui avaient besoin de comprendre nos projets, nous étions obligés de décrire certaines parties avec pour seule référence une image mentale, ajoute Mayu Takashima, mais maintenant, nous pouvons utiliser la réalité virtuelle pour échanger des idées en temps réel, ce qui, je l’espère, va nous aider à nous mettre d’accord pendant les phases d’études ».

starbucks japan Eri Takao and Mayu Takashima
Eri Takao (à gauche) et sa chef, Mayu Takashima, deux membres de l’équipe de projet de Starbucks Japon. Avec l’aimable autorisation de Starbucks Japon.

La technologie pour tous

Remarqué pour son soutien aux populations victimes de catastrophes naturelles, comme avec les fonds créés après le séisme et le tsunami de 2011, Starbucks s’engage également dans des programmes d’aide sociale auprès des collectivités locales. Notamment, pour financer les initiatives de télétravail dans la ville d’Asahikawa à Hokkaido, le groupe a lancé un projet dirigé par le département de conception. Ce projet faisait partie d’un programme de création d’emplois, en réponse aux problèmes japonais de main-d’œuvre et de vieillissement de la population. Le programme visait à enseigner l’utilisation de Revit comme un outil renforçant les perspectives d’emploi pour les personnes qui ont besoin de soins infirmiers ou qui sont handicapées et ne peuvent pas quitter leur domicile.

« Inspirer et enrichir l’esprit au gré des rencontres, café après café, dans chacun des quartiers où nous sommes implantés » est à la fois la mission de la Starbucks corporation et la préoccupation principale qui anime ces initiatives. « Nous pensions que ces efforts reflétaient la mission de Starbucks, alors nous nous sommes engagés dans un programme d’essai qui intègre des télétravailleurs à notre équipe de projet », explique Mayu Takashima.

Elle espère qu’avec l’acquisition de ces compétences et la possibilité de travailler à distance, les participants au programme acquerront aussi une indépendance économique. « C’est la première fois qu’ils utilisent Revit, mais ils ont envie d’apprendre et me disent que l’interface est très intuitive. Contrairement à ce qu’on fait en 2D, on peut imaginer des espaces détaillés et réalistes. Grâce à cela, ils peuvent eux aussi prendre part au miracle du savoir-faire, aux côtés de nos concepteurs. »

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