La magie cinématographique de Crafty Apes crée des effets subtils et invisibles

Par Rich Thomas
- 14 Nov 2017 - 7 min De Lecture
hidden figures invisible effects
Scène du film Les Figures de l’ombre, avant et après VFX. Avec l’aimable autorisation de Crafty Apes et de 20th Century Fox.

Si vous gagnez bien votre vie dans l’industrie des effets visuels numériques au cinéma (VFX), en numérisant tout, des explosions spectaculaires aux « effets invisibles » qui donnent l’effet de tableaux d’époque, et que vous êtes vraiment calés dans ce domaine, tôt ou tard, vous aurez envie de voler de vos propres ailes.

Ce timing est souvent dicté par un nombre limite de clients potentiels ou bien il coïncide avec les progrès techniques du domaine qui simplifient le travail ou qui rendent les outils plus abordables. Pour Chris Le Doux, cofondateur de la société Crafty Apes spécialisée en VFX, le Jour J est venu après quatre mois intensifs chez Scanline, au cours desquels il avait travaillé 16 heures par jour en qualité de superviseur VFX, sur la séquence légendaire de l’accident ferroviaire du film Super 8 de J.J. Abrams. Bien qu’il soit prêt à admettre que Scanline était la meilleure société pour laquelle il ait travaillé, il n’y trouvait plus son compte.

Et d’expliquer : « Je me suis dit que si je devais passer le plus clair de mon temps loin de ma famille et de mon bar préféré, il fallait que j’aie une bonne raison », tout en plaisantant sur le fait que les ventes commençaient à ralentir auprès de ces deux sources locales préférées. « Je me suis aussi rendu compte que je n’arriverais jamais à rencontrer des producteurs et des studios pour du business si je passais tout mon temps devant mon ordinateur. Je voulais apprendre comment on tourne des films, pas uniquement l’aspect effets visuels. »

Une scène du film Les Figures de l’ombre, avant et après les VFX. Avec l’aimable autorisation de Crafty Apes et de 20th Century Fox.

Originaire de l’Alaska, Chris Le Doux parle sans retenue et a l’allure d’un camionneur avec lequel on irait voir un match de foot plutôt que quelqu’un qui va vous rebattre les oreilles sur les dernières découvertes en cloud computing lors de promenades romantiques jusqu’à la salle des serveurs. En plus de son travail sur les effets spéciaux pour Scanline, Café FX, Uncharted Territory et the Orphanage, il a également travaillé sur des clips de musique par l’intermédiaire de Pusher Media avec des groupes comme Audioslave, U2 et Paramore, et R!OT. Mais l’envie d’aventure a été plus forte.

« C’est difficile à expliquer, reprend-il, mais quand on travaille pour soi, on a davantage d’inspiration. Lorsqu’on travaille pour quelqu’un d’autre, on sait qu’on a un salaire qui tombe régulièrement, mais côté excitation, ce n’est pas vraiment ça. On aide à construire la pyramide, mais on n’a pas dessiné la pyramide. »

En 2011, Chris Le Doux a fondé Crafty Apes avec un collègue chevronné du domaine, Jason Sandford et avec son petit frère Tim Le Doux. Ce dernier a préféré abandonner sa généreuse bourse de l’université de Santa Barbara en Californie où il préparait un doctorat de chimie, pour commencer une carrière dans le VFX. La priorité et l’expertise de la société résident dans les effets spéciaux en 2D : imaginez des filtres verts subtils et des plans mats, plutôt que les effets VFX intenses qu’on trouve dans n’importe lequel des films Superman récents.

Featurette officielle de La La Land (film 2016) – The Look

Featurette officielle de La La Land (film 2016) – The LookLancer une nouvelle société sans bande démo et passer du travail sur des monstres et des fusées à ce que Chris Le Doux appelle « deux personnes qui parlent dans une pièce » n’a pas été une mince affaire, mais lentement les dividendes sont arrivés. L’équipe a commencé avec des contrats ponctuels en sauvant des séquences sur certains tournages en difficulté, notamment Douze ans d’esclavage, ce qui leur a permis de montrer ce dont ils étaient capables d’une manière qui n’aurait pas été possible avec une grande société. Et lorsque ce genre de films finit par remporter trois Oscars, notamment celui du meilleur film, votre nom commence à circuler.

