Le Louvre Abu Dhabi veut montrer l’humanité sous un jour nouveau

Par Jeff Link
- 19 Déc 2017 - 7 min De Lecture
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Vue extérieure du Louvre Abu Dhabi. Avec l’aimable autorisation de Mohamed Somji et du Louvre Abu Dhabi

Le Louvre Abu Dhabi, dont la construction avait été annoncée en 2007, dans le cadre d’un accord international entre Abu Dhabi et le gouvernement français, est devenu réalité. Situé dans un nouveau quartier culturel jouxtant le centre-ville historique, il devrait être au cœur d’un dialogue entre civilisations et cultures.

Conçu par l’architecte Jean Nouvel et inauguré le 11 novembre dernier, l’archipel de bâtiments et son dôme argenté est le décor d’une promenade balayée par le vent, avec vues sur la mer et l’île de Saadiyat. C’est le fruit d’une collaboration culturelle qui devrait attirer des amateurs d’art d’un genre nouveau.

« Cette série d’espaces, qui de manière dynamique, réinventent la visite traditionnelle du musée, est l’occasion d’exposer des œuvres majeures, locales ou internationales, et d’en faire profiter les habitants d’Abu Dhabi, mais aussi un public plus large, venant du monde entier », déclare Neil Billett, directeur mondial de la conception chez BuroHappold Engineering, le bureau d’études que la Société d’investissement et de développement du tourisme d’Abu Dhabi (la TDIC en anglais) a engagé pour ce projet.

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La « pluie de lumière » du Louvre Abu Dhabi, où des rayons lumineux semblent tomber du ciel. Avec l’aimable autorisation de Mohamed Somji et du Louvre Abu Dhabi.

Les œuvres, en grande partie prêtées par le Louvre de Paris ou acquises par l’agence France-Muséums, couvrent aussi bien l’antiquité que la modernité : le visiteur peut admirer des objets et des peintures originaires du Moyen-Orient, mais aussi des œuvres de Gauguin, de Picasso ou de Bellini. L’exposition inaugurale présente des œuvres provenant de collections d’autres musées étrangers, renforçant ainsi l’objectif de l’institution de devenir le premier musée « universel », un lieu qui raconte l’histoire d’une civilisation mondiale.

Selon Andy Pottinger, ingénieur structure et directeur associé chez BuroHappold, ce musée est la première réalisation d’une liste de projets que la TDIC envisage pour l’île de Saadiyat (dont le nom signifie « bonheur »), parmi lesquels devraient figurer le musée national Zayed ainsi qu’un autre musée Guggenheim d’art contemporain, conçu par Frank Gehry.

Andy Pottinger souligne que pour réaliser ce que les Ateliers Jean Nouvel avaient imaginé pour ce projet, en particulier la profusion de lumière céleste émanant de son dôme, il a fallu faire preuve d’une ingéniosité intuitive et utiliser la modélisation numérique itérative de façon inventive. Une première étape a été franchie quand ils ont décidé de passer de cinq à quatre piliers pour supporter le dôme, mais la révélation a été d’appliquer un motif complexe de revêtement de huit couches à la trame en acier, qui correspondait à l’effet voulu par l’architecte.

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La mer entre dans la place du Louvre Abu Dhabi. Avec l’aimable autorisation de Mohamed Somji et du Louvre Abu Dhabi.

Le dôme est une tapisserie de 7 850 « étoiles », issue des versions d’un motif de la charpente en acier, ayant subi des modifications d’échelle et des rotations. Cette organisation de motifs géométriques donne une impression d’aléatoire. C’est la structure qui génère l’effet de « pluie de lumière » voulu par Jean Nouvel, dans lequel des rayons lumineux semblent tomber du ciel. La lumière se manifeste par un rayonnement plus doux au-dessus des galeries et par un éclairage plus vif sur la place, le café et le restaurant.

