Santé : sauver des vies dans le monde entier grâce à l’Internet des objets (IoT)

Par Ken Micallef
- 27 Mar 2018 - 8 min De Lecture
IoT in health care Simprints works with the BRAC aid organization
Simprints travaille avec l’association humanitaire BRAC au Bangladesh. Avec l’aimable autorisation de Simprints.

À mesure que les soins de santé sont devenus plus accessibles dans le monde entier, les iniquités se sont creusées d’un continent à l’autre, tant sur le plan de l’accès que de la qualité.

Si les facteurs qui contribuent à ce problème systémique sont complexes, il n’empêche que ce qui semble aller de soi dans les pays plus développés, à savoir la disponibilité alimentaire, l’eau potable et la salubrité, l’accès aux vaccins et à la médecine préventive, se heurte souvent ailleurs à des obstacles insurmontables. C’est pour tenter de résoudre les problèmes sanitaires dans des pays à revenu faible et intermédiaire que sont mises à profit de manière remarquable des technologies devenues désormais monnaie courante dans certaines régions du monde, tels le cloud computing, la technologie mobile, les réseaux sociaux et l’Internet des objets (IoT).

IoT in health care Simprints’ technology

La technologie de Simprints utilisée ici en Ouganda permet de fournir plus précisément et plus efficacement des services essentiels de santé dans des régions aux ressources limitées.  Avec l’aimable autorisation de Simprints.

Par IoT, on entend des dispositifs « intelligents » qui utilisent des capteurs pour recueillir des données et communiquer entre eux. En 2017, on estimait à 8,4 milliards le nombre « d’objets » connectés dans le monde. De là à imaginer que doter les prestataires de soins en outils plus intelligents contribuerait à combler les iniquités en santé entre les différents continents, il n’y a qu’un pas. Ces dispositifs IoT peuvent rationaliser le déroulement des tâches et aider les soignants et les patients qui sont en première ligne. Désormais, et ce grâce en grande partie à l’utilisation de l’IoT, les prestataires de santé vaccinent les populations contre des maladies chroniques évitables, et dépistent et traitent ces dernières à un rythme sans précédent.

En matière d’application de la technologie IoT dans le secteur de la santé à l’échelle mondiale, Simprits fait figure de fer de lance. Cette société britannique à but non lucratif, basée à Cambridge, propose aux populations touchées par des catastrophes climatiques un dispositif biométrique de reconnaissance par empreinte digitale. Cette technologie permet d’accéder aux soins et à d’autres services vitaux via le système d’identification de la société qui est spécialement conçu pour pouvoir lire les empreintes digitales scarifiées, usées et abîmées, caractéristiques de ces bénéficiaires « en bout de chaîne ».

« Nous offrons un lien simple, fiable et sur la durée, entre les gens et le dossier médical que l’organisation avec laquelle nous travaillons leur attribue, explique Christine Kim, directrice des partenariats stratégiques de Simprints. Nous jouons la carte biométrique dans cet énorme casse-tête mondial qu’est le fait de ne pas savoir qui sont les personnes que l’on parvient à atteindre et celles qui nous échappent. »

Avec les systèmes actuels, les organismes de santé et les ONG doivent confirmer l’identité du patient et toute maladie nécessitant un traitement. Or pour cela, il faut pouvoir accéder au dossier médical, avec ou sans une preuve d’identité reconnue. La rationalisation de ces démarches à l’aide de l’IoT permet de confirmer plus rapidement l’inscription et l’identification des patients, de garantir une application correcte du traitement et, si tout va bien, d’améliorer les résultats en matière de santé. L’accès aux soins essentiels, telles les visites prénatales et les vaccinations, s’en trouve ainsi facilité.

IoT in health care Simprints' fingerprint scannersRobustes et peu chers, les scanners d’empreinte digitale de Simprints permettent aux agents de santé en première ligne d’assurer un suivi fiable d’une large patientèle dans des pays en développement comme le Kenya. Avec l’aimable autorisation de Simprints.

« Nous travaillons hors connexion ; c’est ce qui explique en grande partie notre capacité à intervenir dans des régions à ressources limitées dépourvues d’une connexion au Wi-fi ou à un réseau de téléphonie, précise Christine Kim.  Notre système repose sur l’Internet des objets. »

Simprints recourt aux plateformes de collecte de données mobiles déjà existantes. Selon sa directrice des partenariats stratégiques, de nombreuses organisations ont déjà des employés sur le terrain, qui se servent d’applications de collecte de données sur leur téléphone : « Pour inscrire et identifier un bénéficiaire par ses données biométriques, les agents en première ligne utilisent le scanner Simprints hors connexion. Celui-ci génère un numéro d’identification unique et anonyme à partir d’un exemplaire d’empreintes digitales avant de le transférer sur le téléphone. Les informations sont ensuite synchronisées sur le cloud dès que les agents sont connectés au réseau internet. ».

