La société Human Condition veut transformer la sécurité des chantiers grâce aux objets connectés

Par Jeff Walsh
- 1 Mai 2017 - 7 min De Lecture
Composé d’images : Micke Tong

Le battage médiatique qui entoure habituellement le lancement d’un produit ou d’une appli cherche à nous convaincre que cette nouvelle technologie résoudra les maux de l’humanité et que son adoption est une question de vie ou de mort.

Pour le PDG de la société Human Condition Safety, Peter E. Raymond, la vie et la mort constituent effectivement l’enjeu.

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Et d’expliquer : « Nous avons créé Human Condition Safety pour remédier au grave problème des accidents et des décès sur les chantiers. Ce problème, qui est loin d’être nouveau, a besoin d’être résolu et notre objectif est d’éliminer les décès sur tous les chantiers du monde d’ici 2025. »

La société, filiale de Human Condition Global, s’attaque au problème de la sécurité sur les chantiers du bâtiment par le truchement des objets et des vêtements connectés aussi appelés « wearables ». Pour le grand public, il s’agit d’un domaine relativement nouveau, mais Peter E. Raymond, lui, y travaille depuis bientôt douze ans. Il a commencé par construire des objets de technologie connectée, qui permettent aux médecins de détecter les symptômes d’insuffisance cardiaque congestive ou de sclérose en plaques via des capteurs et des transducteurs portés sur le corps. Le résultat n’a pas forcément changé les traitements médicaux, mais la relation entre les médecins et leurs patients a évolué.

Il explique que « cela a vraiment contribué à développer une empathie pour ce que vivait le patient. Le médecin ne diagnostique pas forcément l’état de la maladie : il traite l’être humain. Et lorsqu’on traite un être humain, on traite aussi la maladie. Si vous ciblez uniquement la maladie, vous allez souvent passer à côté de la personne assise en face de vous, qui a peur et qui souffre. Nous voulions trouver un moyen de replacer l’humain dans cette équation. »

Tout en continuant à travailler sur différents aspects dans le secteur de la santé, Peter E. Raymond a mis au point des applications de technologie portable et de capture de données pour les coureurs automobiles ou les athlètes olympiques. Pour eux, « un écart d’un centimètre dans le déplacement du bras ou le réglage du siège peut faire la différence entre une médaille d’argent et une médaille d’or » explique-t-il.

Ces premières applications ont permis à Human Condition Safety de transférer son expertise vers l’industrie du BTP, en sachant qu’il lui faudrait contenir les coûts et travailler avec les capitaines de l’industrie pour créer la solution parfaite.

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Au Centre des opérations du réseau (NOC) de Human Condition Safety. Avec l’aimable autorisation de Human Condition Safety.

Peter E. Raymond ajoute : « En travaillant avec des leaders de l’industrie qui rencontrent ces problèmes tous les jours, nous comprenons véritablement leurs besoins, et cela dès le départ. Il ne s’agit pas du tout de concevoir un produit dans le vide et d’espérer que quelqu’un l’achètera. Notre tâche consiste d’emblée à collaborer avec nos partenaires. »

Lorsqu’on visite le laboratoire de la société à New York, ses inventions, dont les tests sont actuellement en cours, semblent capables de précision et d’adéquation. Un gilet intelligent peut déterminer si vous vous penchez en courbant le dos plutôt qu’en pliant les genoux, ou si vous portez trop de poids sur les épaules. Un autre dispositif permet d’observer l’alignement de votre colonne vertébrale lorsque vous soulevez un carton du sol.

Pris individuellement, chaque élément suivi par capteur semble plutôt anodin, jusqu’à ce qu’on l’applique à des centaines d’ouvriers qui répètent ces mêmes mouvements à longueur de journée et s’exposent à des accidents. Si toute la main d’œuvre est équipée d’objets et de vêtements connectés, la coordination SPS dispose alors d’un tableau de bord montrant en temps réel le nombre de personnes qui sont présentes dans une zone à risque élevé. Le plan de CAO se transforme en une représentation fantomatique d’un groupe d’ouvriers qui doit rester hors de danger.

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Exemple de capture du mouvement par Human Condition Safety. Avec l’aimable autorisation de Human Condition Safety.

