Pourquoi la convergence design-fabrication-utilisation donne de meilleurs produits et protège la planète

Par Jon Pittman
- 1 Fév 2016 - 7 min De Lecture

Avant la révolution industrielle, les chaussures et les vêtements étaient faits main – sur mesure – par des cordonniers et des tailleurs locaux. Ils étaient toutefois l’apanage des classes bourgeoises qui pouvaient se le permettre, ce système excluant les personnes les plus pauvres qui, au cours de leur vie d’adulte, ne possédaient que trois tenues  (qu’ils se cousaient bien souvent eux-mêmes).

En plus de ses innovations sur le plan de l’industrie et de la production de masse, la deuxième révolution industrielle a vu le développement de la croissance économique et une amélioration du niveau de vie. Le consommateur moyen – y compris certaines classes proches du seuil de pauvreté – avait accès à des produits autrefois inabordables. Malgré tout, même si la production de masse a créé l’abondance et l’accessibilité, elle était sans âme : elle se fondait sur des économies d’échelle, si bien que la production se résumait à la sérialisation de copies conformes, car les fabricants devaient produire un grand nombre d’unités identiques pour réaliser un bénéfice.

Au XXIe siècle,  les consommateurs veulent plus. Les tailles uniques et la production de masse ne séduisent plus comme avant. Les produits qui sont fabriqués rapidement et à bas prix deviennent obsolètes. Dans les cas extrêmes, leur valeur ne dure que quelques minutes dans les mains du consommateur (c’est le cas des jouets du menu Happy Meal de McDonald par exemple). Tandis qu’en associant une fabrication plus souple avec un véritable retour d’information des consommateurs, les fabricants peuvent adapter les produits aux besoins uniques de la personne qui s’en sert.

Le processus linéaire
Le processus linéaire du design, de la fabrication et de l’utilisation

La voici donc, la prochaine révolution : des produits, des machines, et même des bâtiments qui s’améliorent d’eux-mêmes. Le processus linéaire de fabrication par lequel un produit est imaginé, fabriqué et consommé, est en train d’évoluer. On parle de convergence du design, de la fabrication et de l’utilisation. Lorsqu’un lien se forme entre ces trois stades, les consommateurs obtiennent des produits qui durent plus longtemps, profitent d’un meilleur rapport qualité-prix, et leur satisfaction augmente. Dans le même temps, les déchets que la planète doit absorber se réduisent.

Voici les trois étapes pour obtenir une réelle convergence et la raison pour laquelle il est important que le processus linéaire design-fabrication-utilisation devienne un cycle.

1. La boucle design-retour d’information. De plus en plus, les objets manufacturés deviennent plus intelligents. Davantage de produits sont équipés de capteurs et évoluent de l’inanimé vers quelque chose de plus mesurable et de plus « vivant ». Lorsque ces appareils connectés fonctionnent bien, ils génèrent des données permettant aux concepteurs de comprendre comment les produits sont réellement utilisés, et cette information peut à son tour les aider à améliorer le design.

Mais concepteurs et ingénieurs doivent prêter attention aux aspects pertinents et s’attacher à l’expérience intégrale d’un produit. Bien souvent, ils se limitent à la création d’un produit minimum viable (PMV), qui s’attache davantage au « minimum » qu’au « viable ». Dès lors, les produits sont fabriqués en ne prêtant attention qu’à leurs caractéristiques et à leur fonctionnalité.

Mais si les concepteurs et les ingénieurs ne cherchent pas à tenir compte de la manière dont cette fonctionnalité est exploitée et à la tester – en examinant la gestalt du produit (c’est-à-dire, le vécu du consommateur) plutôt que ses seules parties composantes – leur produit ne sera sans doute pas une réussite à long terme.

design-retour d’information
La boucle design-retour d’information

La raison en est simple. La réussite n’est pas seulement une question d’argent : c’est une question de temps. Si on s’arrache les cheveux à lire des manuels et à parler aux représentants du support technique pour installer un produit et le faire marcher (dans le meilleur des cas), cela n’est pas vraiment viable.

Voici un exemple où le PMV fonctionne bien : l’ Interphone vidéo connecté  permet à l’utilisateur, au moyen de son smartphone, de voir qui sonne à la porte de n’importe où, y compris lorsqu’il est en vacances. L’important, ce n’est pas les sonneries et les gadgets, (en fait, il y a tout de même une sonnerie.) Il fonctionne tel qu’il le devrait après une installation facile d’une quinzaine de minutes. En plus d’être protégé et rassuré, on gagne un temps précieux, que l’on peut consacrer aux choses importantes de la vie.

