Neuschnee s’inspire des nuages pour son dispositif écologique de fabrication de la neige

Par Drew Turney
- 22 Aoû 2017 - 6 min De Lecture
Close-up image of snow crystals.
Cristaux de neige. Avec l’aimable autorisation de Neuschnee

Ceux qui vont aux sports d’hiver ou qui ont regardé des documentaires à ce sujet ont sans doute déjà vu des canons à neige. Ils sont équipés d’énormes ventilateurs qui projettent de la neige de culture sur les pistes afin que les stations puissent prolonger leurs saisons d’ouverture ou garnir les pistes quand les chutes de neige sont insuffisantes.

Aussi efficaces que soient les canons à neige traditionnels, la manière dont ils utilisent l’eau et l’énergie manque d’efficacité. Une jeune entreprise autrichienne, Neuschnee (ou « neige fraîche » en allemand) s’est donné pour but de l’améliorer : elle est partie d’une méthode aussi élégante qu’efficace de fabriquer de la neige, qui s’inspire de celle du meilleur des fabricants : « nous avons pensé qu’il serait plus simple de copier Dame Nature, en générant un nuage et en le faisant neiger » explique Michael Bacher, le PDG de Neuschnee.

Le principe essentiel de la fabrication de la neige consiste à mélanger l’eau et l’air, mais la spécificité de la méthode de Neuschnee repose sur la qualité de la neige produite et surtout, sur la manière dont elle utilise l’eau et sur son impact environnemental. « Rien qu’en Autriche, nous consommons environ 50 millions de mètres cubes d’eau chaque saison pour fabriquer de la neige, précise-t-il, nous nous devons donc de trouver le moyen le plus efficace de produire de la neige ».

Image of the Neuschnee cloud chamber.
La chambre à nuages. Avec l’aimable autorisation de Neuschnee.

Élaboration de la chambre à nuages

Avant de créer son entreprise, Michael Bacher a étudié ce qu’on appelle la rhéologie de la neige, qui décrit ses déformations lorsqu’elle se déplace vers le bas, sous l’effet de la gravité. Avec ses collègues de l’université des Ressources naturelles et des Sciences de la vie de Vienne et de l’université de Technologie de Vienne, il a commencé à envisager la possibilité de provoquer des chutes de neige naturelles dans des locaux réfrigérants, comme le feraient les nuages et non comme les canons à neige qui, pour fabriquer et projeter de la neige de culture, font appel à des mécanismes physiques différents.

« Nous utilisons moins d’eau par unité de temps pour produire un même volume de neige, commente-t-il. Si vous pompez moins d’eau, vous pouvez en économiser d’énormes quantités et mais aussi réduire la consommation énergétique des pompes qui la transportent vers les canons à neige ».

Neuschnee appelle son unité de production la Wolkenkammer (ou « chambre à nuages » en allemand). C’est une grande structure au-dessus du sol, dont les dimensions sont comparables à celles d’une cuve domestique, en toile de polyéthylène tendu sur une charpente en aluminium, d’un volume approximatif de trois mètres cubes. Elle peut produire jusqu’à 15 mètres cubes de neige à partir d’un mètre cube d’eau.

Michael Bacher explique comment la chambre produit des cristaux de neige : « quand nous refroidissons une gouttelette, nous voulons qu’elle s’évapore, comme elle le ferait dans la nature. Nous introduisons de minuscules particules de glace et essayons d’attraper la vapeur d’eau à l’intérieur du nuage. La glace attire plus les molécules que les gouttelettes d’eau présentes et grâce à ce type d’aimant, nous formons des cristaux de glace et cultivons des dendrites en fonction de la température à l’intérieur du nuage. » Cela provoque une coulée de neige naturelle qui se déverse au bas de la chambre et ce processus consomme beaucoup moins d’électricité que ne le ferait un canon à neige.

« On ne peut pas ignorer les infrastructures nécessaires au fonctionnement d’un canon à neige », ajoute-t-il, faisant allusion aux pompes traditionnelles, aux stations de distribution et aux souffleries. Outre leur consommation d’électricité, les canons à neige peuvent gaspiller entre 15 et 40 % d’eau pendant la projection.

Ouvrir le marché de la neige « verte »

Parmi les leçons que Neuschnee a tirées de ses recherches, elle a retenu que cette technologie n’était pas adaptée à la couverture de grandes surfaces, un argument commercial pourtant important. Du moins pas encore : « notre objectif n’est plus de recouvrir des pistes entières, mais de commencer par de petites surfaces où l’on peut produire de la neige fraîche, jour après jour », poursuit Michael Bacher.

Snow crystals produced in Neuschnee's cloud chamber. 
Des cristaux de neige produits dans la chambre à nuages. Avec l’aimable autorisation de Neuschnee.

Selon lui, les domaines skiables peuvent représenter un marché futur pour cette technologie. Bien que dans les publicités habituelles, on nous présente des stations naturellement enneigées, il est plus facile de cultiver et de préparer de la neige lourde ou de haute densité. « Grâce aux recherches futures, nous augmenterons certainement notre capacité de production, pense-t-il, nous allons passer de 0,65 à 15 ou 16 mètres cubes par heure, une capacité qui permettra de concurrencer les canons à neige existants ».

Mais pour l’instant, les petites pistes de snowskate ou de snowboard sont le terrain où Neuschnee devra faire ses preuves. La chambre à nuages pourra sans doute être employée sur des zones plus vastes, voire des domaines entiers, mais Michael Bacher, fidèle à ses principes de scientifique, veut d’abord montrer que les chiffres parlent d’eux-mêmes.

« Pour nos deux premières années d’exercice, notre stratégie est de prouver la validité du système. Nous ne sommes pas encore en mesure de dire aux stations de ski d’investir et d’acheter des centaines de nos appareils. Ça, c’est le scénario futur, une fois que nous pourrons fournir des données solides permettant de comparer notre technologie aux techniques traditionnelles de fabrication de la neige. Pour le moment, nous n’avons que les données de nos prototypes. Extrapolez et l’avenir semble très prometteur, mais il reste difficile de le prouver à ce stade », souligne-t-il.

Portrait of Michael Bacher.
Michael Bacher. Avec l’aimable autorisation de Neuschnee.

Michael Bacher reste également réaliste quant au coût de cette nouvelle technologie. Malgré les économies en matière d’impact environnemental et sa conviction qu’un nombre suffisant de chambres à nuages pourraient couvrir l’ensemble d’un domaine skiable, il sait que l’utilisation des canons à neige est une pratique assez ancrée: « Les gérants des stations diront qu’ils ont déjà investi beaucoup d’argent, qu’ils ont de la neige en abondance et que tout le monde l’utilise. »

« La capacité de production de notre dispositif, c’est-à-dire son volume de neige par unité de temps, n’est pas aussi performante que celles des autres, continue-t-il, et notre appareil est plus coûteux : nous sommes une petite entreprise et nous ne pouvons pas proposer une machine au même prix que celles de nos concurrents. »

Mais il est convaincu qu’à l’avenir, son entreprise va se faire une place dans les stations de ski. L’Autriche à elle seule en possède suffisamment pour soutenir son activité dans les années à venir. En tenant compte du potentiel à l’international, il se pourrait que Neuschnee devienne la future reine des neiges.

Neuschnee est membre du programme « Entrepreneur Impact » d’Autodesk.

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