Après sa contribution à Combat de profs (avec Ice Cube et Charlie Day), Chris Le Doux a eu vent d’un nouveau projet dirigé par un producteur avec lequel il avait travaillé par le passé. Le film s’appelait Les Figures de l’ombre. Le film, dont l’histoire se passe au début des années soixante, a été filmé en 35 mm et donne un effet Kodachrome, ce qui replace le film dans son époque, mais pose également des problèmes uniques. Le 35 mm est plus doux et son grain cache beaucoup de choses, ce qui est bien pour les plans avec effet héroïque comme celui qui montre John Glenn se dirigeant sur la rampe de lancement à Cape Canaveral, et qui a été filmé dans un entrepôt. Mais pour les séquences de décollage de la fusée et de mise en orbite spatiale, ce rendu d’époque s’est avéré très difficile et très long.

Chris Le Doux et son équipe ont recherché des vieux films et des vues prises de la station spatiale internationale. Les logiciels tels que Phoenix FD, NUKE et FumeFX ont beaucoup servi, ainsi que Maya, d’Autodesk, qu’il adore à cause de sa facilité d’utilisation, sa souplesse, sa versatilité et « ses tonnes de plug-ins invraisemblables». Que Chris Le Doux produise des plans interstellaires héroïques de capsules brûlantes qui entrent dans l’atmosphère terrestre ou bien des effets invisibles comme des peintures mates et des plans extérieurs du siège de la NASA à Langley, la clé pour lui consiste à rester simple et authentique.

Une scène du film Les Figures de l’ombre, avant et après le VFX. Avec l’aimable autorisation de Crafty Apes et de 20th Century Fox.

Il explique que « les effets visuels sont un pilier de la narration. S’ils deviennent l’histoire, vous êtes à côté de la plaque et ce que vous faites c’est de la bobine de séquences. Je les teste toujours sur ma mère. Elle regarde le film et elle est prise par l’histoire. S’il y a trop d’effets spéciaux, cela provoque une dissonance cognitive. Nos cerveaux n’ont guère évolué depuis la préhistoire et nous ne réagissons pas bien en présence de trop de choix. »

Chris Le Doux et l’équipe de Crafty Apes ont aussi travaillé sur La La Land, également tourné en 35 mm et qui comme Les Figures de l’ombre, a une apparence spéciale et provoque un ressenti très particulier. La scène épique d’ouverture du film contenait plus de 8 000 images compressées en cinq minutes. Les caméras ont dû être effacées, les voitures et les gens retirés, les vêtements ont été recolorisés. Cela a demandé un travail monumental qui a non seulement exigé une quantité énorme d’effets visuels, mais aussi une nouvelle approche vis-à-vis de l’infrastructure de stockage de données de Crafty Apes (via le dispositif de stockage hybride QC24 de Qumulo) pour pouvoir héberger les térabytes de données.

La scène sur l’autoroute dans La La Land avec les effets visuels de Crafty Apes. Avec l’aimable autorisation de Dale Robinette et de Lionsgate.

Plus récemment, Crafty Apes a terminé un travail sur la nouvelle série de SpikeTV, The Mist (basée sur le livre de Stephen King) et la société travaille actuellement sur 14 grands projets, dont un remake de L’Échelle de Jacob (pour LD Entertainment), ainsi qu’un film intitulé Fast Color, mis en scène par Julia Hart et produit par Jordan Horowitz, producteur de La La Land.

« Fast Color présente des caractéristiques que je n’ai jamais vues au cinéma avant et pour L’Échelle de Jacob, on a fait un travail sur l’atmosphère maussade qui met en valeur le ton du film, mais c’est tout ce que je peux en dire.

Il poursuit en disant : c’est un travail unique au monde. Une grande partie de notre travail s’apparente au bricolage, où l’on doit improviser. Il y a des plans dans Les Figures de l’ombre où l’on voit des foules de gens qui regardent le ciel : la moitié d’entre eux sont en fait des gens de notre bureau qui travaillent sur les effets visuels. On fait ça tout le temps. Chaque jour, on réinvente la roue et moi je participe au délire. On faisait péter des feux d’artifice sur le parking l’autre jour et les gens demandaient “Mais qu’est-ce qui se passe ?” Et on leur disait “Ne vous inquiétez pas. C’est juste du cinéma.” »

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