Créer vos propres règles grâce à l’architecture générative.

Par Phil Bernstein
- 27 Avr 2015 - 5 min De Lecture
Micke Tong

Pendant des milliers d’années, la conception architecturale est restée limitée, non pas par l’imagination des architectes et des bâtisseurs, mais par leurs propres mains, et par ce qu’ils pouvaient dessiner.

Tracer une droite, c’est facile : il suffit d’une règle. Il en va de même pour un cercle : le compas suffit. Mais après ça, les choses se corsent. Pour dessiner une ellipse, quand on ne dispose pas d’un ordinateur, il faut deux épingles, un crayon et deux bouts de ficelle.

Plus la forme était complexe, moins on la traçait et moins on la construisait, car ce n’était pas chose aisée.

Il n’a jamais était facile de travailler aux confins de géométries complexes, en particulier quand on souhaite utiliser des formes courbes ou sinueuses. Il existe pourtant quelques exemples d’entrepreneurs et d’architectes qui ont relevé le défi avant l’ère numérique. Prenons le musée Guggenheim de Frank Lloyd Wright, à New York. C’était un projet révolutionnaire en termes d’intention et de programme, et sa réalisation n’a pas été simple.

Mais une vingtaine d’années après l’achèvement du Guggenheim, les ordinateurs sont arrivés. Générer des formes géométriques plus complexes était soudainement à la portée de tous les architectes. Les spirales du Guggenheim n’étaient plus inaccessibles.

guggenheim_architecture

En fait, ils pouvaient non seulement générer les formes traditionnelles de la géométrie euclidienne, mais les ordinateurs rendaient aussi les idées créatrices, complexes et de nature non conventionnelle, bien plus faciles à représenter et à réaliser, quel que soit le produit : bâtiments, pièce mécanique ou produit de consommation.

C’est plus ou moins le stade où nous en sommes aujourd’hui. Mais une fois encore, la technologie réinvente la manière dont nous créons, jusqu’à la géométrie même.

Ce qui se rêve peut se construire

Vu les prodiges des technologies numériques dont nous disposons aujourd’hui, on pourrait croire qu’une révolution s’achève ou du moins, que l’innovation va ralentir. Rien n’est plus faux.

Au lieu d’utiliser les ordinateurs pour « tracer des formes géométriques » facilement, nous entrons dans une nouvelle ère, celle où l’on peut dire à la machine quels sont les buts à atteindre.

Il s’agit d’une formidable mutation de la démarche conceptuelle.

En voici en exemple typique. Imaginons que je veuille dessiner une maison et que le client me dise : « je veux quatre chambres et un grand salon, sur une parcelle triangulaire ». A priori, pas de difficulté : j’ai mon plan masse et je suis sur l’ordinateur. Je peux dessiner quatre carrés pour les quatre chambres, puis les agencer suivant diverses configurations.

Mais s’il existait une autre façon de procéder ? Imaginons que je puisse demander à l’ordinateur de générer, disons, 25 plans pour cette maison, tous différents et convaincants, en tenant compte des contraintes que j’ai identifiées, par exemple :

  • Un nombre spécifique de chambre de moins de 9 m2
  • Toutes les chambres doivent être adjacentes
  • Deux salles de bains pour les chambres, chacune asservie à deux chambres
  • Toutes les chambres seront logées à l’étage et les espaces de vie commune, en rez-de-chaussée.
  • La consommation énergétique du bâtiment ne dépasse pas « x ».
  • La salle à manger est exposée à l’est, tandis que le salon est exposé à l’ouest.
autodesk_project_akaba
Le projet Akaba d’Autodesk aborde les problèmes de conception d’une manière similaire à celle des professionnels du BTP, en tenant compte des exigences spatiales et d’un ensemble de règles, afin de créer des esquisses convaincantes qui répondent aux intentions du projet.

À partir de ces contraintes, l’ordinateur génère des agencements et des formes géométriques instantanément. Il s’agit d’une forme d’architecture que l’on pourrait qualifier de générative, proposant des options que je n’aurais jamais pensé explorer… ou que peut-être, je ne voudrais pas créer. L’ordinateur me donne tout, le bon comme le moins bon.

Ce sera le stade suivant de la conception : le projet ne sera pas issu des seuls principes de la géométrie, mais tiendra compte d’un ensemble de règles. La conception évolue vers la création et l’affinement de règles de production des plans d’étude, suivi de choix et de perfectionnements. Mais l’itération, c’est-à-dire la création de ces idées originales, devient beaucoup plus vaste et beaucoup plus passionnante.

Il existe déjà quelques projets expérimentaux qui tentent d’appliquer cette démarche. Dynamo, un logiciel libre de programmation visuelle de projet, est à mon sens un exemple parfait de ce que le futur de la conception informatisée nous réserve. En essence, il s’agit d’une machine qui fabrique des règles qui sont appliquées à Autodesk Revit, et qui est particulièrement utile pour les maquettes numériques.

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Un exemple de programmation visuelle en conception. Projet construit avec Dynamo, avec Autodesk Robot Structural Analysis Professional 2016, et avec Autodesk Revit.

Nature du Projet

Le projet et les outils qu’on utilise pour sa conception n’ont jamais été statiques. Ces 40 dernières années ont été une course incroyable à l’informatisation, qui a modifié la nature fondamentale des processus de conception en reproduisant les anciens procédés de la géométrie. Les choses sont en train de changer. Et je ne parle pas que du processus « créatif ».

Les tâches répétitives (et souvent banales), comme le tracé des canalisations dans un bâtiment ou le calcul du nombre de baies ou de puits de lumière permettant d’obtenir un label HQE, peuvent être automatisées. Quelle occasion fantastique ! Nous allons enfin pouvoir consacrer le temps qui était alloué aux tâches fastidieuses à explorer le potentiel d’un projet… tout en économisant du temps et en réduisant les coûts.

Une fois que ces règles deviennent la base de la production des études et de leurs tests, la conception devient plus effective, plus intéressante et plus amusante, parce que nous pouvons consacrer toute notre attention aux tâches les plus importantes du processus : trouver et ajuster les solutions les plus séduisantes, les plus provocantes, les plus utiles ou les plus belles. Aucun ordinateur n’en est capable. Mais ils peuvent certainement nous y aider.

La manière dont nous utilisons la géométrie a changé à jamais, et c’est tant mieux. Citez-moi le nom d’un architecte qui accepterait d’échanger son ordinateur pour un compas ! C’est un tout nouvel univers qui est sur le point de se révéler. ll s’agit d’une révolution incroyable pour ceux qui ont la fibre conceptuelle.

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