Trois tendances technologiques qui vont changer l’avenir de l’investissement dans les infrastructures

Par Dominic Thasarathar
- 14 Mar 2016 - 7 min De Lecture
Micke Tong

Le monde veut plus d’infrastructures – beaucoup plus. Quelles que soient les prévisions consultées, les chiffres sont vertigineux.

D’ici 2020, la Chine aura terminé l’installation de 49 600 km de réseaux de lignes à grande vitesse. D’ici à 2030, il faudra construire des logements pour les 165 millions d’habitants supplémentaires des villes indiennes. Et d’ici à 2040, la capacité de production électrique devra augmenter de 4 400 GW si l’on veut faire face à la demande mondiale d’électricité. Il n’est donc pas étonnant que le rapport Global Construction 2030, publié par Global Construction Perspectives et Oxford Economics, prévoit qu’à l’échelle mondiale, le secteur du bâtiment va croître de 85 % au cours des 15 années à venir.

Bien évidemment, la recherche de solutions soulève de nombreuses questions chez les responsables du secteur, dont la plus importante : « Où va-t-on trouver l’argent pour financer tout cela ? »

Le fossé existant entre les intentions et le financement des infrastructures n’est pas un phénomène nouveau mais ces dernières années, l’urgence du défi a acquis un caractère nouveau. Suite à la crise financière mondiale, nombre de gouvernements ont eu du mal à assumer leur responsabilité traditionnelle vis à vis des infrastructures économiques et sociales. Le niveau de la dette publique, fédérale ou municipale, est trop élevé et même quand il s’agit de financer des projets de cette échelle, les responsables politiques hésitent à augmenter les impôts sur le revenu ou à relever les plafonds d’endettement.

Pour faire face à la situation, un grand nombre de voix appellent de leurs vœux l’augmentation de la participation du secteur privé. Mais pour attirer des fonds suffisants, il faut d’abord rassurer les investisseurs, ce qui implique de bien comprendre les risques et les rendements du projet, de se lancer dans une planification des infrastructures, sûre et à long terme. Partant de là, comment les tendances technologiques peuvent-elles faciliter le flux des financements du secteur privé vers d’importants projets d’infrastructures ? Voici trois prédictions.

1. Maîtriser les risques de construction. Le patrimoine existant des infrastructures – tels que les ponts ou les tunnels – dont nous connaissons bien le comportement, représente une classe d’investissement de plus en plus prisée parce qu’elle fournit un revenu régulier et attrayant dans un contexte où les rendements issus de solutions plus traditionnelles, comme les obligations d’État, n’ont jamais été aussi bas. Mais l’enthousiasme d’un investisseur ne se traduit pas toujours par des nouveaux projets. Le non-respect du budget et des délais du chantier, et les incertitudes quant au comportement d’un actif non achevé pourraient susciter la méfiance chez les investisseurs.

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Heureusement, le BIM (Building Information Modeling) s’avère être un moyen de rendre le projet plus effectif et plus prévisible. Dès 2012, le rapport Smart Market de McGraw Hill étudiait La valeur économique de la technologie BIM au service de l’infrastructure (PDF en anglais), citant la diminution du risque des projets et la meilleure prévisibilité des résultats. Soixante-sept pour cent des utilisateurs de la technologie BIM qui avaient été interrogés ont évoqué un RSI positif grâce aux solutions BIM. Les investisseurs devraient-ils donc se mettre à utiliser la technologie BIM pour les projets d’infrastructures nouvelles comme condition du financement ? Très certainement.

Au-delà des solutions BIM, de nouvelles tendances technologiques – allant d’un usage quasi-infini du cloud à la rencontre des univers numérique et physique via la capture de la réalité et la réalité augmentée – permettent progressivement aux entrepreneurs de perfectionner chaque aspect de la réalisation d’un projet, avant même d’avoir retroussé leurs manches. Résultat ? L’industrie se dirige de l’ère de la réalisation « dans les meilleures conditions pratiques » vers l’ère des « meilleures conditions possibles », sans hiatus entre les études de projet et le comportement de l’ouvrage achevé. Et cela va entraîner une réduction radicale des risques liés à l’exécution.

