Vous recherchez de nouvelles sources de revenus ? Utilisez un « framework IdO » et développez votre offre de services

Par Erin Hanson
- 29 Aoû 2017 - 7 min De Lecture

À quoi ressemblera la machine du futur ? Toujours à un assemblage de pièces de mécanique et d’électronique, mais pas uniquement. Elle comportera aussi une collection de capteurs et d’actionneurs connectés par logiciel (du genre Tesla).

C’est ce qu’explique Timothy Chou dans Precision: Principles, Practices, and Solutions for the Internet of Things (Crowdstory, 2016). Professeur à Stanford depuis près de 35 ans, il a occupé divers postes dans le secteur des logiciels, dont celui de président d’Oracle On Demand (1999–2005). Il en connaît donc un rayon sur les logiciels et sur les modèles commerciaux qui vont avec, c’est-à-dire sur la manière dont certains fabricants de logiciels ne se contentent plus de vendre leurs produits, mais proposent aussi des contrats de prestations de services relatifs à ces produits. Prenons le cas d’Oracle : avant le rachat de Sun Microsystems, il générait 13 milliards d’euros de revenus annuels, dont 10 milliards provenant de la prestation de services.

Aujourd’hui l’Internet industriel des objets (IIoT) est en pleine expansion. Comme les fabricants de logiciels, les fabricants de machines vont être confrontés à la même transition, ajoute Timothy  Chou. General Electric a déjà sauté le pas : affichant un revenu de 100 milliards d’euros en 2016, le groupe a généré 60 milliards d’euros de vente de marchandises telles que des moteurs d’avion ou des scanners IRM et 40 milliards d’euros en prestations de services. Mais dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’énergie, des hydrocarbures et du BTP, la plupart des fabricants de machines ne génèrent actuellement aucun revenu en prestation de services. Selon lui, c’est une aubaine dont ils devraient se saisir : « les revenus provenant de services sont réguliers, avec une marge élevée ». Mais avant de proposer des services et ainsi de réaliser le plein potentiel industriel de l’IdO, encore faut-il avoir réglé la question logicielle.

« Tous les services sont concernés par l’usage de logiciels, rappelle-t-il, et les fabricants traditionnels n’ont jamais été formés à cela. Dans leurs secteurs, c’est totalement accessoire. Mais cela va révolutionner la manière dont leurs machines sont construites, la manière dont elles sont connectées et ce qu’ils peuvent apprendre d’elles : ils feraient mieux de s’y mettre tout de suite ! »

Cet apprentissage permettra aux fabricants de construire ce que Timothy Chou appelle des « machines de précision », des machines connectées qui collectent des données et évoluent grâce à celles-ci. « Nous nous dirigeons vers un modèle d’entreprises dont les revenus proviennent des services », explique le professeur en citant une approche qui pourrait rappeler celle de la carotte et du bâton : la carotte est l’envie d’augmenter le chiffre d’affaires et la satisfaction du client, et le bâton la peur d’être le dernier à se lancer dans une prestation de services dont la mise en place pourrait prendre des années.

Assimiler les nouvelles technologies dans le cadre d’une conversion de modèle commercial est un énorme bouleversement. C’est pourquoi Timothy Chou a publié Precision… et lancé un cours gratuit en ligne, l’IoT Fundamentals & Examples of Business Transformation (en partenariat avec Autodesk, Industry Week, et l’IoT Institute). Dans les deux, il propose un « framework IdO », c’est-à-dire un environnement de développement pour l’Internet des objets, en cinq points, qui décomposent la transition technologique en plusieurs étapes plus abordables. « Que signifie vraiment le sigle IdO ? demande-t-il. Certaines personnes pensent qu’il suffit de changer de logiciel sur la machine même. D’autres pensent qu’il y a un rapport avec la connexion de la machine. D’autres encore pensent qu’il s’agit d’un modèle commercial. J’ai mis au point cet environnement afin que les utilisateurs comprennent que c’est de tout cela à la fois qu’il s’agit. »

Dans son livre et en cours, il expose les cinq points de son « framework IdO » en deux parties : les principes et les méthodes. Ce qui est sans doute le plus utile, ce sont les 14 études de cas d’entreprises réelles, de divers secteurs, qui ont transformé leurs sociétés grâce à l’Internet des objets. Voici une introduction de ces cinq points :

1. Les objets.Les « objets » auxquels se réfère Timothy Chou sont les machines elles-mêmes, et il utilise les mots « objets », « machines » et « matériel » de manière interchangeable. Quel que soit l’objet fabriqué, que ce soit, comme le dit le livre, « un séquenceur de génomes, une locomotive ou un climatiseur, » pour qu’il fonctionne avec Internet, l’entreprise doit penser aux capteurs, à l’architecture informatique, aux systèmes d’exploitation et à la sécurité, entre autres.

