PME : comment le BIM stimule créativité et agilité

Par Maxime Thomas
- 9 Oct 2017 - 5 min De Lecture
traitement de l’air
Avec l’aimable autorisation de Sodistra.

Il s’agit de boîtes en polyester, semblables à des coques de bateau. De loin, on dirait des conteneurs. De plus près, c’est davantage aux frigos d’une cuisine professionnelle que font penser les unités de traitement d’air développées par Sodistra.

Depuis 45 ans, cette PME installée en Mayenne (France) réalise des équipements sur mesure pour les entreprises pharmaceutiques et agroalimentaires. Particulièrement exigeantes en matière d’assainissement de l’air et de maîtrise de la température et de l’hygrométrie, ces industries requièrent une filtration et une aération ultra-millimétrée qui ne sauraient souffrir aucune inconstance.

Sous-traitante pour des frigoristes, Sodistra tient compte de l’ensemble des besoins et des contraintes de l’utilisateur final dans sa production. Ainsi, l’une de ses dernières installations a été spécifiquement réalisée pour l’usine de Sodebo, le spécialiste de la sandwicherie industrielle. « Le frigoriste nous a donné les contraintes de froid et de débit, ainsi que ses exigences de filtration. En intégrant ces hypothèses dans Configurator 360, une solution Autodesk, nous avons automatisé la conception 3D des centrales de traitement d’air du projet », explique Erwan Coatanéa, le PDG de Sodistra.

Outre son aspect plus réaliste que le croquis, la visualisation 3D permet également de lever des doutes sur des détails qui échappent fatalement à l’œil dans le cadre d’une présentation sur plan 2D. Grâce à la représentation numérique, le processus de validation se trouve compressé quand le frigoriste présente le projet à l’utilisateur final. « Nous élaborons uniquement du sur-mesure. Notre travail est donc très artisanal. Pour autant, nous sommes dans une activité industrielle faite de normes et de contraintes réglementaires qui sont à la fois les nôtres et celles du client de notre client », résume le dirigeant mayennais.

Autre avantage de l’objet 3D : il permet de changer rapidement certaines cotes et de voir dans quelle mesure ces changements ont un impact sur l’ouvrage définitif quand l’utilisateur final demande des modifications. « Dans notre métier, ce qui détermine la cote est un échangeur thermique. En fonction de la température et du flux d’air choisi, cela va influer sur les cotes de cet élément. Chaque client ayant des exigences différentes, chaque centrale est faite à façon », explique Erwan Coatanéa. 

« Nous sommes en mesure de mettre à disposition des bureaux d’études un configurateur dynamique d’objets BIM, idéal pour la phase de conception. Celui-ci permet de créer un objet BIM sur mesure, répondant aux spécificités du projet grâce à une simple saisie des hypothèses de dimensionnement. L’outil Autodesk nous a ainsi permis de proposer un nouveau service. Nous mettons également à disposition de nos clients des objets BIM en phase exécution et en phase DOE. Du sur mesure pour l’exploitant. » Une réelle innovation.

Au cours de ses 45 années d’existence, Sodistra a accumulé une expérience et un savoir-faire d’une grande richesse. Pourtant, avant l’adoption du BIM, ses collaborateurs dessinaient des plans en 2D, pour lesquels de nombreux calculs pourtant maintes fois effectués devaient être repris faute d’automatisation. « L’objectif est de concentrer nos énergies sur les variables réelles. Nous avons donc abordé la solution de configuration par un biais a priori antinomique en… modélisant du sur-mesure », sourit le PDG.

Avec l’aimable autorisation de Sodistra.

Concrètement, certains éléments des centrales ne changent pas. La modélisation aide donc Sodistra à créer son modèle autour de ces mêmes contraintes. Erwan Coatanéa continue : « Dans chaque production sur-mesure, il y a du standard, du commun, de l’adapté et du spécifique. Il s’agit pour nous de ventiler les contraintes clients dans ces quatre catégories. Une porte reste une porte. Son système de fixation aussi. Ce qui change, en fonction de la taille de la centrale, c’est le nombre d’ouvertures. En fait, nous avons établi un modèle qui s’adapte à ce type de changement. Chaque changement de cote embarque ainsi avec lui un certain nombre de paramètres et contraintes périphériques, notamment de sécurité. Automatiser ce que nous savons déjà faire pour nous concentrer sur ce que nous ne savons pas encore faire. C’est une vraie accélération vers l’innovation. »

La transition numérique chez Sodistra ne s’est pas produite sans un changement organisationnel. Les équipes (environ 60 collaborateurs) évoluent désormais en mode projet. L’organigramme s’est aplani. Un module de réunion a été aménagé au centre des locaux. C’est dans cette pièce qu’on présente les projets en cours et qu’on en débat. « Dire que nous fonctionnons en mode agile serait très prétentieux, mais on peut en revanche affirmer que l’on a retrouvé de l’agilité », s’enthousiasme Erwan Coatanéa.

Avec l’aimable autorisation de Sodistra.

Ces transformations numériques et organisationnelles ont eu un effet immédiat avec l’accélération de la production destinée à l’export. Membre de la troisième promotion de l’accélérateur PME de la Banque publique d’investissement (BPI) ainsi que de la toute récente French Fab, la société entend profiter de cet élan et traverser l’Atlantique encore plus souvent. Ainsi, la création d’un poste de manager BIM a entraîné la montée en compétence d’un salarié anglophone. « C’est d’autant plus crucial à l’export. La 3D permet de gommer les distances et les incompréhensions, on gagne du temps là où les décalages horaires pouvaient faire perdre rapidement une ou deux journées », constate-t-on au sein de la PME mayennaise.

Les prochaines étapes de la transition numérique de Sodistra résident en particulier dans la mise en relation des objets BIM avec les robots d’usinage. « J’aimerais pouvoir générer, sur la base de Configurator 360, une impression 3D de la coque de la centrale afin que le client puisse expliquer les contraintes, les cotes et les proportions à l’utilisateur final ou au maintenancier », poursuit Erwan Coatanéa que la remarque d’un client voilà quelques mois avait comblé. « Il m’a confié que c’est la capacité de configurer des objets 3D en temps réel et de montrer leurs impacts de façon dynamique sur le bâtiment qui lui a permis de remporter une affaire. C’est le signe que nous avançons dans la bonne direction », veut-il croire.

Une question de bon sens en somme. Chez Sodistra, on prépare chaque échéance avec humilité. Pourtant, la PME sent qu’elle n’en est qu’au prélude d’une grande aventure… L’entreprise de traitement d’air guette le prochain courant ascendant.

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