Les nouveaux emplois manufacturiers exigent de nouvelles compétences industrielles, c’est aussi simple que cela

Par Lisa Campbell
- 3 Oct 2017 - 7 min De Lecture
nouvelles competences industrielles

La fabrication de pièces détachées ne semble pas, a priori, être le degré zéro d’une révolution technologique. Et pourtant, à l’heure où toute la main-d’œuvre industrielle se prépare à affronter les changements qui laminent le secteur, le concept de « remplacement » prend tout son sens.

Il y a quelque temps, j’ai rencontré les managers d’un atelier d’usinage industriel et nous avons discuté des problèmes que posent les bouleversements qui se profilent dans cet environnement autrefois stable. La diffusion de l’impression 3D et d’autres formes de fabrication numérique va-t-elle leur ôter le pain de la bouche ? L’impression de pièces métalliques et les robots vont-ils détrôner les ouvriers qui fabriquent les pièces détachées ?

Une déferlante s’annonce et de nombreux ouvriers ont le sentiment qu’ils vont être engloutis. Les nouvelles technologies de fabrication menacent un grand nombre de postes : ce changement semble une conséquence inévitable de l’innovation. Ce sentiment est parfaitement compréhensible, surtout pour ceux qui font un travail répétitif, peu qualifié : ce sont ces postes qui sont les plus menacés par l’automatisation. Mais ceci n’est qu’une facette du potentiel de la fabrication additive, de l’automatisation de la main d’œuvre et des autres avancées technologiques.

new manufacturing skills wave

Comme pour toutes les inventions technologiques de l’histoire, les progrès réalisés en matière de fabrication auront un effet de destruction créatrice : un grand nombre d’emplois vont certes disparaître, mais une foule d’autres seront créés. La clé résidera dans la formation des personnes concernées, qui devront acquérir les nouvelles compétences industrielles que cette transition exige.

Ce que l’on nomme la quatrième révolution industrielle n’est pas le résultat d’élucubrations farfelues : c’est une transformation du paysage industriel que nous devons accepter et comprendre dès aujourd’hui. Munies de formations, d’un esprit d’entreprise et de politiques qui conviennent pour requalifier les cols bleus, les sociétés seront en mesure de se créer de nouvelles opportunités, et les ouvriers d’accéder à des postes intéressants.

L’automatisation est sans doute le changement le plus redouté des ouvriers et son impact est immense. Bien que les politiques de commerce extérieur soient souvent accusées d’être la source principale de disparition des emplois, les études montrent que l’automatisation a un impact bien plus important sur le monde industriel. Selon une étude réputée de l’université Ball de Muncie, aux États-Unis, sur les cinq millions d’emplois industriels que le pays a perdus au cours du nouveau millénaire, seuls 13 % ont été détruits par le commerce extérieur. C’est l’automatisation qui est le vrai coupable, surtout pour les emplois jugés « ennuyeux, sales ou dangereux », explique Bob Doyle, de l’Association for Advancing Automation. Ces emplois, qui auparavant étaient pourvoyeurs de salaires décents, de logements satisfaisants, d’assurance santé adéquate et de stabilité pour les familles, sont menacés.

La déferlante a le potentiel de devenir un ras de marée, mais tout comme les vagues d’innovation précédentes, cette transformation peut en fin de compte créer beaucoup plus d’opportunités qu’elle n’en détruit. Lutter contre les pertes d’emplois ne signifie pas qu’il faille stopper le progrès, mais plutôt exploiter l’innovation d’une manière qui empêche le licenciement de milliers d’ouvriers pour cause de progrès technologique et qui au contraire, les réembauche et relance leur carrière grâce aux opportunités créées. L’automatisation, malgré toutes les craintes, s’avère hautement efficace à réduire les coûts dans des segments où les baisses de prix entraînent une plus forte demande : en conservant leurs effectifs, les entreprises peuvent augmenter leur production.

