Visez haut : trois façons d’attirer davantage de femmes dans le secteur industriel

Par Lisa Campbell
- 3 Fév 2016 - 7 min De Lecture

Les chiffres sont surprenants : les femmes représentent 47 % de la main-d’œuvre totale, mais seulement 27 % des effectifs du secteur industriel.

Il est clair que le secteur industriel ne fait pas assez d’efforts pour attirer davantage de femmes dans ses filières. Ses acteurs pourraient certes faire mieux, mais ils ne sont pas les seuls. Voici trois façons d’amorcer le tournant vers une parité entre hommes et femmes dans le secteur industriel.

1. Cela commence par l’enseignement des matières scientifiques. Il faut captiver l’imagination des filles dès l’école primaire, voire la maternelle, en renforçant l’éveil aux sciences, à la technologie, à l’ingénierie et aux mathématiques, et en cultivant l’excellence. Ceci implique de leur présenter ces matières sous un angle attractif et d’y souligner leurs progrès et leurs réussites. La confiance en soi est acquise tôt dans la vie et il est important d’encourager les enfants si l’on veut développer leur motivation et leur ténacité. Par exemple, une enfant de 6 ans rapporte un dessin de l’école : si on ne la félicite pas de son œuvre, elle risque de se dire qu’elle n’est pas bonne en dessin, ou qu’elle ferait mieux de s’essayer à autre chose. Le renforcement positif, en revanche, peut tout changer.

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Il suffit aux parents de dire : « Tu es capable de réussir dans n’importe quel domaine pourvu que tu y tiennes vraiment. » À bien y regarder, plus personne ne dit aux filles qu’elles ne peuvent pas être pompiers ou militaires. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les matières scientifiques, et par voie de conséquence, pour le secteur industriel ? Il serait temps de montrer aux filles ce dont elles sont capables en technologie et en ingénierie, et que ce sont des domaines passionnants.

Tout comme les parents, les enseignants se doivent également de les encourager. Une adolescente sera fortement influencée si on lui dit qu’elle a les moyens d’exceller dans une matière scientifique vers laquelle elle envisage de s’orienter, ou mieux encore, si on lui propose des devoirs spécialement conçus pour éveiller sa curiosité et l’inciter à fabriquer quelque chose. C’est comme en sport : quand les enfants débutent en natation, en basket ou en football, les entraîneurs les encouragent à s’exercer et à persévérer. Les enseignants devraient faire de même pour les matières scientifiques.

2. Impliquer les acteurs de l’industrie locale. Mais pour attirer davantage de femmes dans le secteur industriel, il ne suffit pas de poser des fondations en primaire et au début du secondaire. Il faut absolument veiller à maintenir l’intérêt que les filles portent à ces matières tout au long de leur scolarité. Les élèves doivent s’orienter et commencer à penser à leurs études supérieures dès la classe de troisième. Même si elles ne savent pas exactement encore quels diplômes elles viseront, mais qu’elles s’intéressent au génie mécanique ou au dessin industriel, il est vital qu’elles puissent choisir, au lycée, des sections qui leur permettront de suivre des études dans ces filières.

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Si elles visent les grandes écoles, elles se heurteront à une concurrence féroce. La pression pour intégrer les établissements les plus cotés est forte. L’une des façons d’augmenter leurs chances de réussite est le mentorat dès le secondaire. Qu’il s’agisse de stages en entreprise, de mentorat en ligne ou de rencontres dans le milieu scolaire, le fait de leur donner un aperçu de la réalité du monde industriel peut les avantager au moment de remplir les dossiers d’inscription en classes préparatoires.

Mais qui sont ces mentors ? Le secteur tout entier, bien entendu, y compris les industriels locaux et les associations regroupant les acteurs principaux. Les organisations telles que Elles bougent ou Femmes ingénieurs jouent un rôle crucial et peuvent ouvrir la voie à la prochaine génération des femmes de l’industrie. Ces formes de mentorats sont d’autant plus puissantes que les conseils reçus ne proviennent pas de maman, de papa ou d’un professeur, mais d’une femme qui a réussi : elle va leur faire partager ses 10 ou 20 ans d’expérience dans le secteur industriel et répondre à toutes les questions qu’une fille peut se poser concernant ce domaine d’activité. Pas mal comme émulation !

