Conception biophilique : des humains plus heureux et en meilleure santé grâce à l’intégration de la nature

Par Matt Alderton
- 5 Sep 2017 - 8 min De Lecture
Outside-In House Greenery home in London's Clerkenwell neighborhood.
Outside-In House Greenery home in London's Clerkenwell neighborhood. Courtesy Pantone/Airbnb.

Exception faite des quelques touches de rouge qu’apportent çà et là les fameux bus à impériale, les hivers londoniens sont plutôt gris. Cependant, en janvier dernier, le quartier de Clerkenwell a offert à Londres, le temps de quatre jours haut en couleurs, un véritable interlude printanier. Au milieu des façades de pierres des immeubles anglais, une porte affichait un vert vif au nez des passants, réveillant ainsi leurs yeux et leur âme.

Cette porte était celle de la maison Pantone « Outside In » (littéralement « Dehors Dedans »), un habitat temporaire créé par le Pantone Color Institute pour mettre à l’honneur la couleur PANTONE de l’année 2017 : la PANTONE 15-0343, également appelée « Greenery » (verdure).

« Satisfaisant notre désir croissant de régénération et revitalisation, Greenery symbolise cette reconnexion que nous recherchons avec la nature, avec autrui et avec un objectif plus grand » explique Leatrice Eiseman, Directrice exécutive du Pantone Color Institute.

Du 27 au 30 janvier dernier, la maison pouvait être réservée pour quelques nuits, via Airbnb. Elle mettait à l’honneur l’esprit de Greenery : une entrée boisée ornée de véritables fougères, de mousse et d’arbres, avec un dallage en tranches de tronc d’arbre, une serre faisant office de salle à manger, une chambre à coucher à l’image d’un jardin, avec son gazon, ses créations topiaires et ses plantes soporifiques, une salle de bain aux allures de forêt tropicale et une cuisine parsemée de pieds de plantes aromatiques et de légumes.

Cette maison aura été un élément marketing ingénieux et qui valait le détour. Mais elle allait même bien au-delà : elle était l’incarnation d’une tendance plus profonde au développement de la conception biophilique, qui par l’appropriation du besoin inné de nature qu’éprouve l’être humain, se destine à un avenir architectural aussi radieux qu’une porte verte sur la grisaille des façades londoniennes.

Biophilie : la nature nous le rendra

Ces 15 dernières années, l’architecture écologique s’est concentrée sur la conception de bâtiments capables de s’adapter à l’environnement et de le préserver. Mais si les partisans de la biophilie parviennent à se faire entendre, les 15 années à venir pourraient prendre un sens plus littéral : concevoir des bâtiments qui imitent la nature et l’étendent aux espaces intérieurs.

Pour Nash Emrich, expert technique chez Paladino and Co., un cabinet de conseil qui aide les architectes et les promoteurs à intégrer le développement durable dans leurs projets, « la biophilie, c’est cette connexion inconsciente qui lie les humains à la nature. Edward O. Wilson, qui a popularisé le terme dans son livre Biophilia, a un jour déclaré : “La nature détient les clés de notre satisfaction esthétique, intellectuelle, cognitive et même spirituelle.” Donc, plus les liens entre l’homme et la nature seront directs, et mieux ce sera. »

Des recherches sur plusieurs décennies laissent penser qu’Edward Wilson avait bien mis le doigt sur quelque chose. Un exemple récent est celui d’une étude de l’Université de Stanford qui associe le temps passé dans la nature à des bienfaits d’ordre mental. Des études similaires montrent que le simple fait de voir des paysages de nature accélère le rétablissement des patients dans les hôpitaux, la lumière du jour améliore les capacités d’apprentissage des élèves, et les employés travaillant dans des bureaux agrémentés de plantes d’intérieur tombent moins souvent malades.

L’effet est à la fois psychologique et physiologique. Les individus au contact de la nature, ou à proximité de celle-ci, disent se sentir moins anxieux et de meilleure humeur, et face aux environnements naturels, montrent également des réponses physiques positives, notamment des baisses de la pression sanguine, du rythme cardiaque et du taux de cortisol, une hormone liée au stress.

« Il y a des avantages physiques, mentaux et sociaux à entretenir des liens avec la nature, affirme Brendan O’Grady, vice-président des bureaux de Dallas de l’agence d’architecture CallisonRTKL qui a mis à profit la conception biophilique dans nombre de ses projets. Une méthode qui intègre ces liens avec la nature dans les espaces intérieurs peut aider les gens à améliorer leur santé, leur productivité et leur bien-être. »

Imiter Mère Nature

Bien que l’homme ait toujours su garder un lien avec la nature, l’évolution fulgurante de la technologie et de l’urbanisation donne plus d’arguments que jamais à la conception biophilique. C’est l’avis de l’architecte américain Dwayne MacEwen, président de DMAC Architecture à Evanston, dans l’Illinois.