Peter E. Raymond précise : « Nous ne cherchons pas à créer un gadget sympa : il s’agit d’un outil qui vous permet de travailler de façon plus efficace, plus sûre et plus rapide. Et lorsqu’on l’associe à un réseau de capteurs individuels, on peut empêcher un électricien de s’électrocuter, l’outil étant capable de détecter les tensions parasites qui parcourent l’échafaudage avant qu’elles ne l’atteignent. Ça constitue une victoire décisive pour nous tous, car nous sommes en mesure d’intervenir juste avant l’accident. Nous cherchons à identifier ce point critique du risque. »

Le point critique consiste, par exemple, à déterminer si une échelle n’est pas assez proche de l’ouvrage pour que l’ouvrier puisse effectuer les travaux sans risque. Le dispositif peut aussi rappeler aux ouvriers de ne pas sauter d’un échafaudage à un autre et de porter leur harnais de sécurité. Mais il ne s’agit pas de les harceler en permanence. Nous souhaitons qu’ils restent concentrés sur leurs tâches pour qu’ils demeurent constamment hors de danger.

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Peter E. Raymond résume la situation ainsi : « En fin de compte, nous cherchons à établir ce point critique sur le plan neurologique et comportemental. »

Human Condition Safety veut aussi aborder le comportement en interne, au sein de la structure d’équipes existantes.

« Si une équipe mise à fond sur la sécurité et que l’un de ses membres travaille dangereusement, comment l’équipe peut-elle lui dire “tu mets toute l’équipe en danger avec ton comportement” s’interroge Peter E. Raymond. Nous explorons les études de cas pour essayer de voir comment on aurait pu éviter cela. L’aspect comportemental des tâches nous importe énormément. »

Et pour Human Condition Safety, cette technologie n’est pas réservée au BTP. La société met également au point des dispositifs pour les secouristes et pour les industries pétrolière et gazière, minière, portuaire, maritime et d’autres encore. Actuellement, elle mène des projets pilotes au Centre Jacob Javits et à Citi Field (le stade de la célèbre équipe de baseball New York Mets) où elle suit en parallèle la construction de son propre laboratoire de recherche et de son centre de tests.

« C’est ici qu’intervient notre partenariat avec AIG, Autodesk, Microsoft et d’autres entreprises et que nous compilons ces scénarios tirés de la vie réelle des utilisateurs » précise Peter E. Raymond. Tout y passe, de l’évacuation rapide d’un stade entier, à la façon dont des ouvriers coincés dans une salle pourraient communiquer avec le monde extérieur, jusqu’aux mesures à prendre en cas d’AVC ou de crise d’épilepsie dans l’enceinte du stade.

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Au Centre des opérations du réseau (NOC) de Human Condition Safety. Avec l’aimable autorisation de Human Condition Safety.

Et Peter E. Raymond de poursuivre : « Durant cette phase pilote, nous essayons de savoir où se trouvent les secouristes et avec quelle rapidité ils peuvent intervenir. »

Il insiste par contre sur le fait qu’il n’a aucunement l’intention de généraliser les objets et vêtements connectés pour créer une sorte de maternage extrême du chantier.

Il ajoute, pour répondre aux ouvriers qui craindraient qu’on mesure leurs efforts et leur rapidité de travail : « Notre objectif n’est pas de surveiller l’efficacité des ouvriers, il y a beaucoup d’inquiétudes à ce niveau. Un chantier sécurisé est un chantier très rentable. Les promoteurs comprennent que s’ils investissent dans la sécurité, ils feront des bénéfices, et c’est là-dessus que nous travaillons. Ceux qui ne nous suivent pas et cherchent à créer un environnement plus strict ne nous intéressent pas vraiment.

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Exemple de capture du mouvement par Human Condition Safety. Avec l’aimable autorisation de Human Condition Safety.

Nous sommes intimement convaincus que lorsqu’on dispose de données, on a beaucoup de responsabilités. Il s’agit d’un principe déontologique fort qui consiste à dire “cette technologie est destinée à prévenir les accidents et les décès.” Et c’est cela que nous faisons. »

Il reconnaît que les hésitations à ce sujet sont une étape normale dans l’éclosion de n’importe quelle nouvelle technologie.

« Les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas et notre rôle est de les aider à comprendre cette technologie. Nous laissons même les ouvriers accéder aux données pour qu’ils puissent eux-mêmes créer des outils. Ils doivent participer et se faire entendre. Pour nous c’est un élément essentiel. »

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