Dans sa quête de l’approbation du public, les acteurs d’un projet ferroviaire norvégien font appel à la conception immersive

Par Rob McManamy
- 16 Jan 2018 - 6 min De Lecture
immersive design header Bane NOR
Composé d’images :Micke Tong.

C’est un projet ferroviaire de 10 km qui ne sortira pas de terre avant 2019. Pourtant, les représentants publics et les résidents de Moss, au sud d’Oslo, ont pu bénéficier d’un aperçu saisissant qui par le passé, aurait été réservé aux seuls concepteurs du projet.

Hans Petter Sjøen est le coordinateur de la gestion des infrastructures pour Bane NOR, la société publique responsable depuis un an du développement, du fonctionnement et de la maintenance des infrastructures ferroviaires nationales de la Norvège. Il évoque l’expérience : « nous avons installé une salle de visualisation dans la ville, où le public peut venir consulter le projet comme au cinéma, et les retours sont très positifs. Ça a bien fonctionné aussi avec les acteurs du projet. Ils nous disent qu’ils ont vu certains aspects sur grand écran, qu’ils n’avaient pas vu à l’œil nu. »

Au lieu d’une seule personne munie d’un casque, le cinéma en réalité virtuelle (RV) à 180 degrés qui a servi pour le projet embarque plusieurs spectateurs pour un parcours simulé dans le monde de la conception immersive, grâce au Navisworks Simulate. En renfort, un programme de maquette numérique (BIM Track) qui permet aux utilisateurs de laisser des commentaires en temps réel, créant un dialogue entre Bane NOR et l’équipe de conception Rambøll/Sweco.

« Un jour par mois, nous envoyons un de nos collègues dans le salon de visualisation RV afin de répondre aux questions que les visiteurs pourraient se poser, ajoute Jarle Rasmussen, chef de projet chez Bane NOR. Une fois que la construction débutera, en 2019, je pense que le public sera d’autant plus présent, pour voir à quoi ressemblera le résultat en 2024.Déjà, nous sentons que grâce à cette initiative, le projet est bien mieux accepté. »

Le programme de RV a été créé par une fusion-acquisition des géants de l’ingénierie Sweco et Rambøll Group, basés à Stockholm et à Copenhague, respectivement. En gestation depuis plus d’un an, le projet complexe comprendra la construction de 10 km de nouvelles voies, de deux tunnels et d’une gare de transit. Le projet réunit l’équipe de choc actuellement engagée dans le projet de la ligne InterCity à double-voie de 75 km entre Sørli et Lillehammer, au nord d’Oslo. À l’automne dernier, l’utilisation innovante de la modélisation numérique et des simulations 3D a permis à l’équipe ANS Rambøll-Sweco de remporter la première place dans la catégorie Infrastructure lors de l’édition 2016 des Prix Autodesk d’excellence en BTP.

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Le projet complexe comprendra la construction de 10 km de nouvelles voies, de deux tunnels et d’une gare de transit.Avec l’aimable autorisation de Bane NOR.

Selon la citation lors de la récompense : « Avec l’utilisation des simulations 3D et de la modélisation numérique, les équipes de conception ont pu visualiser, concevoir et gérer les difficultés environnementales. Au total, 120 intervenants, au niveau de l’approbation et de la conception, ont utilisé les outils BIM comme plate-forme centrale pour concevoir, proposer, analyser, partager, construire et commenter le projet au cours de toutes ses phases. »

Pour le nouveau projet de 10 km au sud d’Oslo, l’équipe a eu recours une fois encore à ces fonctionnalités. Et depuis janvier 2017, le programme de RV immersive s’est doté d’Autodesk InfraWorks afin de rendre la collaboration encore plus instinctive, à la fois pour l’équipe et pour le public.

« L’idée de lui donner la forme d’un cinéma est venue de Samuel Andersson, un de nos coordinateurs BIM, ajoute Oskar Karlsson, le responsable BIM de Sweco pour le projet. Il avait vu des informations sur le labo de réalité virtuelle de l’Université norvégienne de sciences de la vie (NMBU) à Ås [à environ 30 km d’Oslo] muni de ce grand écran. Notre première suggestion a été d’essayer un écran à 180° afin de donner plus de renseignements à l’équipe du projet. Il leur permet de voir l’évolution du site à toutes les phases du chantier, et bien sûr de voir à quoi il ressemblera une fois terminé. »

Oskar Karlsson précise que Bane NOR a inséré certaines clauses dans les pièces du marché afin de garantir que le système de signalisation le long de la voie ferrée serait conforme à la signalisation en vigueur. Le labo de réalité virtuelle, que l’équipe appelle le « B Lab », a amélioré la capacité du groupe à respecter ces dispositions, poursuit-t-il. « Lorsque nous avons réalisé que cela pourrait nous aider aussi à localiser les éléments plus facilement, nous l’avons utilisé pour localiser la signalisation le long du parcours », explique Hans PetterSjøen.

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Le projet de RV invite les spectateurs à parcourir une simulation du trajet grâce à la conception immersive. Avec l’aimable autorisation de Bane NOR.

« C’est la première fois que nous appliquons ces nouvelles technologies pour un tel projet, continue Christina Hegge, chef de projet chez Rambøll, évoquant l’utilisation ample de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée (RA) sur un projet d’infrastructures. Mais c’est l’avenir et nous les utiliserons de plus en plus ».

Elle explique que l’équipe est en train de réaliser la planification de détails techniques servant à la documentation d’un appel d’offres pour la livraison clés en main à la fois des travaux préparatoires et de la voix ferrée. Les travaux préliminaires sont actuellement en cours sur le site.

Jusqu’à présent, seuls l’équipe du chantier, le maître d’ouvrage et les autres parties engagées ont utilisé le grand écran de l’université afin d’améliorer leur collaboration. Le public, quant à lui, a été invité à utiliser le salon de visualisation à Moss pour se lancer dans un parcours au moyen de casques de RV. Les commentaires des deux groupes ont été extrêmement positifs.

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Bane NOR a inséré certaines clauses dans les pièces du marché afin de garantir que le système de signalisation le long de la voie ferrée serait conforme à la signalisation en vigueur. Avec l’aimable autorisation de Bane NOR.

« Traditionnellement, nous utilisions des plans et nous nous demandions comment utiliser la technologie pour susciter l’intérêt du public, poursuit Jarle Rasmussen. Les bâtiments d’aujourd’hui sont bien différents de ceux d’autrefois, beaucoup ne font pas l’objet de dessins physiques. Mais l’infrastructure n’est pas encore au rendez-vous. Nous espérons qu’elle le sera bientôt, mais nous savons que ce ne sera pas le cas dans un avenir proche. Nos installations sont dispersées sur de trop grandes étendues pour que nous puissions nous passer du format papier. »

Les deux collaborateurs s’accordent à dire que le rythme des évolutions technologiques est difficile à prédire. Ils ont débuté dans le secteur ferroviaire en 2003, et quand on leur demande à tous les deux s’ils avaient pu imaginer il y a 14 ans quel type de technologie ils utiliseraient aujourd’hui dans leurs projets, ils répondent à l’unisson : « Ah non, pas du tout ! »

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