Améliorer la gestion de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène en Asie et en Afrique pour mieux « s’en laver les mains »

Par Markkus Rovito
- 2 Aoû 2018 - 7 min De Lecture
water sanitation and hygiene Splash.org
Après l’approvisionnement des orphelinats chinois en eau potable, Splash permet désormais à près de 100 000 enfants en Chine de boire de l’eau et de se laver les mains sans risque. Avec l’aimable autorisation de Splash.org.

Un des objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies est de garantir l’accès de tous à l’eau potable et à l’assainissement d’ici 2030. Seule une coopération d’envergure entre les États, le secteur privé, les organisations à but non lucratif et les particuliers permettra de le réaliser.

L’ONG Splash œuvre à cet objectif en mettant au point des systèmes d’eau potable, assainissement et hygiène (WASH) pour les enfants en Asie et en Afrique. Pour Eric Stowe, son fondateur et directeur exécutif, amener les États à développer les dispositifs WASH est le plus gros obstacle à passer pour que d’ici 2030 tous accèdent à l’eau potable et à l’assainissement. Toutefois, les bonnes dispositions qu’affichent les organisations et les pouvoirs publics pour collaborer et échanger des informations, et la technologie nécessaire à sa réalisation, lui donnent des raisons d’espérer.

« D’ici 2030, le secteur devrait avoir défini des normes de développement à grande échelle des systèmes d’eau potable, qui régissent le coût et les méthodes d’entretien et de maintenance à long terme, affirme-t-il. Depuis peu, les ONG disposent d’une capacité phénoménale, et jusque-là inédite, de collaboration et de partage des informations. »

water sanitation and hygiene Eric Stowe Splash
Discours d’Eric Stowe, fondateur et directeur exécutif de Splash, dans une école en Éthiopie. Avec l’aimable autorisation de Splash.org.

Lorsqu’Eric Stowe fonda Splash il y a 10 ans, son but était d’approvisionner tous les orphelinats de Chine en eau potable. Bien qu’ambitieux à l’époque, cet objectif fut atteint fin 2017, permettant à 100 000 enfants à travers 1 100 orphelinats de 32 provinces d’accéder à l’eau potable.

Depuis, l’ONG a élargi son public grâce aux stratégies d’expansion apprises en Chine et ainsi étendu ses projets WASH aux écoles urbaines de Katmandou au Népal, d’Addis Abeba en Éthiopie, de Calcutta en Inde et de Dhaka au Bangladesh. Actuellement, l’organisation sert au quotidien plus de 400 000 enfants dans huit pays et devrait dépasser le million d’enfants par jour d’ici 2023.

Pour son fondateur, s’il est possible d’approvisionner en eau potable les hôtels et restaurants pour touristes dans les pays en développement, alors c’est également faisable pour le nombre croissant de pauvres des zones urbaines, grâce à l’intervention des autorités et entreprises locales. En outre, Splash s’appuie localement sur les chaînes d’approvisionnement, les partenariats et les systèmes de conception pour que ses interventions WASH soient abordables, innovantes et autonomes.

Pour équiper les orphelinats chinois en systèmes de filtration d’eau, le directeur de Splash s’est tourné vers le groupe Antunes, responsable de la filtration de l’eau des McDonald’s dans le monde entier. Ensemble, ils ont pensé, conçu et fabriqué plus de 10 itérations du système VZN d’ultrafiltration de l’eau, l’adaptant afin d’abaisser ses exigences de maintenance et de remplacement des cartouches.

« Nous y mettions de l’eau incroyablement trouble et extrêmement insalubre, raconte Eric Stowe. Nous voulions 50 % d’inox en moins pour en réduire le coût, un volume plus grand, 30 % de plastique en moins, etc. ». Le système VZN est devenu l’un des produits phares du groupe Antunes.

Splash ne cesse d’améliorer la conception de ses fontaines à eau et de ses lavabos en privilégiant toujours la question de la durabilité. Selon un rapport de l’Unicef datant de 2015, 30 à 50 % des projets WASH se soldent par un échec en moins de cinq ans. Et Eric Stowe d’observer : « Le monde entier regorge de ces projets WASH avortés, tout cela parce qu’on a fait l’impasse sur un cahier des charges solide, qui prendrait en compte la facilité d’utilisation, le nombre d’enfants ou la résistance à l’environnement local, tant les catastrophes naturelles que le vandalisme. »

water sanitation and hygiene filtration system

Splash a collaboré avec un groupe privé à la conception du système d’ultrafiltration VZN, comme on le voit ici à Addis Abeba en Éthiopie. Avec l’aimable autorisation de Gavin Gough.Afin de remplir ces critères, les fontaines à eau et les lavabos de Splash sont durables, modulables, adaptés aux enfants, colorés et à l’épreuve du vandalisme. Et pour séduire les autorités locales, ils sont également abordables, faciles à nettoyer et à entretenir, et se bouchent rarement.

