Les communautés sur mesure pourraient être la clé de l’avenir du logement urbain

Par Matt Alderton
- 31 Jul 2018 - 9 min De Lecture
future of urban housing Architecture students use space-age materials and radical designs to imagine tomorrow’s urban housing centers. Courtesy Design Research Laboratory
Des étudiants en architecture utilisent des matériaux de pointe et des conceptions révolutionnaires pour imaginer les quartiers résidentiels de demain. Avec l’aimable autorisation de Design Research Laboratory.

L’histoire de l’urbanisation de Londres, où les Romains s’installèrent dès l’an 43, est longue et passionnante. Au cours de la Révolution industrielle et de l’Ère victorienne, la population de la ville était à son apogée, de même que les problèmes liés à la forte densité de population. L’air était chargé de suie et de fumée, les bas quartiers surpeuplés se succédaient dans le centre-ville, tandis que le choléra et d’autres épidémies se répandaient à grande vitesse en raison d’un réseau d’assainissement inapproprié.

Cette situation a inspiré l’urbanisation et les politiques de santé publique modernes qui doivent désormais définir la notion de « densité correcte » pour l’avenir du logement urbain. L’ONU prévoit que d’ici 2050, 66 % de la population mondiale vivra dans des zones urbaines, contre 54 % aujourd’hui.

Le Dr Alicia Nahmad enseigne l’architecture à Londres, où elle s’est trouvée aux premières loges pour étudier l’urbanisation. Hier comme aujourd’hui, en dépit des nombreux avantages au regroupement de la population au sein des villes, l’inconvénient le plus flagrant reste la surpopulation. « Les villes modernes telles que Londres sont très productives, mais aussi très chargées », explique-t-elle. « Il n’y a pas la place pour vivre. »

future of urban housing Architectural Association School of Architecture design research laboratory
Le Design Research Laboratory de l’Architectural Association School of Architecture recherche des solutions à la surpopulation urbaine grâce à une architecture innovante. Avec l’aimable autorisation de Design Research Laboratory.

Selon Alicia Nahmad, pour que des villes denses deviennent plus vivables, les citadins doivent organiser de nouveaux types de quartiers, peut-être grâce à une architecture innovante. Dans cette perspective, elle et son collègue Shajay Bhooshan, l’un des associés du cabinet londonien Zaha Hadid Architects, enseignent dans le cadre du master de 16 mois du Design Research Laboratory au sein de l’Architectural Association School of Architecture. Quatre équipes d’étudiants en master y testent de nouveaux matériaux de construction et des techniques de fabrication numérique dans le but de créer des logements urbains de grande capacité pouvant accueillir plus d’habitants.

Chaque équipe a conçu un type de quartier du futur, fruit de recherches menées au cours d’un récent séjour au BUILD Space (Construction, Innovation, Apprentissage et Conception) d’Autodesk à Boston. Leurs projets laissent entrevoir de nouvelles façons de vivre et de travailler dans des villes où l’espace est certes limité, mais où le potentiel pour des quartiers agréables et productifs est, lui, sans limites.

Tout en location et pas de propriété

A l’époque de Netflix, Pandora et Uber, du partage des véhicules et de la mise en commun des contenus multimédia, l’équipe Dwel.t s’est demandé si on ne pouvait pas en faire de même avec le logement.

La solution proposée par cette équipe est une communauté basée sur le concept de « Tout en location et pas de propriété », au sein de laquelle les futurs habitants participeraient à un mode d’hébergement par abonnement. Au lieu de vivre à un endroit de manière permanente, ils disposeraient d’un abonnement leur permettant de naviguer parmi une grande variété de lieux de résidence temporaires détenus et aménagés par une même société de gestion.

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Selon le modèle par abonnement de Dwel.t, les locataires peuvent évoluer parmi une grande variété de lieux de résidence temporaires en fonction de leurs besoins du moment. Avec l’aimable autorisation de Design Research Laboratory.

« Dwel.t est convaincue que l’architecture doit jouer un rôle majeur dans la construction de communautés et le partage des ressources, explique Shajay Bhooshan. » Les logements à partager de Dwel.t seraient également modulables et personnalisables afin de satisfaire les besoins des occupants successifs au gré de leurs allées et venues dans ces espaces. L’équipe mène des tests sur la fabrication numérique d’une ossature en bois pour la structure en concevant par ordinateur des composants pouvant être découpés sur une machine-outil CN, puis finis par un bras robotisé qui envelopperait l’ossature de verre ou de fibre de carbone afin de créer les murs extérieurs d’un espace de vie défini.

« Ils se sont penchés plus en détail sur des panneaux interchangeables légers créés à l’aide de techniques telles que le tissage de fibre de carbone. Ce matériau est tout aussi résistant que léger, si bien qu’il est possible de retirer ou de déplacer les murs plus facilement que s’ils étaient en béton, détaille Shajay Bhooshan. »

Ce serait l’équivalent architectural de Transpose, un avion modulaire développé par Airbus. « Airbus développe des modules sur mesure pour aménager l’espace intérieur des avions afin d’adapter chaque vol aux passagers à bord, ajoute Shajay Bhooshan. » Ces avions pourraient être équipés de modules préfabriqués tels que des cafés, des espaces de travail collaboratif, des structures d’accueil pour enfants ou des spas, selon la destination et le profil des passagers. « Ce genre de modules reconfigurables pourrait également être utilisé dans le domaine du logement. »

Des communautés de vie/travail

L’équipe Physical.net envisage une solution de logements partagés au sein desquels des réseaux de personnes pourraient vivre et travailler ensemble dans le même espace afin de dynamiser les économies locales.