2. La boucle design-fabrication. Dans cette étape suivante, les phases de design et de fabrication se rapprochent et deviennent plus efficaces grâce à un retour d’information plus rapide. Prenons l’exemple d’un fabricant de vélos : les lignes de production actuelles sont réglées pour produire, mettons, 50 000 vélos, sans tenir compte du retour des utilisateurs. Mais en adoptant des lignes de production plus souples, une société pourrait fabriquer 1 000 vélos équipés de capteurs qui permettraient de faire remonter l’information sur la façon dont les cyclistes utilisent leur monture. À partir de ces données, les ingénieurs pourraient s’attaquer aux changements qui doivent y être apportés. Par exemple : grâce à des capteurs placés sur un vélo de route et conçus à la fois pour les freins à patins et les freins à disque, le fabricant pourrait savoir quel type de frein ses clients préfèrent utiliser. Ensuite, avec l’aide d’un cycle régulier de retour de ses capteurs, le fabricant pourrait apporter des changements de façon plus fréquente et sur des cycles de production plus courts.

design-fabrication
La boucle de convergence design-fabrication

3. La boucle de convergence design-fabrication.

C’est là que les choses évoluent vraiment pour le mieux : on obtient une boucle de retour d’information systématique au cours des processus de conception, de fabrication et d’utilisation, qui permet à des dispositifs connectés de réagir, de changer et de s’adapter au fil du temps. Le résultat entraîne des produits présentant des durées de vie plus longues, les consommateurs connaissent moins de frustration vis-à-vis de leurs achats, et l’enfouissement des déchets se réduit.

Tesla Motors est l’Usain Bolt de la course à la convergence design-fabrication-utilisation, mais le fabricant a aussi connu ses échecs. Il est bien connu que les incendies de voitures Tesla de 2013 ont provoqué une polémique concernant la sécurité des voitures électriques. Plusieurs voitures de modèle S ont percuté des débris sur la chaussée qui ont endommagé les packs de batterie au lithium et déclenché des incendies. Tesla a répondu en déployant des mises à jour d’un logiciel relié par radio à sa flotte de véhicules en circulation, permettant aux systèmes de suspensions pneumatiques de créer « une meilleure garde au sol  à des vitesses sur autoroute ».

Un exemple plus accessible de cette convergence est l’iPhone d’Apple. À l’usine, tous les iPhone 6 sont électroniquement semblables, mais dans les mains de deux utilisateurs différents, les applis, les contacts, les photos et la musique sont différents. La coque est la même, mais le téléphone est très vite personnalisé par son propriétaire via le logiciel.

design-fabrication-utilisation
La boucle de convergence design-fabrication-utilisation

En domotique, les gérants d’immeubles et les propriétaires peuvent eux aussi améliorer l’efficacité énergétique, grâce à des dispositifs immotiques (GTEB), qui permettent un suivi informatique des systèmes CVC d’un bâtiment, de son éclairage et de la consommation énergétique pour optimiser le rendement. Par exemple, un cadre supérieur d’Autodesk a découvert que sa maison consommait beaucoup trop, et a donc installé des capteurs dans la maison, ce qui a permis d’identifier un circuit défectueux qui entraînait une déperdition thermique.

Au fur et à mesure que les sociétés adopteront un modèle de design-fabrication-utilisation, leurs produits réagiront et s’amélioreront en fonction du retour de données sur leur utilisation et leur environnement fourni par la boucle en temps réel. Actuellement, ces réactions interviennent en temps réel grâce aux logiciels. Mais qu’est-ce que cela signifie pour l’avenir ?

Vient ensuite le paradigme design-fabrication-utilisation qui va permettre à un produit de changer de forme physique. Prenons les ailerons d’un avion, les volets articulés  des ailes qui assistent la direction : ils étaient censés être une approximation de la forme d’un oiseau, mais dans la réalité, les oiseaux plient tout le corps pour changer de direction. Et si les avions pouvaient se plier et modifier le profilé de leur fuselage dans son intégralité pour tourner ? Ceci n’est pas un fantasme irréalisable. Même si l’avenir proche sera fait de changements par l’intermédiaire des logiciels et des médias, attendez un peu : les objets réagiront bientôt et changeront de forme d’eux-mêmes. Cela va arriver.

Sur le même sujet…

Accès validé !

Merci!

Découvrez le « Future of Making Things »

Abonnez-vous à notre newsletter