2. Choisir les bons projets. Pour que les investisseurs privés s’engagent massivement dans la croissance des infrastructures d’un pays, les gouvernements vont devoir planifier leurs infrastructures à grande échelle et sur le long terme. Mais tout le monde sait combien la planification d’ensemble est difficile – une myriade de facteurs économiques, sociaux, démographiques et environnementaux doivent être prévus et synthétisés.

Ajoutez à cela les débats politiques que génère inévitablement la dépense de l’argent public, et la disparité des échelles de temps – les décennies qu’il faut pour planifier l’infrastructure au regard des quelques années de mandat d’un gouvernement – et la création d’un plan directeur crédible ressemble à la « quadrature du cercle ».

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En conséquence, la planification des infrastructures d’aujourd’hui est souvent centrée sur « les coûts et les actifs ». Par exemple, un gouvernement devrait-il défendre un nouveau système de métro pour réduire les temps de trajet des passagers entre deux pôles d’une grande ville ?

Demain, on pourra s’appuyer sur les mégadonnées, sur l’informatique infinie, sur les moteurs de jeu et sur la capture de la réalité pour évaluer les projets potentiels à la manière d’un système de systèmes, déplaçant l’accent qui est actuellement mis sur les « coûts et les actifs » vers les « résultats et la valeur ». Cela permettra aux responsables de débuter avec un objectif final en tête, par exemple : « Quelle est la meilleure configuration infrastructurelle pour soutenir la croissance économique dans cette partie de la ville ? »

Le métro en question pourra constituer une part de la réponse, mais la construction d’immeubles d’affaires à chaque station de la ligne pourra aussi réduire le besoin de se déplacer. On pourra également installer des pistes cyclables, des bâtiments publics et des équipements pour améliorer la qualité de vie générale. La capacité à réduire le fossé entre les études et le résultat final va créer une offre de futurs projets à long terme présentant de  meilleures garanties de revenus pour les investisseurs.

3. Céder, investir et réinvestir. Les gouvernements auront toujours besoin de financer une proportion importante des projets d’infrastructures nationaux, que ce soit pour des questions de sécurité, d’opportunisme politique, ou parce que certains projets ne produiront jamais les retours que les investisseurs privés recherchent. Il existe une solution pour débloquer le capital des actifs infrastructurels, qui consiste à transférer ces actifs vers le secteur privé, puis de recycler le capital.

Il est donc essentiel pour cette transaction de devoir vérifier avec exactitude la valeur restante d’un actif. À cette fin, l’analyse prévisionnelle, les technologies de télédétection (telles que la capture de la réalité), et les retours de données des capteurs des objets connectés peuvent contribuer à produire des évaluations précises. Par exemple : cette technologie peut être utilisée pour quantifier la nature et le nombre de nids de poule sur une route, les schémas d’entretien, et les changements prévus du mouvement des véhicules sur une route donnée.

Qu’en est-il de la finance alternative ? La prise de participation, les fonds de pension, et les fonds souverains figurent de plus en plus dans le bouquet des sources de financement des infrastructures mondiales. Mais la technologie est également là pour apporter une autre solution : le financement participatif.

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De nos jours, un groupe de musique peut désormais faire appel aux dons pour financer un projet, tout comme un investisseur pour financer une nouvelle idée de produit. Pourquoi ne pas utiliser le financement participatif pour financer un bien d’infrastructure ? Même si les grands projets sont très onéreux, les projets d’infrastructures sociales, plus modestes, pourraient tout à fait correspondre aux projets de financement participatif. Non seulement ce concept rendrait accessibles à tous les occasions d’investissement du secteur des infrastructures, mais il a le potentiel de créer une nouvelle ère de localisme, où les collectivités jouent un rôle plus actif dans leurs besoins en infrastructures.

L’incapacité d’investir dans des infrastructures suffisantes freine le développement social et économique. Débloquer le financement des projets d’avenir représente donc un défi que nous devons relever. La technologie actuelle (notamment les solutions BIM) présente un fort potentiel – et ceci est encore plus vrai pour les tendances technologiques de demain. Mais le moteur principal de la réussite sera sans conteste la capacité des cadres industriels à changer leurs rapports avec la technologie, à l’adopter de manière stratégique, et à exploiter sa puissance pour résoudre le problème de financement de façon non traditionnelle, voire même radicale.

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