Les nouvelles compétences nécessaires à la création de pièces détachées avec des matériaux composites ou au dépannage des imprimantes 3D ont vu le jour tellement rapidement que l’enseignement traditionnel n’arrive pas à suivre. Rattraper ce retard s’avère particulièrement difficile. Avec l’arrivée des nouveaux outils de fabrication de petite échelle et des pratiques d’économie collaborative, les petites entreprises ont tout autant besoin (sinon plus) de spécialistes que les géants de l’industrie qui disposent des budgets suffisants pour former à nouveau leurs employés.

Les défis actuels, pour être maîtrisés, exigent une collaboration et des responsabilités partagées entre les gouvernements, l’industrie, les individus et les établissements d’enseignement. Premièrement, les gouvernements doivent mener une politique d’offre de formations qui permettra davantage aux ouvriers actuels et futurs d’acquérir des compétences professionnelles transposables sur un marché dont l’évolution s’accélère. Les programmes de formation axés sur les technologies de pointe sont essentiels : d’ici à 2025, il faudra pourvoir deux millions de nouveaux postes dans l’industrie manufacturière des États-Unis. Pour rester compétitives, les sociétés vont devoir créer des programmes de formation destinés à combler ces lacunes.

L’industrie et les pouvoirs publics doivent adopter des démarches communes et travailler ensemble. Aux États-Unis, plusieurs initiatives sont déjà en place. Le partenariat public-privé AmericaMakes met en relation des entreprises de fabrication additive pour stimuler l’innovation et la recherche, tout en définissant des stratégies d’orientation. Autre initiative entre les secteurs public et privé, le Digital Manufacturing and Design Innovation Institute vise à transformer le secteur manufacturier en fournissant des outils de pointe, des logiciels et de l’expertise aux usines. Et le National Skills Coalition est un groupe de sensibilisation qui prône le développement de cursus et de formations pour combler le manque de postes semi-spécialisés, l’expertise qui fait défaut au secteur industriel de pointe.

Des groupes plus petits et plus focalisés peuvent également soutenir ces efforts en mettant les entrepreneurs en relation, en encourageant le réseautage et en aidant les personnes à réaliser leurs projets. Les initiatives comme 100kGarages, lancée par le fabricant de matériel ShopBot, encouragent une approche d’économie collaborative pour la fabrication numérique, permet à des fabricants de se rencontrer dans le cadre de projets courts et simples et participent au lancement de « 100 000 projets dans tout le pays ». Quant au site MakeTime, il simplifie la production des pièces par CNC en mettant en contact les personnes qui ont besoin de pièces avec celles qui ont des machines inutilisées.

new manufacturing skills garage

Les partenariats d’enseignement peuvent aider à unir ces groupes, en établissant des centres de création qui canalisent le talent et les idées, et conduisent les nouveaux employés vers de nouveaux emplois et opportunités. Aux États-Unis, lorsqu’on pensait technologie et enseignement, de grandes universités comme Standford et Carnegie Mellon s’imposaient à l’esprit. Mais maintenant, des établissements locaux comme le Center for Innovation in Additive Manufacturing à l’université d’État de Youngstown, dans l’Ohio, répondent mieux aux besoins d’une région spécifique et peuvent devenir le tissu qui lie les investissements des pouvoirs publics aux sociétés et aux possibilités d’enseignement. En favorisant la formation en fonction de la demande des industries locales, ces établissements deviendront les chaînons manquants entre les employés, les nouvelles compétences manufacturières et les emplois.

Munie des stratégies qui conviennent, la grande révolution du paysage industriel et manufacturier pourra s’avérer bénéfique et rendre les États-Unis et leur main-d’œuvre plus pointus et plus efficaces. Les nouvelles technologies rendent la production plus abordable et permettent aux petits fabricants de pièces détachées de toucher une clientèle plus vaste ou donnent aux startups l’occasion de jouer dans la cour des grands. Le moral des ouvriers et des fabricants devrait remonter : sachant que la priorité est axée sur le transfert des compétences, l’enseignement et la formation, la technologie ne risque pas de contrôler la main-d’œuvre manufacturière. Au contraire, l’industrie et ses partenaires vont démocratiser l’accès au progrès.

La reconversion des ouvriers du secteur industriel est une question importante en France comme aux USA. Voici quelques liens concernant cette problématique.

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