Barovier&Toso font entrer l’art ancestral du soufflage du verre dans l’ère de la conception numérique.

Par Drew Turney
- 6 Mar 2018 - 5 min De Lecture
Barovier&Toso Taif chandelier
The Taif chandelier, designed by Angelo Barovier in 1980, is a Barovier&Toso icon. Courtesy Barovier&Toso.

Selon vous, quelle est l’entreprise technologique la plus ancienne ? Google fêtera son vingtième anniversaire en avril prochain. Si Apple ou Adobe étaient des personnes, leurs enfants seraient déjà des ados. Quant à la société originelle d’IBM, la Computing-Tabulating-Recording Company, elle a été fondée en 1911.

Oublions un instant les sociétés technologiques. Combien d’entreprises ont été fondées en 1295 ? Oui, j’ai bien dit « 1295 ». Installés à Venise, Barovier&Toso créent des œuvres en verre au moyen des techniques traditionnelles de soufflage depuis que Marco Polo est revenu de Chine. Mais en quoi est-ce une entreprise de technologie ? La société optimise ses méthodes de travail depuis sa fondation. Le dernier outil en date dont va profiter son savoir-faire est la conception numérique en trois dimensions.

Mais pourquoi une entreprise qui sait ce qu’elle fait (et ce depuis plus de 700 ans) changerait-elle sa manière de faire ? Sara Pedrali, directrice de la conception chez Barovier&Toso, explique que c’est bien plus qu’une simple méthode qui doit résister à l’épreuve du temps. « Si nous sommes restés à l’avant-garde au fil des ans, c’est précisément parce que nous avons su nous renouveler et rester dans l’air du temps, dit-elle. Nous utilisons les nouvelles technologies pour préserver la tradition ».

Traditionnellement, quand ils souhaitaient proposer une lampe, un lustre ou une œuvre décorative à un client, les maîtres verriers les dessinaient à la main, sur du papier glacé, avec un crayon gras. Ils obtenaient une représentation plate, qui exigeait de l’imagination pour les différences de couleur, de matériaux, etc.

Cela ne signifie pas que les méthodes anciennes ne sont pas une forme d’art en soi. Au fil du temps, Barovier&Toso ont conservé beaucoup de leurs créations, y compris celles d’Ercole Barovier (1889-1974), directeur artistique de la société et futur propriétaire, qui au plus fort de sa carrière, dans les années 1930, réalisait tout à la main. La société possède une bibliothèque active de plus de 25 000 modèles dessinés à la main.

Mais les temps changent, et aujourd’hui, le modèle peut être conceptualisé et affiné à volonté avant la fabrication, au moyen d’une maquette numérique, selon les mêmes procédés que pour un bâtiment, un logo ou à peu près n’importe quel autre objet. Sara Pedrali et ses collègues et collaborateurs utilisent Autodesk Fusion 360 pour la conception, la visualisation, la simulation et la fabrication, ce qui permet de centraliser les données et de simplifier le flux de production.

« Notre force, c’est que nous pouvons décliner presque tous les modèles de notre catalogue, en différentes couleurs et dimensions. Chaque objet réalisé est produit selon les exigences spécifiques du client », explique-t-elle. Autre avantage majeur de la conception 3D, l’entreprise peut concevoir, modifier et présenter ses produits dans un délai plus court qu’il ne l’a jamais été. De plus, la maquette numérique peut représenter toutes les options de fabrication possibles, ainsi qu’un rendu du produit final dans la pièce ou à l’endroit même où il sera installé, ce qui permet de vérifier sa pertinence in situ.

Les clients de Barovier&Toso comprennent des grands groupes tels que Four Seasons, Louis Vuitton ou Cartier, ainsi que des architectes d’intérieur qui travaillent pour des acquéreurs de complexes résidentiels ou de villas individuelles. Sara Pedrali indique que la répartition est assez égale, mais le thème commun aux exigences de tous ces clients reste le luxe : « notre clientèle est à la recherche de quelque chose qui soit non seulement luxueux, mais aussi très sélect et hors du temps ».

Barovier&Toso furnace room
Le fourneau de verrerie, au siège de Barovier&Toso. Avec l’aimable autorisation de Barovier&Toso.

C’est dans l’ADN de la maison. Près du fourneau, où après la conception, l’analyse, la simulation et la visualisation des modèles, se déroule leur réalisation, Sara Pedrali affirme que les méthodes de travail des maîtres verriers sont restées les mêmes : souffler, tourner et couper le verre pour obtenir la forme désirée, puis durcir le résultat dans la fournaise. Étant donné que le savoir-faire de ces artisans remonte à deux cents ans avant que Léonard de Vinci ne s’installe dans le voisinage, il est naturel que certains sourient à l’idée d’utiliser des outils ou des techniques modernes.

« Certains s’adaptent plus facilement que d’autres », répond Sara Pedrali lorsqu’on lui demande si au fil des ans l’arrivée les ordinateurs, et plus récemment de la CAO, a rencontré des réticences. « Mais à mon avis, nous avons pour la plupart accepté le changement avec enthousiasme. »

Ça a bousculé les habitudes de la phase de conception. Avec Fusion 360, Barovier&Toso peuvent produire un concept sous format numérique puis le modifier selon les désirs du client. S’il faut montrer au client à quoi ressemblera l’objet une fois terminé, l’équipe de Barovier&Toso peut en produire un rendu 3D dans Autodesk VRED, l’exhibant dans son contexte, que ce soit une chambre, une salle d’exposition ou un hall d’hôtel.

Barovier&Toso hand drawing
Les artisans de Barovier&Toso travaillent encore à partir de planches de dessins. Avec l’aimable autorisation de Barovier&Toso.

Mais même si les clients apprécient les rendus 3D complets, les maîtres verriers de Barovier&Toso ont toujours besoin des planches de dessins pendant le soufflage des pièces, chose que Fusion 360 peut facilement produire. Ainsi, c’est la phase de présentation au client qui génère la documentation du projet et non l’inverse.

Bien sûr, le génie du numérique et les nouvelles technologies ne valent pas grand-chose s’ils ne changent rien quand cela s’avère nécessaire. Sara Pedrali indique que depuis l’intégration de Fusion 360 et des autres produits d’Autodesk, les ventes ont augmenté.

Elle-même, son équipe de conception ainsi que ses collaborateurs externes sont également satisfaits de sa rapidité et de sa facilité d’usage, mais la numérisation de l’art du verre soufflé pourra-t-elle permettre à Barovier&Toso de rester en activité pendant les 700 prochaines années ? Pour Sara Pedrali, la preuve est dans la façon dont les clients réagissent. « Lorsqu’ils voient ce qui n’est qu’à l’état de projet cela les aide à visualiser le résultat final, constate-t-elle. Plus la peine d’imaginer le produit fini, vous pouvez le regarder ! »

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