2. Connecter.Dans ce chapitre, l’auteur décrit les différentes technologies requises pour connecter un objet à Internet et présente quelques-unes de ses observations sur le volume des données qu’une machine devra transmettre, la distance qu’elles devront parcourir et l’énergie consommée. Pour les débutants, le livre aborde quelques notions fondamentales des réseaux informatiques, mais invite les initiés à sauter cette partie.

3. Collecter.Une fois que les objets sont connectés, ils sont prêts à collecter les données et en fonction du nombre de capteurs installés, les machines peuvent collecter beaucoup de données. Ces chapitres décrivent donc diverses technologies servant à collecter, traiter et stocker les données provenant de bases de données SQL vers des serveurs sur le cloud.

4. Apprendre.La raison pour laquelle on collecte des données à partir d’un objet connecté est bien sûr d’en apprendre le plus possible sur la machine. Mais la somme totale des données recueillies est incommensurable : « imaginons que nous ayons 150 000 machines équipées de 400 capteurs chacune, émettant des données toutes les 5 secondes. Quel être humain serait capable d’appréhender cela ? C’est tout simplement impossible. » La solution, décrite dans le livre, consiste à employer les systèmes de requêtes, l’apprentissage automatique et le clustering afin d’analyser les données.

5. Faire.Le point ultime du « framework IdO », l’intérêt de fabriquer des machines connectées à Internet, est de mettre à profit les informations obtenues pour développer un meilleur produit. La machine du futur sera plus précise, consommera moins et offrira une meilleure qualité de service. Les fabricants de machines peuvent proposer des services pour les machines qui ne sont pas connectées (comme le fait aujourd’hui General Electric), avant d’évoluer vers la prestation de services assistés pour les machines connectées, puis finalement de proposer leurs machines en tant que service.

« La boucle est bouclée. Vos ingénieurs ont construit une meilleure machine. Vous pouvez maintenir la sécurité, la disponibilité et la fiabilité de la machine tout en optimisant son comportement. Si vous proposez cela comme un service, vous optimisez votre offre dans une boucle fermée. Cela va révolutionner chaque secteur qui n’a pas encore été touché par l’utilisation de logiciels. »

Comprendre ce qu’est le « framework IdO » est une chose, l’appliquer tout en opérant la refonte d’un modèle d’entreprise en est une autre. L’auteur encourage les fabricants de machines à d’abord utiliser cet environnement pour comprendre où en sont leurs entreprises aujourd’hui. Ensuite, ils doivent revoir leurs modèles commerciaux. « Vous devez commencer par imaginer comment construire un modèle commercial viable autour de cela. Vous devez vous demander quelle est la taille de votre offre de services et si vous voulez la voir évoluer. »

La troisième étape pour les fabricants, une fois que leurs machines sont connectées et qu’elles collectent des informations, est d’apprendre et de tirer profit des données. « Cet apprentissage s’appliquera à trois groupes principaux de l’entreprise et va probablement les modifier, ajoute Timothy Chou. Le premier s’occupe de maintenir les résultats ou la disponibilité de la machine. Le second a pour mission d’améliorer ces résultats et cette disponibilité. Le troisième groupe est celui qui peut utiliser les données pour effectuer des changements qui affecteront la génération suivante de cette machine, dont nombre d’entre eux concernent les logiciels. »

Les avantages pour les fabricants sont incommensurables, mais seulement s’ils prennent la mesure de l’évolution de l’environnement commercial et qu’ils décident d’agir. « Mettre en place cette capacité peut prendre deux à trois ans. Si vos concurrents sont déjà en marche pour transformer leurs nouveaux produits en services, vous risquez de manquer le coche. »

 

 

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