N’est-il pas étrange que la technologie des capteurs, qui figure parmi les moins chères du marché, soit sur le point de révolutionner le BTP, l’un des plus grands secteurs industriels au monde ?

Les capteurs sont des dispositifs plutôt simples. On s’en sert pour mesurer quelque chose : la température, l’humidité, la lumière, le mouvement, tout ce qui peut être mesuré. De même, la technologie GPS ne sert qu’à une chose : indiquer l’emplacement de quelque chose.

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Mais lorsque vous combinez ces deux technologies avec la modélisation 3D sur le cloud, il ne s’agit plus de données brutes. Une connexion en temps réel s’établit entre le site du chantier et son jumeau numérique du cloud, donnant ainsi accès à un potentiel infini d’efficacité et de gestion de projet.

Ces trois choses vont changer radicalement la manière dont on bâtit et provoquer l’arrivée du BIM connecté : la modélisation numérique alliée à la puissance du cloud. Cette évolution est inéluctable si nous souhaitons relever les défis croissants auxquels doit faire face le BTP.

Un bouleversement dans le BTP
Selon McKinsey & Company, « le BTP est mûr pour un bouleversement ». Je suis tout à fait d’accord. Tout d’abord, c’est un secteur industriel immense. Il représente 6 % du produit mondial brut (PMB) et emploie environ 200 millions de personnes.

Son plus grand défi est l’explosion de la démographique mondiale et l’exode rural qui l’accompagne. Aujourd’hui, 3,5 milliards de personnes vivent en ville. D’ici 2050, soit dans 30 ans, les villes devront en accueillir 2,5 milliards supplémentaires. Pour répondre à ce problème, il faudrait construire près de 1 000 bâtiments par jour au cours des 30 prochaines années.

Malheureusement, le BTP est l’une des industries les moins préparées face à ce défi. Sa numérisation en est encore à ses balbutiements : le rapport McKinsey la juge à peine plus avancée que l’agriculture et la chasse, car seulement 1,2 % de son chiffre d’affaires est consacré au développement technologique.

Certains gouvernements imposent l’usage de la technologie BIM afin de rationaliser et moderniser les procédures de chantier. Depuis 2016 par exemple, une modélisation numérique d’un détail de niveau 2 est obligatoire pour tous les projets publics britanniques. Mais les architectes, les ingénieurs et les entrepreneurs n’ont pas attendu l’entrée en vigueur de la loi pour adopter cette technologie.

En effet, la productivité du BTP a grandement besoin d’amélioration. L’année dernière, McKinsey & Company notaient que les délais d’achèvement des grands projets d’infrastructures étaient généralement « 20 % plus longs que prévus et dépassaient parfois le budget initial de 80 % ».

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Deux tendances se profilent : l’une où la normalisation de la modélisation numérique va se poursuivre et l’autre où de nombreux leaders de ce secteur, qui sont actuellement en avance sur la courbe du développement technologique, vont travailler dur pour conserver cette avance.

Même aux États-Unis où le gouvernement n’a imposé aucune réglementation, les entrepreneurs réalisent des investissements non négligeables dans cette technologie. En 2014, dans un rapport de SmartMarket qui portait sur le BIM et le BTP, des entrepreneurs déclaraient s’attendre, dans les deux années à venir, à une augmentation de 50 % de leurs activités liées à la modélisation numérique.

Collaboration et coordination sur le cloud
Les vrais avantages du BIM connecté deviendront évidents quand les gens comprendront comment les technologies du cloud et de la téléphonie mobile vont révolutionner la collaboration. Aujourd’hui, la communication exige encore beaucoup de papier sur les chantiers. Au-delà du manque d’efficacité certain et des coûts astronomiques, le problème réel est qu’à peine un plan a-t-il été imprimé, qu’il faut déjà effectuer des mises à jour.