« Le logiciel sur lequel nous fondons notre intervention joue un rôle clé, explique Eric Stowe. C’est ce que nous appelons “l’environnement favorable”. » L’adhésion du public tient en effet une place centrale dans la réduction des maladies d’origine hydrique. Splash s’adresse aux écoliers des zones urbaines non seulement parce que ce sont les premières victimes de ces maladies, mais aussi parce qu’ils sont plus malléables quand il s’agit de changer les comportements ; ils peuvent ainsi influencer leur famille avec ces gestes d’hygiène qu’ils ont appris à l’école. « Ces enfants ont beaucoup d’influence sur leurs parents et peuvent changer leurs opinions et leurs comportements, notamment sur le lavage des mains, constate-t-il. »

Par ailleurs, conformément aux recommandations de l’UNICEF pour encourager le lavage des mains, les lavabos de Splash sont disposés en biais de sorte que les enfants se font face. L’ONG teste toutes les techniques connues pour influencer le comportement des écoliers, à savoir : les clubs hygiène pour le renforcement social, les comptines et chansons qui serinent les règles, la disposition stratégique des lavabos, les empreintes de pas peintes au sol indiquant le chemin, les couleurs vives et les logos attrayants.

« Notre but premier est de faire en sorte que tout gravite autour de ces lavabos, note Eric Stowe. Si on parvient à attirer les enfants suffisamment près, ils se laveront les mains. Nous avons tout essayé, et l’une des techniques d’attraction les plus efficaces est d’installer un miroir. Les enfants sont extrêmement visuels ! Nous avons constaté que quand les lavabos sont équipés de miroirs, ils sont beaucoup plus susceptibles de se laver les mains. »

En octobre 2017, l’ONG s’est associée à la fondation Autodesk afin de perfectionner ses fontaines à eau et ses lavabos.

Comme tout son prototypage et sa fabrication se font localement, Splash ne bénéficie pas encore des techniques de prototypage rapide qu’offre la fabrication additive. La collaboration avec Autodesk est née de la frustration et des difficultés qu’Eric Stowe rencontrait avec les prototypes en fibre de verre et les moules en bois faits main. Splash envisage à long terme d’utiliser du plastique recyclé comme matière première, et quoi de plus symbolique que de transformer les bouteilles d’eau usagées en des fontaines et lavabos pour les écoles.

Avec le concours d’ingénieurs extérieurs utilisant AutoCAD et Civil 3D d’Autodesk, l’ONG peut ainsi se rapprocher de son but ultime, dans chacune des villes où elle opère, à savoir que les autorités locales s’approprient et développent les dispositifs WASH, une fois qu’ils ont fait leurs preuves dans les écoles. L’utilisation d’AutoCAD permet d’optimiser les fontaines à eau et lavabos de Splash, de maximiser le débit d’eau entrant et l’évacuation des eaux usées, d’améliorer leur conception afin d’en faire des unités prêtes à l’emploi, à installer dans tout type d’école.

water sanitation and hygiene hand washing stations
Des enfants, dans plus de 140 écoles en Inde, utilisent les lavabos de Splash pour se protéger des maladies d’origine hydrique. Avec l’aimable autorisation de Gavin Gough.

« En bref, à l’échelle d’une ville entière, Civil 3D peut nous servir à partager notre action avec les services publics chargés de l’eau et de l’assainissement, de l’éducation et du bâtiment pour qu’ils montrent aux instances décisionnaires ce qu’il faut faire pour fournir l’eau, l’assainissement et l’hygiène à toute une ville, explique le fondateur de Spash. » Cela revient pour lui à une forme de plaidoyer où il dirait aux décideurs politiques : « Nous l’avons conçu pour vous ; maintenant, à vous de le construire. »

Lors d’un récent TedxSeattle talk, il a recommandé de « tuer son organisation caritative ». Partout où elle s’établit, Splash a une stratégie de sortie qui prévoit la prise en charge et le développement par les autorités locales des dispositifs WASH éprouvés. Par exemple, à Katmandou, les systèmes de filtration installés par Splash fournissent plus d’eau potable que les écoles n’en utilisent, ce qui permet à ces dernières de vendre l’excédent aux populations locales à un prix inférieur à celui du marché et d’utiliser les recettes pour payer les charges et l’entretien.

« L’intention devrait être de développer les installations, et non l’ONG, affirme-t-il. Nous pensons pouvoir nous retirer de Chine d’ici deux ans. Le gouvernement chinois peut en prendre les commandes à vie. Maintenant que nous avons créé l’écosystème, on sait que c’est possible et abordable. On pourra alors dire qu’on s’en lave les mains ! »

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