Le gage du virtuel : 3 raisons qui prouvent que le cloud est la solution au manque de main d’œuvre qualifiée

Par Soo Song
- 28 Avr 2017 - 7 min De Lecture
Composé d’image : Micke Tong

C’est le réveil matin que tous les citadins abhorrent : le grincement des scies et le bruit des marteaux-piqueurs du chantier d’en face.

Mais c’est aussi la douce mélodie d’une forte reprise d’activité. Le marché mondial du BTP est aujourd’hui en plein essor, en France et dans d’autres pays, notamment aux États-Unis. C’est une des conséquences inattendues de la grande crise de 2008, lorsque l’activité s’était arrêtée net, forçant de nombreux travailleurs à quitter le secteur de manière permanente.

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Visualisation d’un chantier à l’Université d’État de Pennsylvanie. Avec l’aimable autorisation de Mortenson.

Malgré ces conditions favorables, un nouveau problème empêche le secteur du BTP d’atteindre sa vitesse de croisière : le manque de main-d’œuvre qualifiée. Cette carence est d’autant plus alarmante que dans le BTP, les salariés sont de plus en plus âgés. Et les jeunes ne sont pas légion pour remplacer les départs à la retraite.

« Les salariés qui ont entre 55 et 60 ans commencent à partir à la retraite. Pour nous, c’est une occasion en or, explique Anthony Colonna, vice-président des solutions de construction innovantes Skanska à Blue Bell, en Pennsylvanie. Nous devons attirer de jeunes talents aux parcours diversifiés et parfois atypiques. »

Maintenant plus que jamais, le secteur du BTP prend conscience qu’il doit être plus créatif et employer des techniques nouvelles et des outils innovants qui attirent le talent et améliorent le travail sur le terrain. Dans ce domaine, deux entreprises ouvrent la voie avec un outil spécifique : le cloud. Voici trois raisons qui prouvent que dans le BTP, cette technologie apparait comme la panacée du manque de main-d’œuvre qualifiée.

1. Le cloud attire les milléniaux, car il fait partie de leur culture numérique. « Nous avons demandé aux 65 stagiaires présents dans l’entreprise pour nos portes ouvertes ce qui les avait séduits chez nous, explique Ricardo Khan, directeur des solutions de projet chez Mortenson à Minneapolis. Un des catalyseurs était notre utilisation des technologies mobiles. Ils parlaient bien sûr d’iPad ou de téléphones, mais il ne s’agit là que de l’aspect matériel. Ce sur quoi repose tout le système, c’est le cloud ».

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Utilisation d’interfaces tactiles et d’appareils mobiles. Avec l’aimable autorisation de Mortenson.

L’engouement suscité par les mobiles est naturel, car les jeunes ont grandi avec la technologie (et ne savent pas s’en passer). À l’inverse des générations précédentes, ils sont entrés dans le monde du travail avec le nez dans les outils numériques, notamment dans les applications sur le cloud comme Dropbox et Google Docs, qu’ils utilisaient déjà à l’école.

« À l’université, pendant des années, ma fille a construit des bâtiments et des mondes virtuels dans des jeux comme les Sims : travailler sur un environnement tridimensionnel ne lui pose aucun problème, raconte Anthony Colonna. La nouvelle génération a non seulement déjà intégré la technologie, mais visualise et réfléchit déjà en 3D. Par exemple, ces deux dernières années, des Programmes de subvention de l’innovation, à l’instar de celui de Skanska, ont soutenu des projets pilotes qui intègrent les plates-formes de réalité augmentée et les moteurs de jeux en 3D, dont le mode de travail est basé principalement sur le cloud. »

Afin de capter l’attention des jeunes générations, le secteur devrait commencer par saisir leur mode d’expression. Comme le précisent d’autres études, de moins en moins de jeunes diplômés se tournent vers le BTP, quelle que soit la formation qu’ils aient suivie. Les technologies du cloud et les processus progressifs auraient donc plus de chance les attirer.

2. Le cloud permet aux concepteurs de s’exercer sur un écran, avant de construire pour de bon. « Si on compare avec le processus de développement produit, on a communément recours à des essais de vérification. Vous testez la fabrication du produit fini avant que la version définitive n’entre sur le marché », explique Anthony Colonna.