La société Simprints intervient actuellement en Asie du Sud, en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient, en partenariat avec des organisations telles que BRAC au Bangladesh, l’UNICEF au Nigeria et prochainement le ministère afghan de l’Éducation. « Quelque 150 organisations ayant besoin de notre technologie pour assurer le suivi de leurs bénéficiaires dans le monde entier nous ont contactés, observe Christine Kim. Toutes nos données sont conservées sur Google Cloud conformément au règlement européen de protection des données personnelles qui est le plus strict du monde. »

Nexleaf Analytics, une autre entreprise à but non lucratif basée à Los Angeles, s’intéresse pour sa part aux techniques de détection et de traitement des données dans le but d’améliorer les interventions et systèmes sanitaires à l’échelle mondiale.

Comme le constate Martin Lukac, cofondateur et directeur des techniques informatiques (DTI) chez Nexleaf, « l’industrie mondiale du vaccin se heurte notamment à un manque de visibilité sur la performance de son système ».  Parmi les solutions que Nexleaf a imaginées à ce problème figure ColdTrace, un capteur peu coûteux conçu pour contrôler les réfrigérateurs à vaccins dans les régions rurales ou reculées.

IoT in health care Nexleaf's ColdTrace deviceLe dispositif ColdTrace de Nexleaf surveille les réfrigérateurs à vaccins dans les zones rurales et reculées. Avec l’aimable autorisation de Nexleaf Analytics.

« ColdTrace télécharge en temps réel les données de performance sur nos serveurs en ligne, explique Martin Lukac. Il transforme ainsi un réfrigérateur à vaccins ordinaire en un réfrigérateur “intelligent” capable de communiquer avec le système central et même d’alerter les personnes concernées quand les doses de vaccins risquent d’être endommagées par une exposition à des températures extrêmes. »

Ce dispositif se veut une réponse directe au problème fréquent des mauvaises conditions de conservation des vaccins, qui porte atteinte tant à leur efficacité même qu’à celle de la chaîne d’approvisionnement dont font partie les organismes gouvernementaux et les organisations internationales. Selon des chiffres récemment publiés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la vaccination permet d’éviter 2 à 3 millions de décès par an, un résultat qui pourrait être grandement amélioré si l’on pouvait augmenter le nombre de vaccins transportés, conservés et administrés efficacement.

« En Inde, plus de 12 000 appareils ColdTrace 5 sont actuellement utilisés dans 11 états dans le cadre de la stratégie eVIN (electronic Vaccine Intelligence Network) mise en place par l’Unité de soutien technique pour la vaccination, explique Martin Lukac. Ils sont également présents dans plusieurs provinces du Mozambique. Au Kenya, ColdTrace surveille plusieurs centres de stockage des vaccins à l’échelle du district. Les ministères de la Santé n’ont plus qu’à consulter les données sur le tableau de bord ColdTrace pour vérifier en temps réel le statut du réfrigérateur à vaccins de n’importe quel établissement de santé. En cas de risque pour les doses de vaccin, les réfrigérateurs dotés de notre dispositif avertissent le personnel de santé. »

Ces messages d’alerte envoyés instantanément par SMS déclenchent des réactions à même de sauver les vaccins, comme la vérification du loquet sur la porte du réfrigérateur ou la mise en marche du générateur de secours. Comme le constate le cofondateur de Nexleaf, « nos données nous révèlent que le personnel infirmier intervient pour sauver les vaccins quand les réfrigérateurs donnent l’alerte. L’envoi de ces SMS a ainsi permis de réduire de 74 % leur risque de congélation dans les dispensaires ».

IoT in health care A nurse receives a ColdTrace alertUne infirmière reçoit un message d’alerte de ColdTrace directement sur son téléphone. Avec l’aimable autorisation de Nexleaf Analytics.

Le travail dans ce domaine requiert une grande coordination, c’est ce qui fait de l’IoT le partenaire idéal. Pour Nathalie Evans, la coordinatrice des relations philanthropiques de Nexleaf, « l’IoT et les techniques de détection disposent d’un incroyable potentiel pour surmonter le manque de moyens et d’infrastructures dans les pays à faible revenu. En prenant en compte les besoins de ces pays et de leurs utilisateurs, nous pouvons concevoir, modifier et mettre en place des solutions efficaces et abordables aux plus gros problèmes de la planète que sont la préservation de l’environnement, la production d’une alimentation appropriée et la protection contre les maladies mortelles. »

Selon les prévisions d’ACT | The App Association, le marché de la santé connectée devrait atteindre les 117 milliards de dollars d’ici 2020, et 40 % du marché de l’IoT devrait provenir des pays en développement, d’où la nécessité d’une nouvelle génération de dispositifs médicaux. L’utilisation des données dans ces dispositifs augmente leur portée et leur efficacité, et permet ainsi de faire de la santé un droit fondamental accessible à tous.

Consciente du besoin urgent de trouver des solutions pour les populations travaillant et vivant dans des régions reculées de la planète, la Fondation Autodesk soutient les entreprises comme Nexleaf et Simprints qui œuvrent à l’amélioration substantielle des conditions de vie grâce à une conception plus intelligente et plus pérenne.

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