« Le retour à la nature n’est pas une idée nouvelle en architecture, mais je pense qu’il occupe une place plus importante dans le monde d’aujourd’hui où l’on ne lâche plus nos appareils électroniques et où les gens vivent de plus en plus dans les zones urbaines. » Il fait un parallèle entre l’architecture et la musique : « C’est entre les notes que la magie s’opère, le reste n’est que du bruit. Nous avons besoin de cet espace entre les notes dans notre quotidien et je pense que des morceaux de nature peuvent nous apporter cela. »

Les architectes et les autres concepteurs peuvent avoir recours à de nombreuses méthodes pour générer cet « espace entre les notes ». Le cabinet de conseil en environnement Terrapin Bright Green a identifié 14 modèles distincts de conception biophilique comprenant le lien visuel avec la nature (une vue sur l’extérieur), le lien invisible avec la nature (stimulation auditive, tactile, olfactive ou gustative), la lumière dynamique et diffuse (intensités variables de lumière et d’obscurité), le lien matériel avec la nature (éléments et matériaux naturels), et les formes et motifs biomorphiques (références symboliques aux textures et formes présentes dans la nature).

Rendering of the Midtown Athletic Club in Chicago.
Vue du complexe sportif Midtown Athletic Club de Chicago. Avec l’aimable autorisation de DMAC Architecture.

Dwayne MacEwen a employé plusieurs de ces méthodes lors du projet du Midtown Athletic Club, à Chicago. Ce complexe sportif de plus de 175 000 mètres carrés, qui accueille également un hôtel, devait ouvrir ses portes cet été. La salle de fitness du club est bordée d’une paroi entièrement vitrée du sol au plafond donnant sur l’esplanade de la piscine extérieure et sur sa végétation. Les arbres en fleurs de l’esplanade apporteront cette touche de nature à l’intérieur, par une intégration visuelle. L’intérieur du club sera également agrémenté de bouleaux rétroéclairés, de parois en pierre de taille et de béton coffré avec des banches en bois afin d’évoquer des textures naturelles.

Et c’est toujours la nature qui domine le projet de CallisonRTKL pour les 65 000 mètres carrés d’extension des espaces de vente du centre commercial 360, au Koweït. Brendan O’Grady précise qu’une fois terminé à l’horizon 2019, cet espace sera composé d’immenses verrières, de plans d’eau plus vrais que nature, de palmiers d’intérieur, de blocs de pierre de taille et d’un mur végétal dressé dans la galerie, accueillant plus d’une centaine d’espèces de plantes différentes afin de purifier l’air, d’absorber le bruit et de minimiser les écarts de température dans le bâtiment, de la manière la plus naturelle qui soit.

Sans parler de ce nouvel hôtel inauguré au mois d’août au Texas, le Fairmount Austin, qui se targue d’être un véritable « parc dans un hôtel ». Conçu par l’architecte d’intérieur Warren Sheets, il rend hommage à l’historique Palm Park, situé à proximité, en intégrant un jardin de topiaires grandeur nature et deux majestueux chênes classés « Heritage » s’élevant de chaque côté de la réception.

« Je me suis intéressé à l’importance qu’accordent les habitants d’Austin aux activités de plein air, explique Warren, et comme l’hôtel était situé sur un parc, j’ai fait entrer le parc dans l’hôtel. »

The Fairmont Austin Hotel near historic Palm Park. 
Le Fairmont Austin Hotel, à proximité de l’historique Palm Park. Avec l’aimable autorisation de Fairmont Austin.

Planter du bonheur

Concevoir et réaliser un projet biophilique est plus facile à dire qu’à faire. O’Grady souligne qu’il faut étudier les conditions atmosphériques nécessaires à la survie des plantes d’intérieur, faire face au défi que représente l’entretien d’éléments tels que la végétation d’intérieur, les espaces aquatiques et les structures rocheuses, et concevoir les dispositifs qui permettront de masquer discrètement les infrastructures comme les lampes de culture et les pompes à eau. Sans oublier de prendre en compte les dépassements de budget.

Malgré cela, Nash Emrich reste convaincu que plus la société s’éloignera de la nature, et plus les investisseurs immobiliers prendront conscience de l’importance de les réconcilier.

« Plus de 90 % du coût d’un immeuble (à vocation commerciale) sert à rémunérer les gens qui s’y trouvent au quotidien, confie-t-il. Les entreprises sont en train de recentrer leurs priorités sur la création d’espaces favorisant le bien-être, l’investissement personnel et la productivité de leurs occupants. Et cela nous pousse tous à repenser notre façon de concevoir les bâtiments. »

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