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Avec l’aimable autorisation de Mortenson

Mais dans le bâtiment, la donne est complètement inversée. Chaque nouvelle construction implique une phase de projet qui lui est propre. Pour chaque chantier, les entreprises sont forcées de réaliser le prototype.

C’est pourquoi la collaboration et les maquettes 3D sont une aubaine pour le secteur : aujourd’hui, grâce aux applications et prestations sur le cloud, les ingénieurs du BTP peuvent réaliser des simulations de leurs bâtiments, une évolution qui a son importance dans un milieu qui laisse peu de place à l’erreur.

Nous ne reproduisons pas complètement le modèle utilisé en production, car nous savons d’expérience que la collaboration active avec nos clients et avec nos partenaires permet de résoudre les problèmes virtuellement avant le chantier. Sans le cloud, atteindre un tel niveau de coopération ne serait pas possible. La nature même de ces applications exige leur hébergement sur le cloud afin de faciliter les échanges entre les entreprises et obtenir les résultats escomptés. »

3. Avec le cloud, on peut envoyer des instructions sur le chantier et donner des indications en temps réel. De là à affirmer que l’avenir du BTP peut prendre la forme d’un ordinateur, il y a un monde. Pour Anthony Colonna, il est évident que la technologie n’est qu’un des outils qui ont conduit Skanska et le secteur vers une si belle réussite. On continue de trouver beaucoup de solutions pendant la phase de chantier, où l’innovation doit primer. Selon Michal Wojtak, le responsable chantier intégré de Mortenson, la gestion des ressources humaines pèse lourd sur les budgets du bâtiment. Lui assigner uniquement des tâches qui pourraient être automatisées, comme la gestion de fichiers à distance, serait un gâchis de précieuses ressources.

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Le système de localisation Redpoint en action, utilisé pour le suivi des personnes et du matériel. Avec l’aimable autorisation de Skanska.

Mais le cloud peut aussi être utile in situ, grâce au grand boum des interfaces tactiles et des téléphones mobiles de ces dernières années. C’est ce que Mortenson nous expose avec sa vidéo d’instructions : les vidéos présentent en temps réel les instructions d’assemblage de systèmes tels que les panneaux solaires, ces supports numériques faisant office de carnet de notes, beaucoup plus efficace pour les ouvriers.

« Cela a considérablement amélioré la productivité sur nos projets, explique Ricardo Khan. Grâce à ce qu’en disent nos équipes sur le terrain, nous pouvons améliorer nos vidéos d’instructions afin de répondre à l’évolution des besoins du système ».

C’est en 2006 que Mortenson a employé ses premières applications sur le cloud afin de partager des informations internes et de mettre en contact ses partenaires commerciaux et les responsables de projet. Depuis cette époque, l’entreprise a beaucoup évolué, en embarquant des outils de coordination de projets tels que NavisworksBIM 360 Field et BIM 360 Glue d’Autodesk.

« Au début, explique Michal Wojtak, personne ne savait ce que le mot cloud pouvait bien vouloir dire. Comme ce concept n’était pas clair, nous avons redoublé d’efforts pour former les différents acteurs et leur apporter les informations nécessaires afin que les outils soient utilisés correctement. »

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Vue d’exemple d’une maquette numérique. Avec l’aimable autorisation de Skanska.

Le jeu en valait la chandelle, on le voit dans les améliorations de la productivité des salariés actuels et dans le potentiel d’attraction de la nouvelle génération. Mais si les entreprises espèrent attirer les jeunes diplômés avec les applications existantes du cloud, ce n’est qu’une question de temps avant qu’une nouvelle génération d’outils prenne la relève.

« À mesure que nous avançons dans le temps, nous verrons de nouvelles transformations avec l’utilisation de la réalité augmentée et les dispositifs portables connectés, ajoute Ricardo Khan, qui croit que l’avenir nous réserve encore de belles surprises. “L’Internet des Objets de construction” mettra le cloud à profit pour le suivi des ressources, la gestion du personnel et l’apport d’expertise, tout cela à l’endroit exact où le travail sera réalisé. »

Et cet endroit, que ce soit le site d’un chantier ou des bureaux, sera probablement en pleine effervescence, porté par une nouvelle génération en ébullition.

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