« Nous avons commencé avec des trames orthogonales qui auraient pu être celles de la couverture d’un stade ou d’une arène, avec des lignes de force évidentes, raconte Andy Pottinger. Aucune d’elles ne nous convenait, ni à nous ni aux architectes. Nous voulions obtenir quelque chose qui ressemble à un ciel artificiel, aléatoire en quelque sorte, sans lignes de force claires. Ce qu’on voit aujourd’hui sur le site joue un rôle à la fois artistique, lumineux, climatique et structurel. »

L’intégrité structurelle de ce dôme de 7 500 tonnes exigeait un ensemble de règles bien définies ainsi que la magie de quelques logiciels. Après avoir exécuté des tests d’optimisation de la résistance, au moyen des outils d’Ansys et du Robot Structural Analysis Professional d’Autodesk, l’équipe d’Andy Pottinger a entré la géométrie finale du dôme dans Revit afin de générer des plans montrant les dimensions de chaque pièce individuelle (11 000 au total). La société autrichienne Waagner-Biro a dirigé une séquence de chantier complexe, qui a duré cinq ans et a nécessité l’installation de 120 tours temporaires.

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La couverture du dôme du Louvre Abu Dhabi, pendant le chantier. Avec l’aimable autorisation de BuroHappold Engineering.

« Quand je me suis promené dans le bâtiment, avant son inauguration, je me souvenais d’avoir effectué la même visite dans la maquette. C’est comme un jeu sur ordinateur, un monde virtuel, jusqu’à ce que vous y entriez et qu’il devienne réel », se rappelle Andy Pottinger.

Si le dôme est une merveille technologique, les galeries et les salles d’exposition ne sont pas moins impressionnantes. Elles ont été agencées à la manière d’un souk arabe traditionnel. Cette superstructure aux allures de village comporte plus de 40 bâtiments individuels et semble flotter sur la lagune, mais en réalité, elle s’appuie sur quelque 4 500 pieux de béton armé mis en œuvre dans le fond marin, à onze mètres sous la surface de l’eau.

Andy Pottinger explique qu’ils ont utilisé la maquette numérique du projet pour créer le modèle réduit qui a servi aux tests d’ondes physiques. Les données collectées ont renseigné la géométrie du pourtour et la position des canaux et des brise-lames en béton. Des bassins à débordement sont utilisés pour s’assurer que l’eau soit présente jusqu’au cœur du musée, sous le dôme. « Des canaux amènent l’eau dans de nombreux endroits différents, ce qui lui donne des airs de petite Venise, poursuit-il. Les VIP peuvent arriver en bateau. »

Le climat était un autre facteur important à prendre en compte. À Abu Dhabi, les températures diurnes peuvent dépasser 40 °C et la présence de poussière et de sel dans l’air ambiant constitue un danger tant pour les visiteurs que pour les œuvres d’art. Selon Neil Billett, l’ombre portée du dôme, combinée à un système discret de contrôle précis intégré et efficace, maintient le taux d’hygrométrie à 50 %, à 5 % près, et la température intérieure à plus ou moins 21 °C, dans les pavillons de la galerie.

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Détail d’une vue en profondeur à l’intérieur de la couverture du dôme. Avec l’aimable autorisation de BuroHappold Engineering.

« On sent vraiment la différence : sous le dôme, la température chute de cinq à six degrés et c’est un énorme soulagement. Les conditions environnementales, l’exposition à la lumière, les questions de sécurité, le fait que nous ne pouvions pas utiliser de gicleurs incendie… La maquette devait tenir compte de toutes sortes d’exigences, ajoute-t-il. Les normes imposées par l’agence France-Muséums sont extrêmement strictes, car la valeur de ces œuvres est telle qu’on ne peut pas les assurer. S’il y avait eu le moindre doute quant au projet, aucune œuvre n’y serait entrée. »

En fin de compte, la réussite principale de ce projet n’est pas la prouesse technique, continue Neill Billett, mais quelque chose de plus important : une traduction de la vision de Jean Nouvel, quelque chose qui va changer le vécu artistique du visiteur  : « ce projet libère le musée du modèle où, passé la porte, on entre dans un hall climatisé avant de s’enfermer à l’intérieur. Ici, vous traversez une série de pavillons conformes aux normes internationales de tolérance des galeries et vous vous déplacez librement sous le dôme, dans un microclimat maîtrisé, modélisé, tandis que l’eau se fraie un chemin de l’extérieur et anime l’espace. Nous ne connaissons aucun autre endroit où les visiteurs et les œuvres soient accueillis de telle sorte et nous en sommes extrêmement fiers. »

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