Des toilettes au robinet : l’eau potable est une affaire de femmes dans les pays en développement

Par Kimberly Holland
- 1 Sep 2016 - 7 min De Lecture
Avec l’aimable autorisation de Water for People

Dans les pays développés, les femmes ont tendance à oublier que les stations d’épuration ou l’accès à l’eau potable et à des toilettes dignes de ce nom sont des acquis. Mais ailleurs, ces systèmes sanitaires essentiels sont un véritable luxe pour elles.

Les deux tiers de la planète sont recouverts d’eau. Dans les pays en développement, pourtant, des milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable. Selon le Rapport mondial sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement, la problématique de l’eau et de l’assainissement touche les femmes et les enfants de manière disproportionnée (pages 18 et 22).

Water for People in Guatemala
Avec l’aimable autorisation de Water for People

Le rapport explique qu’en raison du rôle traditionnellement dévolu aux femmes, il leur incombe, à elles et donc à leurs enfants aussi, d’approvisionner le foyer en eau, ce qui implique de longues heures d’attente ou des marches interminables pour se rendre au point d’eau et en revenir. Ces femmes doivent également se débarrasser des eaux usées et des déchets humains, mais n’ont que rarement accès à des sanitaires privés ou sûrs.

En 2002, les Nations Unies ont reconnu l’utilisation d’eau potable à des fins personnelles ou domestiques comme un droit fondamental. Fournir un accès sûr à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène (EAH) pour tous d’ici 2030 est devenu un objectif international. Avec un peu plus d’une dizaine d’années encore devant elles, les organisations travaillent d’arrache-pied pour faire de cette directive une réalité.

clean water in developing countries Water for People Nicaragua
Une installation de lavabos accueillie par de larges sourires dans une école au Nicaragua. Avec l’aimable autorisation de Water for People.

Prenons, par exemple, Water For People, une organisation à but non lucratif fondée en 1991. Aujourd’hui, Water For People intervient dans neuf pays, dans des zones rurales et périurbaines, participant à l’installation de systèmes d’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. Dans un récent TEDx talk, la directrice de Water For People, Eleanor Allen, a souligné que l’eau est un enjeu particulier pour les femmes, en raison du temps qu’elles passent à la collecter, des opportunités d’études manquées ou des formations abandonnées et des conditions mêmes des sanitaires, ou plutôt de leur absence.

Pour Eleanor Allen et Water For People, résoudre la crise mondiale de l’eau se joue au niveau local. L’organisation s’associe aux villages et aux communautés pour fournir une assistance au développement et à la construction d’infrastructures afin d’encourager l’usage de services d’assainissement et d’installations sanitaires sûres, autosuffisantes et durables.

« La collectivité aide à cofinancer et fournit les employés, raconte Eleanor Allen. Nous apportons la formation et le savoir-faire et nous construisons ces institutions village par village, collectivité par collectivité. »

Pour les habitants, l’effet de l’augmentation des services liés à l’eau est flagrant. « Cinq cent mille enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de maladies diarrhéiques liées à l’eau polluée, explique Eleanor Allen. Cette situation pourrait être complètement évitée, mais nous continuons à la subir partout dans le monde. La bonne nouvelle, c’est qu’on connaît la solution. On peut y arriver ! »

Atteindre l’objectif 2030 de l’ONU implique un investissement de 50 milliards de dollars par an afin de construire les infrastructures d’assainissement manquantes. Mais une fois qu’on aura installé ces robinets et ces toilettes, clame Eleanor Allen, les femmes auront remporté une victoire.

clean water in developing countries TAMassociati Senegal House
Le prototype de maison de l’écovillage de TAMassociati prend forme à Keur Bakar, au Sénégal. Avec l’aimable autorisation de TAMassociati.

C’est le même engagement à améliorer la vie des femmes dans le monde qui a conduit la société d’architecture italienne TAMassociati à développer un écovillage au Sénégal. « L’objectif est de concevoir un prototype de maison apte à recueillir l’eau destinée à l’usage domestique, pour boire, préparer les repas, laver ou irriguer, et à stocker les faibles ressources en eau dans des murs artificiels, explique Massimo Lepore, associé et architecte chez TAMassociati.

