Avec la nouvelle conception d’AirGo axée sur l’humain, le scan corporel se taille une place de choix.

Par Rosa Trieu
- 6 Fév 2018 - 7 min De Lecture
AirGo Design Njord
Vue des nouveaux sièges des autocars AirGo Njord. Avec l’aimable autorisation d’AirGo.

En matière de transports en commun, le confort du passager semble parfois passer au dernier rang des priorités, ce qui peut s’avérer fâcheux lorsqu’on fait de longs trajets. Mais la start-up singapourienne AirGo Design est en train de changer ça. La société est parvenue à bousculer l’industrie aéronautique riche de 735 milliards de dollars en révolutionnant les sièges passagers de la classe économique. Elle veut maintenant s’attaquer aux sièges des ferries et des autocars.

La société n’avait pas prévu de s’attaquer à ces autres secteurs. AirGo a commencé d’avoir le vent en poupe grâce à ses armatures minces, ultralégères et ergonomiques, conçues pour les sièges de la classe économique des compagnies aériennes long-courriers. Convaincre ces compagnies du bien-fondé du changement a été une vraie gageure : l’industrie doit composer avec des réglementations strictes et des marges de profit très minces. Mais après moult tests et homologations, les sièges d’avion de la start-up devraient être produits en série d’ici 2018 et installés en 2019. Et voilà que l’année dernière, une société qui fabrique des équipements maritimes a pris contact avec AirGo pour relooker ses sièges de ferries.

Les sièges AirGo favorisent une posture assise plus ergonomique. Avec l’aimable autorisation d’AirGo.

AirGo seats promote a healthier sitting posture. Courtesy AirGo.Alireza Yaghoubi est cofondateur et PDG d’AirGo. Au départ, il a reçu une formation d’ingénieur mécanique. Il explique qu’en fait, « les sièges de ferries ressemblent beaucoup aux sièges d’autocars. La procédure d’homologation est différente, mais en gros, c’est le même produit. Un tas d’industries qui ne nous intéressaient pas a priori ont fait des demandes, mais ensuite, nous nous sommes rendu compte que chacun souhaitait une forme spécifique. »

Les sièges de transport en commun sont depuis longtemps conçus au moyen de tableaux anthropométriques, qui tentent de mesurer la taille et les proportions du corps humain avec des valeurs moyennes pour les 50e, 95e et 99e centiles. La conception AirGo fait appel à la technologie du scan corporel et non à des valeurs moyennes, ce qui en fait un processus unique, axé sur l’humain. « On doit jongler avec trois chiffres à la fois alors que les gens ne sont pas faits de chiffres. Le corps humain se situe dans un continuum difficile à voir dans un tableau », poursuit Alireza Yaghoubi.

AirGo body scanning
Cette image 3D montre que le dos d’un homme est incurvé vers l’arrière en position debout. Avec l’aimable autorisation d’AirGo.

Lorsque par exemple, les accoudoirs d’un siège sont trop bas, les personnes plus grandes ou plus petites que la personne « moyenne » pour laquelle le siège a été construit allongent les bras dans une direction ou une autre pour utiliser les accoudoirs, ce qui étire les muscles entre le cou et le sommet des épaules. Et Alireza Yaghoubi d’expliquer : « Ce sont des choses que l’on ne voit pas vraiment en regardant des graphiques et des tableaux qui ne représentent qu’une série de chiffres. Ce n’est pas aussi interactif que lorsqu’on numérise un corps humain. »

Pour mettre ses sièges au point, AirGo a utilisé les versions 3D numérisées de dix hommes et de dix femmes qui étaient plus petits ou plus grands que la moyenne : 1,65 m à 1,90 m pour les hommes et 1,55 m à 1,80 m pour les femmes. En couvrant cette plage, précise Alireza Yaghoubi, AirGo a produit trois modèles standard (un petit, un moyen et un grand) pour les hommes et pour les femmes, qui ont servi de patron pour le contour général des sièges. Le contour est dérivé d’une série de nœuds (points du balayage) relevés à partir des parties du corps qui varient d’une personne à l’autre : par exemple, l’emplacement de la rotule, la longueur du cou, la cambrure.