En utilisant des technologies mobiles pour l’administration des plans sur les chantiers, leur suivi et leur mise à jour continuels et en temps réel, une confiance inhérente se développe au sein de l’équipe, car chacun sait qui a fait quoi, quand, pourquoi et comment. Quelle que soit l’étape du cycle de vie du projet, toute opération effectuée est directement identifiable sur le cloud.

Le BIM connecté permet également de gérer les risques de chantier tout en accroissant l’efficacité et la qualité. Il permet de capturer quantité de données et de les analyser pour optimiser les projets.

Il est par exemple possible de collecter des données pour identifier le retard des travaux des électriciens et des plombiers. Mais en décomposant les raisons de ces retards, vous vous rendrez peut-être compte que le retard des plombiers est dû à des retards de livraison de matériaux ou à une erreur de commande. Ou peut-être que les travaux ont été effectués dans les délais impartis et selon les spécifications définies, mais que des percements nécessaires ont dû être effectués à un endroit où les ouvrages de plomberie étaient déjà achevés, ce qui obligerait le plombier à les refaire. Un retard dans les ouvrages de plomberie pourrait englober bien d’autres facteurs, mais grâce aux données du cloud, la programmation des travaux de plomberie et d’électricité peut être optimisée afin qu’ils soient exécutés au bon moment et que les projets tiennent les délais.

BIM + RV + IdO
Autre avantage du BIM connecté : la collaboration numérique ouvre la voie à la réalité virtuelle (RV), qui peut sembler sans intérêt tant qu’on ne l’a pas mise en pratique. Actuellement, c’est généralement par courrier électronique que l’on prend des décisions ou qu’on effectue des mises à jour. Mais imaginons qu’on puisse accéder à un environnement virtuel pour expliquer aux ouvriers du chantier les changements à effectuer. Concepteurs et ouvriers pourraient se retrouver dans un même environnement 3D, entièrement immersif, où ils verraient les mêmes choses, au lieu de discuter de ce qu’il faut faire ou de s’échanger des emails. Je pense qu’une fois que l’on aura vécu ce genre d’immersions virtuelles, elles deviendront rapidement l’outil de communication par défaut.

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Mais la technologie qui redéfinira et recontextualisera véritablement le BIM est l’Internet des objets (IdO). Il libère le potentiel des chantiers. Pour le moment, il est difficile de connaître les connexions qui existent entre toutes les personnes, les machines et les matériaux présents sur un chantier ou en dehors, et de savoir si elles ont efficaces.

Pourtant, une fois que les chantiers seront équipés de toutes sortes de capteurs, il sera possible de comprendre quelles tâches prennent du temps, comment les machines sont utilisées et si les matériaux ont déjà été livrés ou installés. Toutes ces informations seront collectées et rassemblées sur un tableau de bord, sur le cloud. Les mégadonnées peuvent ensuite être analysées pour identifier les habitudes ou les méthodes qui fonctionnent, et inversement.

Lorsque cette technologie aura été utilisée sur un, dix, des centaines ou des milliers de projets, les parties prenantes comprendront mieux pourquoi certains projets se déroulent bien et d’autres non. Mais en poussant le raisonnement, cela devient encore plus intéressant. Beaucoup d’entreprises, telles que Redpoint Positioning, Pillar Technologies ou Human Condition, utilisent des capteurs pour collecter des informations et étudier le comportement du personnel sur les chantiers.

Human Condition sait comment le corps fonctionne quand on transporte des charges ou quand on gravit une échelle, et le groupe peut savoir si les ouvriers d’un chantier adoptent la position qui convient pour ce genre de tâche. En fait, les données qu’il collecte permettent de prédire si un ouvrier aura un accident, en fonction de la manière dont il se penche et du nombre de fois qu’il le fait. Là encore, en faisant de même avec des milliers d’ouvriers du bâtiment dans le monde, il sera possible d’empêcher ce genre d’accident.

Une fois qu’on réalise comment cette connectivité affecte toutes les facettes d’un chantier, et en améliore l’efficacité, la sécurité et les coûts, il ne s’agit plus de savoir si cette évolution aura lieu, mais à quelle vitesse elle se produira.

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