« Faibles » est un euphémisme dans ces régions. Selon Massimo Lepore, les moyennes de consommation d’eau en Occident se trouvent autour de 300 litres par personne et par jour, contrastant vertigineusement avec celles des pays africains, qui souffrent d’un manque récurrent. Au Sénégal, la consommation moyenne est de 20 litres par personne et par jour. À Madagascar, 10.

https://www.youtube.com/watch?v=G5MaOVdx_gg

L’écovillage intègre des dispositifs de contrôle des déchets, des réservoirs de stockage qui purifient l’eau et des systèmes d’assainissement des eaux usées à des fins agricoles (pour arroser de petits potagers ou nourrir les animaux). Lepore et son partenaire de TAMassociati, Raul Pantaleo, espèrent que, bientôt, des villages entiers de ces maisons durables qui fonctionnent avec les ressources disponibles vont voir le jour, participant à l’effort existant d’amélioration des ressources en eau potable dont bénéficient déjà les femmes du Sénégal.

« La mise en œuvre du projet commence à porter ses fruits, explique Raul Pantaleo, notamment par la création d’une nouvelle coopérative de chantier dans le village. Les ouvriers ont produit toutes les briques du bâtiment collectif et vendent à présent leurs matériaux aux villages voisins. En même temps, l’association locale de femmes s’organise pour améliorer le savoir-faire et les capacités agricoles et une société locale de tourisme naturel sera fondée dans le village. »

Comme l’a remarqué Eleanor Allen, l’autre versant de la crise mondiale de l’eau qui pèse sur les femmes autant que le manque d’eau potable, est l’absence de réseaux d’assainissement suffisants. Aujourd’hui, de nombreuses régions du monde ne disposent ni de toilettes dignes de ce nom, ni d’égouts, ni de réseau d’assainissement, quel qu’il soit.

clean water in developing countries Sanergy Fresh Life Operator
Une opératrice Fresh Life à Nairobi, au Kenya. Avec l’aimable autorisation de Sanergy.

« 2,5 milliards de personnes dans le monde vivent sans un système d’assainissement décent, c’est-à-dire une solution qui sépare l’utilisateur de ses déchets », explique David Auerbach, cofondateur de Sanergy, une entreprise à vocation sociale qui se consacre à la construction et à l’expansion de la chaine de valeur de l’assainissement à Nairobi, au Kenya.

Mais l’assainissement, ajoute David Auerbach, va bien au-delà de simples toilettes en état de fonctionner. « 4,1 milliards de personnes vivent dans des lieux où leurs déchets ne sont ni récupérés ni stockés, explique-t-il. Environ 1 million de décès liés aux problèmes d’assainissement surviennent chaque année et le piteux état de l’assainissement coûte à l’économie mondiale plus de 260 milliards de dollars par an ».

Dans les quartiers pauvres de Nairobi, cela représente une menace pour les femmes, pour leur santé et leur sécurité, pour la croissance économique, et ainsi de suite. Sanergy fournit l’occasion à ses concitoyens d’investir dans des systèmes d’assainissement destinés à leurs voisins ou à leurs amis. Les habitants d’un même village peuvent acquérir des toilettes Fresh Life préfabriquées, à bas coût et de haute qualité, dans les quartiers moins développés de la ville et devenir des opérateurs Fresh Life (FLO), un genre d’entrepreneur. Sanergy leur fournit la formation, le support marketing, l’accès à des prêts à taux zéro et une assistance opérationnelle continue, dont notamment des services réguliers de collecte des déchets. Ainsi, les opérateurs gagnent un revenu en offrant un service de première nécessité à leurs concitoyens.

clean water in developing countries Sanergy Kenyan farmer Evergrow Organic Fertilizer
Une cultivatrice kenyane utilisant l’engrais organique Evergrow, un produit issu de la collecte des déchets Fresh Life. Avec l’aimable autorisation de Sanergy.

L’équipe de collecte des déchets de Sanergy collecte les déchets dans les villages, les traite correctement puis les convertit en intrants agricoles de haute qualité vendus à des exploitants kenyans. En créant un marché dérivé des déchets humains, Sanergy prouve qu’ils peuvent être revalorisés efficacement, surtout si les habitants sont impliqués à tous les échelons de la chaîne de valeur de l’assainissement.

Grâce au travail de telles organisations, le monde s’approche chaque jour un peu plus de l’objectif EAH 2030 de l’ONU. Alors que les dirigeants du monde se réunissent pour la World Water Week 2016, de nouvelles idées, initiatives et solutions vont émerger, œuvrant plus encore à l’amélioration des conditions de vie des femmes.

Water For People, TAMassociati et Sanergy sont tous trois parrainés par la Fondation Autodesk, qui les a sélectionnés pour le génie technique et conceptuel dont ils ont fait preuve dans leur quête de solutions aux problèmes les plus pressants du monde.

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