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Le Lowline : promenez-vous dans le premier parc urbain souterrain du monde… au soleil.

Par Dana Goldberg
- 19 Mar 2015 - 5 min De Lecture
Rendu du Lowline. Avec l’aimable autorisation de Kibum Park et de RAAD studio.

Adeptes de spéléologie urbaine, mordus d’histoire new-yorkaise, geeks de la conception technologique ou fans de BD futuristes, utopiques ou dystopiques… Tous apprécieront le projet de l’architecte James Ramsey pour le « Lowline », un parc urbain enfoui sous la base du pont Williamsbridge, à New York, dans une ancienne plateforme de triage de tramways.

D’autres métropoles de la planète ont exploré le potentiel de certaines formes urbaines, mais jusqu’à présent, le Lowline, ou « niveau inférieur », est un projet sans précédent, sauf peut-être dans l’univers de la science-fiction.

« Pour ce projet, l’intention était de créer un prototype de colonisation souterraine, affirme James Ramsey, sans qu’on sache s’il plaisante vraiment. Dans de nombreuses métropoles, les humains manquent de place alors même que nombre d’infrastructures souterraines sont laissées à l’abandon. Pour moi, le modèle actuel du parc urbain en toiture est un artifice. La vraie question est la suivante : comment se réapproprier les espaces souterrains ? »

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L’ancienne plateforme de triage de tramways dans ces conditions actuelles, avant la régénération du projet « Lowline ». Avec l’aimable autorisation de raad studio.

Cultiver cette curiosité est un défi majeur : comment rapprocher la relation que nous entretenons avec l’espace public à la surface et ce qui se trouve sous nos pieds ? En décollant une couche de trottoir pour apercevoir ce qu’il y a en dessous.

James Ramsey continue : « Quand on descend les marches qui mènent au Lowline, on peut voir les strates de l’histoire de cette rue : on retrace littéralement l’évolution de New York. D’abord les pavés, puis les réseaux électriques, les canalisations… Nous voulons que ce soit une expérience qui aiguise la curiosité des gens. »

Trouver le site adéquat a été un concours de malchance (la grande crise économique de 2008) et de pur hasard. Au plus fort de la récession, James Ramsey disposait de beaucoup de temps libre. Il en a profité pour s’adonner à l’archéologie urbaine, en explorant des coins oubliés et abandonnés de New York.

C’est pendant cette période que Jack Applebaum, un ancien ingénieur du Bureau des transports métropolitains new-yorkais (MTA), lui a raconté le New York des années 1970, quand on a découvert d’anciens tunnels sous certains quartiers, comme à Chinatown. C’est lui qui lui a fait découvrir les espaces situés sous le pont de Williamsburg.

« J’ai retrouvé les plans originaux du tunnel au MTA se souvient James Ramsey, qui avait lui-même travaillé pour le Bureau des transports en tant qu’ingénieur. Je les ai visités et j’ai été ébahi. C’était un endroit sombre, gigantesque, caverneux, menaçant… Cette expérience est l’origine directe de tout le projet et des impressions que je veux créer. »

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Rendu du « Lowline ». Avec l’aimable autorisation de Kibum Park et de raad studio.

Les esquisses originelles s’inspiraient de sa première visite des lieux. Les images initiales étaient claires, lumineuses et gaies. Mais les rendus actuels (créés avec AutoCAD et 3ds Max) « tentent de refléter l’atmosphère qui y règne maintenant : menaçante, mystérieuse, avec des recoins ténébreux. »

Un parc moderne, souterrain et ombragé, baigné ponctuellement de lumière naturelle : l’affaire semble mal engagée. C’est comme si l’on essayait de combiner les sensations que l’on éprouve dans un parc, le jour, à celles que l’ont éprouverait la nuit. Et à ce défi s’en ajoute un autre : comment un architecte peut-il respecter la mémoire d’un lieu historique tout en proposant un regard neuf et avant-gardiste ?

Ce paradoxe semble ravir James Ramsey : « Je veux recréer un sens d’exploration et de découverte. Pour moi, les aciers rivetés d’un autre âge engendrent un rapport de force avec les éléments futuristes. C’est grâce à cette tension que nous espérons renforcer la présence des lieux existants. »

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Rendering of the Lowline. Courtesy Kibum Park, RAAD.

Le Lowline vise à secouer les citadins blasés, à éveiller leur attention. « New York est une ville tellement avant-gardiste que nous avons déjà effacé une grande part de notre passé, se lamente-t-il. Ce n’est pas comme à Boston ou à Philadelphie, où on muséifie à tour de bras. Il faut que nous prenions du recul pour apprécier la complexité des strates de notre ville. »

Le discours est convaincant, mais à quoi ressemblera vraiment le Lowline ? Des puits de lumière distants simuleront la présence du ciel. Les coins plus sombres seront entrecoupés de zones baignées de lumière naturelle, abritant une végétation disparate. Selon lui, l’exploration du parc sera vécue comme une promenade séquentielle.

« Ce lieu est par nature assez vaste pour que nous puissions générer une grande variété d’ambiances. Comme dans la plupart des parcs urbains, certains endroits sont très ouverts, bien éclairés et très polyvalents. Mais dans les espaces qui s’y prêtent, nous pouvons jouer un peu plus avec l’atmosphère et influencer les sensations du promeneur, grâce à une végétation plus dense percée par des rais de lumière, comme si l’on se trouvait dans une étrange jungle souterraine. »

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Rendu du « Lowline ». Avec l’aimable autorisation de Kibum Park et de raad studio.

« Les fans de spéléologie urbaine vont pouvoir errer entre de hautes colonnes qui évoquent de grands troncs d’arbres, continue-t-il. Nous voulons susciter l’impression d’une promenade en forêt, mais sous terre. Ça ne ressemblera à rien d’autre d’existant : à la fois psychédélique et surréaliste. »

Le Lowline n’est ni un projet fantaisiste ni une attraction souterraine. Il participe d’un véritable positionnement conceptuel. Comme le souligne James Ramsey, il pourrait changer la manière dont nous pensons l’écosystème du bâti : « les méthodes que nous employons pour gérer la relation entre la surface et le monde souterrain, au moyen de la technologie solaire, pourraient résoudre des milliers de problèmes. Nous espérons pouvoir transformer complètement cet endroit, de façon à recoudre ce qui constitue actuellement une plaie ouverte dans le tissu urbain. »

Si dans leur ensemble, les perspectives qu’offre le Lowline semblent risquées, peut-être même un peu folles, c’est parce qu’elles le sont. James Ramsey regarde les choses en face : « c’est un projet culotté. S’il ne l’était pas, nous aurions déjà échoué. »

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