Apple, Coca-Cola, Google : 6 conseils d’une PME d’architecture pour décrocher des projets originaux et prestigieux

Par Jeff Link
- 11 Fév 2016 - 7 min De Lecture

Pour une agence de taille moyenne, STUDIOS Architecture peut se targuer de réalisations enviables. Parmi ses clients, elle compte Coca-Cola, Nickelodeon, l’université de Georgetown, Estée Lauder, Apple, Mashable, Google, Pandora, Alexander McQueen et Sirius Radio.

Immeubles high-tech très tendance, intérieurs écodurables, masterplans pour de grandes entreprises ou projets résidentiels et universitaires… Ses projets originaux et diversifiés assurent à STUDIOS une certaine notoriété au sein de la profession, mais aussi auprès du public, grâce à leur singularité et à leur génie. Son projet pour les bureaux de Shutterstock à New York, par exemple, figurait dans la liste récemment publiée par Grazia des bureaux les plus cool du monde, et l’agence était aussi présente dans le Top 50 2015 d’Architect.

Eric Gratacap, directeur principal de l’agence parisienne établie sur les Champs-Élysées, révèle comment une société de près de 300 employés, dont presque 70 à Paris, réussit à gérer des projets aussi intéressants et à rester fortement sollicitée.

Shanghai International Dance Center
Centre international de danse de Shanghai. Avec l’aimable autorisation de STUDIOS.

1. . Donner aux clients ce qu’ils souhaitent. Le conseil semble simple, mais en tant que PME, exaucer les souhaits d’un client est la clef d’une solide réputation. Récemment, STUDIOS a remporté un concours international pour le campus des studios du Centre international de danse de Shanghai, un projet de 85 000 m2 qui comporte une salle de théâtre, une salle de concert, le siège et les studios de répétition de la troupe de danse et du ballet de Shanghai.

S’intégrant parfaitement à la bouillonnante métropole chinoise de la baie du Yangtze, la forme écharpée et gracieuse évoque l’esprit de la danse. En logeant presque la moitié du programme en sous-sol, le projet libère une surface considérable : une quantité de jardins, des promenades, des fontaines et des alignements d’arbres… Et cela, tout en conservant plusieurs bâtiments historiques du site.

« Le résultat est élégant et intemporel sans être tape-à-l’œil. Il parlait à notre client, tout en tirant le meilleur parti du site, explique Eric Gratacap. »

2. Être un touche-à-tout (virtuose). Bien maîtriser les échelles, les contraintes du site et les typologies facilite aussi la tâche. Afin de retrouver sa splendeur, mais aussi de prévenir les catastrophes sismiques éventuelles, le California Memorial Stadium de l’université de Berkeley, construit en 1923 sur la faille de Hayward, avait besoin d’une importante rénovation.

Pour répondre à ces diverses contraintes, STUDIOS a collaboré avec HNTB Architecture à la conception d’un nouveau complexe pour un centre d’entraînement de football et de sports olympiques. Une place publique couvre les 8 000 m2 de toiture du Centre d’entraînement Simpson. Cette extension topographique a libéré de l’espace dans le stade d’origine, laissant place à un grand hall et à des infrastructures.

« Nous avons logé une grande part du programme en sous-sol parce qu’il fallait que le stade soit disposé sur un socle, raconte Eric Gratacap. Il s’agit d’un bâtiment historique et nous ne voulions pas affaiblir sa présence. »

UC Berkeley California Memorial Stadium STUDIOS
California Memorial Stadium de l’université de Berkeley. Avec l’aimable autorisation de STUDIOS.

3. Établir une présence internationale « localisée ». STUDIOS est une agence active à l’international et possède des antennes locales à Paris, à Bombay, à San Francisco, à New York, à Washington D.C. et à Los Angeles. L’antenne parisienne a été fondée en 1992 pour subvenir aux besoins de 3Com, d’Apple et de SGI, des clients établis aux États-Unis, qui à cette époque, se lançaient dans des projets européens. Toutefois, une agence internationale ne sert pas uniquement à répondre aux attentes de clients étrangers : le partage des ressources permet aussi d’obtenir de nouveaux contrats.