AirGo Njord offers superior lumbar support
L’incurvation du dossier des sièges AirGo Njord suit le contour du corps humain pour apporter un meilleur soutien lombaire. Avec l’aimable autorisation d’AirGo.

« Nous avons découvert que chez les femmes, il y a un écart de dix degrés dans la cambrure entre la position assise et debout. Les femmes ont du mal à s’asseoir le dos complètement droit et un bon siège ne devrait pas avoir un dossier plat. En revanche, le corps masculin est naturellement incurvé vers l’arrière et donc, pour s’adapter à la morphologie masculine, un bon siège devrait avoir 5 à 10 degrés d’inclinaison préalable. La plupart des sièges actuels sont complètement droits avant de pouvoir s’incliner… si tant est qu’on puisse les incliner », ajoute Alireza Yaghoubi.

Après correction de ces données, un dossier AirGo type peut assurer le confort de 95 % des voyageurs de 15 à 65 ans. Petit bémol, si l’on introduit trop de stabilité dans le siège, son poids augmente, ce qui le rend coûteux. Mais grâce à la technologie de balayage 3D, les personnes d’âges, de taille et de sexe différents peuvent s’asseoir confortablement l’une à côté de l’autre. Alireza Yaghoubi souligne que « la notion de confort est très subjective, surtout lorsqu’on ne connaît pas la démographie des personnes qui vont utiliser les sièges. La forme et la taille des gens varient énormément. »

L’autre avantage des sièges AirGo est leur fonction autonettoyante, qu’Alizera Yaghoubi a pu mettre au point grâce à sa formation initiale en sciences des matériaux. Il a observé que les compagnies aériennes n’utilisaient jamais de couleurs vives : « tous les sièges sont gris, bleu foncé, marron, dans ces tons-là. C’est parce que les choses qui contiennent du blanc se salissent très facilement. »

Les sièges AirGo, par contre, peuvent être recouverts d’une émulsion fluoropolymère à base d’eau superamphiphobique, qui les rend résistants aux taches et leur confère des propriétés antimicrobiennes qui empêchent que les aliments, l’huile, les bactéries ou les odeurs ne s’imprègnent. Grâce à ce procédé, AirGo peut fabriquer des sièges aux couleurs modernes et vives. Les sièges destinés aux compagnies aériennes, aux cars et aux ferries diffèrent et leur aspect est fonction du type de revêtement disponible pour les avions ou les cars.

Alizera Yaghoubi ajoute que le cas des autocars et des ferries est beaucoup plus simple que celui des compagnies aériennes : AigGo peut s’allier à d’autres fabricants de sièges pour autocars (comme Khimaira Oy en Finlande) qui possèdent déjà des armatures homologuées par l’industrie. Il espère montrer son prototype à un grand fabricant européen d’autocars au cours de cette année.

Les missions de la société impliquent aussi de créer des prototypes avec différents revêtements et de stratifier leurs coussins pour leur donner une forme ostéomorphique, ce qui signifie que les sièges ont des mousses de densités différentes disposées en motifs géométriques qui correspondent à différents points de pression. Par conséquent, lorsqu’un passager s’assoit (quels que soient sa taille ou sa corpulence), le coussin répond aux différentes quantités de pression, ce qui augmente la circulation sanguine et réduit l’engourdissement.

L’amélioration de la position assise et du soutien lombaire des sièges AirGo permet d’obtenir plus d’espace pour les jambes pour une même empreinte au sol que des sièges traditionnels, considération importante pour les compagnies aériennes qui veulent optimiser l’espace. Grâce à une meilleure conception, on peut atténuer la tendance actuelle qui consiste à mettre le plus de sièges possible dans un espace donné, surtout dans les avions. L’utilisation de matériaux plus légers, plus écologiques ainsi qu’une approche qui privilégie le confort pourraient être un bon point à la fois pour le fondement des usagers et pour l’argument de fond des industries du transport.

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