Robots et cie : voilà pourquoi j’ai confiance en l’avenir

Par Randy Swearer
- 4 Jan 2018 - 5 min De Lecture
confiance en l'avenir
Un robot en train d’imprimer du métal en 3D.

On parle beaucoup, en ce moment, de la manière dont l’automatisation va transformer les conditions de travail, comme si les robots étaient sur le point de prendre le pouvoir.

Nous ne sommes pas encore assiégés, mais il faut reconnaître que certaines statistiques viennent alimenter cette crainte. Un rapport récent du Bureau national américain de la recherche économique précisait par exemple que pour chaque nouveau robot (un pour 1000 emplois), jusqu’à 6 ouvriers perdaient leur emploi et les salaires perdaient jusqu’à 0,5 %. Je ne peux pas nier que l’essor de l’automatisation et de la robotique vont continuer d’affecter le marché de l’emploi, parfois non sans heurts. Pour autant, j’ai confiance en l’avenir.

Pendant longtemps, la France est restée un pays profondément rural. Le secteur agricole y compte aujourd’hui 515 000 exploitations, soit environ 4 % de l’emploi total, là où on en dénombrait plus de deux millions au début des années 1950, soit plus de 30 % de l’emploi total. Aucun autre secteur économique n’a connu une régression d’emplois aussi massive. Les métiers (tous secteurs confondus) évoluent constamment. Pourtant, il existe aujourd’hui bien des professions que nous n’aurions pu imaginer il y a un siècle ou même une dizaine d’années. Je crois que nous entrons dans un univers en mutation dans lequel l’humain, la machine et l’intelligence artificielle formeront de puissants alliés. Nous n’en apercevons pour l’instant que les contours.

Cette alliance annonce une nouvelle vague d’opportunités professionnelles. Un rapport récent du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) affirme que « les innovations en cours vont être à l’origine d’une profonde transformation des emplois existants », ne « menaçant » que moins de 10 % d’entre eux. Le rapport indique que dans près de la moitié des emplois existants, les tâches pourraient évoluer sous l’effet de la robotisation et de l’intelligence artificielle. Un rapport du Forrester Research indique qu’aux États-Unis, ces innovations technologiques créeront près de 15 millions d’emplois au cours des dix prochaines années. Selon un rapport Citi Global Perspectives & Solutions, le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) estime que dans l’Union, pour la moitié des nouveaux emplois, il faudra posséder des qualifications élevées. Ces nouveaux métiers devraient tourner autour des technologies et exigeront de nouvelles compétences. Ainsi, cette évolution est mondiale.

Prenons comme exemple le secteur de la production. La plupart des gens pensent que ce secteur reste ancré dans des notions propres à l’ère industrielle des xixe et xxe siècles. Dans le monde post-industriel actuel, notre façon de concevoir et de fabriquer des objets a radicalement changé. De plus en plus guidée par les logiciels et les données, la production devient davantage intégrée. On peut aisément passer du concept à la fabrication au sein de la même application, le tout dans des cycles de production beaucoup plus courts. Une fois ces produits mis sur le marché, ils sont intégrés dans un système numérique qui collecte des données liées à leur comportement et à leur utilisation. Les données ainsi recueillies se répercuteront sur le processus de fabrication, s’adaptant ainsi aux différentes façons dont les produits fonctionnent dans le monde réel, dans diverses conditions d’utilisation.

une interaction humain-robot
Une équipe de recherche explore une interaction humain-robot dans l’Autodesk BUILD Space. Avec l’aimable autorisation d’Autodesk BUILD Space et d’ATONATON.

Selon le rapport « Manufacturing Institute » de Deloitte, alors que le secteur manufacturier adopte ces nouvelles technologies de pointe, les entreprises sont confrontées à une pénurie de talents. En effet, elles manifestent de réelles inquiétudes quant à la capacité de leurs employés actuels à s’adapter à l’évolution des métiers. En réhabilitant et en intégrant des disciplines qui les formeront aux nouveaux métiers liés à la fabrication de pointe, l’enseignement supérieur peut aider à combler les lacunes en matière de compétences et de connaissances.

Le système de formation actuel est un produit obsolète, issu de la révolution industrielle. Cette méthode d’apprentissage façon « chaîne de montage » compartimente la manière dont les étudiants développent leurs compétences. Elle ne tient pas compte des progrès technologiques et des métiers de demain, qui demanderont des schémas de pensée beaucoup plus intégrés. L’apprentissage ne se fait pas qu’à l’école, mais aussi tout au long de la vie, car les métiers évoluent et acquérir de nouvelles compétences est nécessaire. Passer d’un modèle d’apprentissage linéaire à un modèle non linéaire aidera les diplômés de demain à s’adapter à l’évolution rapide de métiers qui exigent des compétences nouvelles, mais aussi des mentalités de travail nouvelles. Les programmes de formation devraient mettre l’accent sur l’apprentissage de méthodes pour s’adapter à un environnement professionnel dynamique où l’automatisation augmente les capacités humaines. Ensemble, ces technologies émergentes constituent un nouveau type de « collègue » qui nous force à développer des aptitudes au travail d’équipe et une nouvelle sensibilité professionnelle.

Composite image: Micke Tong

Moderniser notre système éducatif va prendre du temps. C’est pourquoi nous encourageons les étudiants à développer leurs compétences également hors des institutions universitaires et à garder l’esprit ouvert. De nouveaux organismes de formation, comme General Assembly, servent de passerelle entre les institutions traditionnelles d’enseignement et le milieu professionnel. Utiliser ces organismes pour obtenir des certificats est un excellent moyen d’aborder et d’acquérir de nouvelles compétences spécialisées qui ne sont pas proposées aux étudiants dans le système universitaire classique. Ces « mini-diplômes » ou certifications peuvent aider les étudiants à se préparer aux métiers de demain en continuant d’acquérir des compétences et des connaissances dans toutes les disciplines, tout au long de leur carrière.

Le débat à propos de l’impact que la robotique, l’automatisation et l’intelligence artificielle auront sur nos emplois ne cessera pas de sitôt. Les effets sont réels. Pourtant, si nous faisons ce qu’il faut, une période comme celle-ci sème les graines de formidables opportunités. L’apprentissage continu doit être au cœur de notre stratégie d’adaptation et de développement, et être prodigué tant au sein des établissements d’enseignement traditionnels qu’en dehors.

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