« Si l’un de nos clients parisiens veut construire sur la côte Ouest américaine, nous le mettons en relation avec nos collaborateurs de San Francisco, précise Eric Gratacap. Quand une entreprise de haute technologie veut construire un pôle en Europe, nos bureaux parisiens se chargent du projet. »

Eric Gratacap s’est aussi intéressé au droit français de la construction, ce qui l’a aidé à diriger de nouveaux projets au sein de l’agence de Paris, ville où il s’est installé en 2013 à la suite d’une promotion à l’agence de San Francisco. Comme beaucoup de ses commandes parisiennes, l’une de ses œuvres récentes, la restructuration d’une tour devant la gare de Lyon, exigeait de respecter des normes strictes et le contexte urbain historique. Redessinée pour accueillir un hôtel, sa façade élégante est habillée de rails lumineux qui réinterprètent l’histoire de la célèbre gare de manière respectueuse et contemporaine.

Pour lui, « le marché français est moins florissant que le marché américain, mais l’agence résiste bien. Nous sommes une entreprise internationale, ce qui change beaucoup de choses. Qu’il s’agisse d’un bâtiment historique ou d’un lieu à caractère historique, les contraintes de projet sont toujours plus nombreuses. »

Et d’ajouter que « souvent, nous n’avons pas le droit d’ignorer le contexte. À Paris, il faut rédiger une présentation stylée du projet, en justifiant ses choix de conception ; il faut qu’elle raconte une histoire pour ce bâtiment ; et il faut la soumettre à la mairie et aux diverses autorités concernées ». Ce genre d’expertise exige de se familiariser avec la façon locale de faire les choses et de tenir compte du contexte urbain.

Shutterstock reception STUDIOS
Hall d’accueil de Shutterstock, au 21e étage de l’Empire State Building à New York. Avec l’aimable autorisation de STUDIOS.

4. Changer le quotidien des gens. L’un des projets les plus connus de STUDIOS est le Googleplex, un campus de Google s’étalant sur 10,5 ha à Mountain View, en Californie. Au départ, les lieux devaient accueillir le siège du groupe SGI (Silicon Graphics). Des cours, des promenades publiques et des équipements de sport et de restauration se fondent dans un environnement qui ressemble à celui d’une faculté de recherche de pointe : on est loin des traditionnels et étouffants immeubles de bureaux.

« Nous avons lancé STUDIOS en 1985, en travaillant sur des projets high-tech. Ces travaux ont formé la base de tout ce qui a suivi, notre architecture et nos études de projets de campus pour Google, SGI et Apple, observe Eric Gratacap. Quand nous travaillons sur de tels projets, nous accordons autant d’importance aux intérieurs des bâtiments, parce qu’ils sont notre vécu quotidien. »

5. Se lancer dans la 3D. Pour STUDIOS, la technologie est au cœur de ce vécu humain. Avant d’arriver à Paris, Eric Gratacap dirigeait la transition de STUDIOS aux États-Unis. Il s’agissait de passer de l’utilisation de descriptifs 2D conventionnels à des procédures de conception au moyen de maquettes numériques construites avec Autodesk Revit. Selon lui, le programme les a aidés à obtenir de meilleurs résultats dans les concours, à vendre les projets aux maîtres d’ouvrage et de manière générale, à finir les études plus rapidement et avec moins de personnel.

« En travaillant simultanément sur une même maquette, par exemple pour concevoir l’implantation, le tracé des voiries, l’agencement des espaces, on peut obtenir une esquisse en très peu de temps, remarque-t-il. C’est indispensable. » ­

6.Viser la durabilité. En janvier 2015, Coca-Cola France a emménagé à Noda, un complexe de bureaux de 22 100 m2 à Issy-les-Moulineaux, sur les rives de la Seine. Sous la houlette de Kristin Gratacap, STUDIOS s’est chargé de la conception des locaux, obtenant le plus haut label possible (« outstanding ») selon la méthode d’évaluation de l’impact environnemental du BRE, une première mondiale pour un projet d’aménagements intérieurs. Le leitmotiv de Coca-Cola, sa bouteille (en fait, 13 000 d’entre elles), est présent sous forme d’un luminaire LED ondoyant au-dessus d’un espace de travail commun.

« Cette entrée donne un caractère spécial à leur marque et à leurs produits, commente Eric Gratacap. Ça leur parle. » Et pour STUDIOS, c’est de parler au client dont il est avant tout question : un truc infaillible pour décrocher davantage de projets originaux.

Sur le même sujet…

Accès validé !

Merci!

Découvrez le « Future of Making Things »

Abonnez-vous à notre newsletter