Mais le mentorat n’est pas le seul moyen dont la communauté industrielle dispose pour soutenir les filles. Les organisations industrielles peuvent intervenir dans les écoles ou dans les quartiers, organiser des visites d’usines à l’échelle locale, ou des séminaires de dessin industriel ou de gestion de production. Des associations, ou même des entreprises, peuvent également organiser des rencontres thématiques, des concours de création de produits ou des compétitions de programmation qui donneront aux filles l’occasion de « mettre les mains dans le cambouis. » L’ensemble du secteur, qu’il s’agisse d’associations professionnelles ou de sociétés privées, pourrait en outre créer des plateformes en ligne qui favoriseraient le partage d’informations et proposeraient des projets auxquels les élèves pourraient participer. Dans ce genre d’initiative, l’essentiel est de jouer sur les aspects ludiques et interactifs tout en démontrant l’utilité du sujet.

welder3. Faire évoluer les mentalités au sein du secteur industriel.Sans parler de « stigmate », il est vrai que l’idée(PDF en anglais) que seuls les hommes peuvent faire carrière dans l’industrie est une perception répandue. Cette idée reçue n’incite ni n’invite les femmes à s’orienter vers ce milieu. Pourtant, elle n’est plus vraie de nos jours, et le secteur industriel doit s’efforcer de la bannir : lorsqu’elle aura disparu, le contraire pourra devenir une réalité.

Certaines filières dominées depuis toujours par les hommes, comme l’automobile et les machines industrielles, pourraient ouvrir la marche en mettant en avant les aspects technologiques et créatifs de leur activité. Trop souvent, l’attention est portée sur la taille des machines et les dangers inhérents aux ateliers. Or les tâches dangereuses et la manutention des pièces lourdes sont de plus en plus souvent effectuées par des robots. Les industriels devraient plutôt vanter les mérites des technologies qui font fonctionner les machines et souligner par exemple, que pour programmer un appareil CNC, on n’a plus besoin d’ouvriers qui soient grands et forts. Ces postes sont ouverts à n’importe qui et la pénurie de talents dans le secteur industriel est une raison supplémentaire de tout mettre en œuvre afin d’inciter les femmes à postuler.

Il est évident que la technologie sera un vecteur majeur de l’intégration de davantage de femmes dans le secteur industriel. De l’Internet des objets à la fabrication additive à l’échelle industrielle, sans oublier la conception générative ou les matériaux de pointe, le secteur industriel évolue. Pour les femmes aussi, ces changements sont passionnants et dans leur vie professionnelle, elles souhaitent utiliser les outils et les technologies qui bouleversent notre société.

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Mais c’est à chaque entreprise de chercher sciemment des candidates pour pourvoir les nouveaux postes novateurs du secteur. Il faut qu’elles embauchent des femmes pour diriger la production en usine, pour concevoir lesdites usines, pour diriger les bureaux d’études de conception… des directrices de production et d’exploitation. Mais pourquoi s’en tenir là ? Le secteur industriel a besoin de davantage de leaders, comme Isabelle Kocher, à la tête de la Lyonnaise des Eaux ou comme Marie-Christine Caubet, qui pilote Volkswagen France.

La bonne nouvelle est que les choses commencent bel et bien à évoluer. Aux États-Unis, l’engouement des jeunes femmes pour le mouvement Maker et les investissements que les fabricants de jouets comme Goldieblox, K’NEX, et Technology Will Save Us effectuent pour épater les filles en sont des signes manifestes. Le fait que le thème des « femmes dans le secteur industriel » suscite un débat est en soi un grand pas en avant. Si cette industrie parvient à profiter de cet élan de progrès et à faire évoluer les mentalités concernant les femmes et leurs aptitudes, ce chiffre de 27 % sera bientôt relégué dans les annales de l’histoire.

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