La créatrice Kyun_kun prend la mode robotique à bras-le-corps

Par Yasuo Matsunaka
- 1 Nov 2016 - 6 min De Lecture
Shirai pose avec les bras robotiques METCALF clione. Crédits photo Rakutaro Ogiwara.

Alors que les robots occupent une place croissante dans notre quotidien, certains se demandent pourquoi, finalement, les humains ont créé les robots : devraient-ils se limiter à nous servir ? Ou pourraient-ils contribuer, à leur façon, à enrichir notre cadre de vie ?

Cette question revêt une importance particulière au Japon, un pays entretenant une relation unique avec les robots : plus de 300 000 robots industriels peuplent les usines japonaises et leur fabrication y est un passe-temps répandu. Des étudiants conçoivent eux-mêmes des robots hauts en couleur et les font concourir à travers tout le pays, lors de tournois tels que le Robocon. Les robots commencent même à s’immiscer dans le monde de la mode et ce, grâce à la créatrice de mode robotique Kyun_kun.

Grande amatrice de tout ce qui a trait aux robots, Kyun_kun a passé son enfance à assister à des tournois et à esquisser des schémas des machines qui lui passaient par la tête. Au lycée, elle commença à imaginer des robots que l’on pourrait porter tels des accessoires de mode. Elle s’inscrivit au club de couture et élabora un modèle pour le concours du club, consacré au thème de la technologie. « J’avais déjà des connaissances de base en électronique et assemblé des robots à forme humaine à partir de kits de montage, mais à l’époque, j’ignorais comment fabriquer ma propre création mécanique, » raconte-t-elle.

robotic fashion Kyunkun (left) with model Shirai
Kyun_kun (à gauche) et le mannequin Shirai. Crédits photo Rakutaro Ogiwara.

Elle visita une exposition au cours de laquelle elle vit pour la première fois de ses propres yeux des robots industriels : « j’ai été transportée par le fait que ces robots étaient bel et bien réels, et qu’ils étaient produits et vendus. Ils servaient à effectuer des tâches et à créer des produits. »

Inspirée par cette révélation, Kyun_kun entra à l’université pour étudier le génie mécanique, mais elle n’en oublia pas pour autant les robots maladroits des tournois, diamétralement opposés à ceux qu’elle apprenait à construire en cours, plus précis et pleinement opérationnels. Le charme des robots bricolés réside dans leurs formes irrégulières, dans leurs excroissances métalliques, aléatoires en apparence, et dans leurs câbles qui dépassent. « Ils n’avaient l’air qu’à moitié aboutis, mais d’un autre côté, on pouvait voir le soin et l’attention que leurs créateurs avaient investis en eux, explique-t-elle. Je voulais partir de ces robots et reprendre là où les créateurs d’origine s’étaient arrêtés. »

Kyun_kun prit alors la route qui allait la mener à DMM.make Akiba, un atelier de création multidisciplinaire. C’est là qu’elle développa sa ligne actuelle de mode robotique et qu’elle entra involontairement dans le monde de la « technologie portable » (wearable technology). « C’était un peu étrange de voir que quelque chose que j’avais inventé moi-même s’était déjà vu attribuer un nom, confie-t-elle, mais ce terme de portable me semblait juste. Cela permet de s’éloigner de l’idée préconçue selon laquelle un robot doit être un serviteur utile ou quelque chose avec quoi les humains doivent communiquer. »

Kyun_kun exposa ses travaux au grand public lors de l’édition 2015 du SXSW (South by Southwest). Au stand de DMM.make Akiba, elle présenta une paire de bras robotiques portables appelée METCALF. Grâce à son idée originale, un dispositif portable faisant passer l’esthétique avant le fonctionnel, elle tira son épingle du jeu parmi la multitude de start-ups d’équipement présentes et ne manqua pas d’attirer l’attention des visiteurs venus des quatre coins du monde.

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Le METCALF clione, porté ici par le mannequin Riko Konoe, est plus léger que le METCALF d’origine. Crédits photo Rakutaro Ogiwara.

« Au Japon, la mode robotique était déjà sur le point de faire partie de la conscience culturelle, affirme-t-elle. Il semble que pour la plupart, les gens pensaient que ce n’était qu’une question de temps avant que les robots et la mode ne se rapprochent. Mais lorsque j’ai présenté mon travail au SXSW, les gens étaient très surpris. »

Kyun_kun continua à développer sa ligne de robots portables et en mars 2016, elle sortit le METCALF clione. Évolution majeure par rapport au METCALF, le clione dispose d’un cadre beaucoup plus léger, de motifs décoratifs réalisés par le graphiste Rei Nakanishi et de la possibilité de contrôler les bras robotiques depuis un smartphone grâce à l’intégration du système d’exploitation V-Sido OS.

« J’ai conçu plusieurs modèles provisoires sous la forme de travaux individuels, développant ainsi ce produit au fil d’un processus qui s’apparente, selon moi, à du prototypage, explique-t-elle. À chaque fois que je créais quelque chose, je trouvais d’innombrables façons de l’améliorer, si bien que je me mettais aussitôt à travailler sur la version suivante. J’aime vraiment ce genre de cycle d’élaboration. »

En à peine trois mois, Kyun_kun avait mis au point le METCALF clione et livré trois unités du METCALF stage, un modèle dérivé du clione. Les modèles stage ont fait leur apparition lors d’un concert d’AKB48, le groupe de musique pour adolescents le plus populaire du Japon. Kyun_kun a mené à bien ce travail de titan en collaborant avec des développeurs et des graphistes. Mais les éléments mécaniques de ses créations restent sa chasse gardée étant donné qu’elle vise à parfaire et à améliorer ses œuvres.

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Kyun_kun a conçu le METCALF clione en utilisant Autodesk Inventor.

La majorité de ses créations comporte des bras robotiques car elle considère que les dispositifs de ce type sont les plus intéressants : « ils bénéficient d’une grande liberté de mouvement et, bien qu’inspirés des bras humains, ils conservent une forme différente, incontestablement robotique, » affirme-t-elle.

Kyun_kun a d’ores et déjà des idées pour son projet suivant, mais prévoit de rester concentrée sur les bras robotiques. « Si je commence à travailler sur un autre type de robot, les problèmes que j’ai résolus jusqu’à présent au fil de la production n’auront servi à rien, explique-t-elle. Je veux continuer à faire évoluer la série METCALF, afin de perfectionner constamment mes produits ».

« Cette approche ne signifie pas que je n’ai que faire des robots qui simplifient la vie des êtres humains, poursuit-elle, mais j’ai trouvé ma voie là où, pour une raison que j’ignore, personne n’est encore allé. C’est pourquoi je sens que j’ai la responsabilité de continuer le travail que j’ai commencé. Je pense qu’une fois que je serai satisfaite de mes travaux actuels, je pourrai me concentrer sur la création de quelque chose qui pourra aider l’humanité. Je souhaite continuer à développer mes compétences afin que dans une dizaine d’années, je sois capable de faire ce qui me plaira, librement et simplement. »

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