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L’équipe Physical.net réfléchit à de nouvelles communautés de vie/travail permettant aux habitants de partager les ressources et de dynamiser les économies locales. Avec l’aimable autorisation de Design Research Laboratory.

« Historiquement, Londres était une communauté de vie/travail d’artisans, au sein de laquelle artistes et professionnels de la production vivaient ensemble en totale synergie. Physical.net souhaite créer des communautés de vie/travail similaires dans lesquelles une entreprise de technologie par exemple, côtoierait une équipe de prototypage, explique Shajay Bhooshan. »

De telles communautés pourraient faire d’une ville comme Londres une véritable Mecque de la start-up. « L’idée est d’aider les villes à rester compétitives à l’échelle de l’économie mondiale en développant de petites communautés ancrées dans un centre urbain et ultra-productives en termes d’esprit d’initiative, ajoute Shajay Bhooshan. »

Afin de mettre en avant le développement durable, l’équipe Physical.net s’intéresse de très près à l’argile imprimée en 3D. « Nous avions l’habitude de dépendre énormément de la terre et de la pierre renforcées avant que les matériaux modernes ne fassent leur apparition. Ils utilisent des matériaux fragiles, mais les formes elles-mêmes sont solides, car leur hypothèse part du principe que plus un matériau est solide plus il faut d’énergie pour le fabriquer, confie Shajay Bhooshan. »

Densité ressentie plus faible

Le centre de Londres abritait 5 millions d’habitants avant la Seconde Guerre mondiale. Sa population actuelle de 3,2 millions devrait à nouveau se hisser au niveau d’avant-guerre d’ici 2030. « Comment augmenter la densité sans tasser les gens comme des sardines ? interroge Shajay Bhooshan. » C’est la question à laquelle entend répondre l’équipe (Dense.com)munity en se concentrant sur la conception de logements à densité élevée.

future of urban housing (Dense.com)munity

L’équipe (Dense.com)munity exploite une géométrie incurvée complexe afin de réduire l’impression de densité des logements. Avec l’aimable autorisation de Design Research Laboratory.

(Dense.com)munity a l’intention d’héberger pas moins de 4 000 personnes par hectare dans des zones en hébergeant actuellement 1 500, et ce sans que les quartiers aient l’air surpeuplés. Leur solution exploite des splines activées par tension et des membranes textiles, des nœuds de bambou tendus enveloppés de tissu puis moulés dans du béton, pour transformer des structures unifamiliales en logement partagé. Imaginez, par exemple, l’équivalent architectural d’un confident, ces canapés en forme de « S » tirant profit de leur forme incurvée pour loger deux sièges confortables en une seule et même emprise au sol réduite.

« Pour obtenir une densité réelle élevée tout en gardant une densité ressentie faible, vous avez besoin de ce genre de formes complexes à double courbe. Et les textiles vous permettent de les réaliser, explique Shajay Bhooshan. »

Des communautés sur commande

Traditionnellement, les membres de la haute société londonienne avaient deux résidences : leur résidence principale et spacieuse à la campagne et une résidence plus modeste en ville pour leurs obligations sociales ou d’affaires. L’équipe Townhouse 2.0 souhaite donner naissance à une nouvelle génération de maisons de ville, conçues comme des résidences principales familiales.

Ils envisagent plus précisément des communautés ‟sur commande”. « Ce qu’ils sont en train de créer est une application qui serait une sorte d’équivalent de Tinder pour votre logement. Vous pouvez choisir votre communauté, ceux avec qui vous souhaitez vivre, puis commander une maison préfabriquée mettant en avant le [mode de vie communautaire], précise Shajay Bhooshan. »

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L’équipe Townhouse 2.0 envisage des logements sur commande mettant en avant le mode de vie en communauté. Avec l’aimable autorisation de Design Research Laboratory.

Par exemple, les familles avec des enfants à faire garder pourraient former une communauté avec des familles qui ont besoin d’aide pour préparer à manger. Ces derniers pourraient proposer une garde d’enfants partagée dans la journée et commanderaient des maisons préfabriquées équipées d’espaces de jeux pour enfants, tandis que les premiers cuisineraient des repas communs dans des maisons préfabriquées équipées de cuisines professionnelles. « La devise de Townhouse 2.0 est : formez votre communauté et passez commande de votre maison, explique Shajay Bhooshan. »

Pour que de petites maisons de ville proposent le même confort que de grandes maisons de campagne, Townhouse 2.0 exploite le pli incurvé permettant d’obtenir des espaces en 3D à partir d’une plaque de métal en 2D pliée à la manière d’un origami. « C’est une technique très légère permettant d’obtenir les formes complexes nécessaires pour répondre aux conditions asymétriques dans les villes. Alors que l’utilisation de cubes entraîne une perte d’espace dans les coins, l’utilisation des techniques d’origami pour créer des formes incurvées permet d’optimiser l’espace dans des contextes très étroits, ajoute Shajay Bhooshan. »

Bien que les idées avancées par ces quatre équipes restent en gestation, leurs recherches théoriques débouchent bel et bien sur une réelle innovation. « La réappropriation de nouvelles technologies pour la construction ouvre des portes qui pourraient mener à des solutions majeures aux défis liés au logement, anticipe Alicia Nahmad. » Un jour, ces solutions pourraient être utilisées pour « court-circuiter » l’immobilier résidentiel de manière à transformer le concept même de vie urbaine.

Remerciements à l’Architectural Association Design Research Lab (AADRL), au Studio Nahmad-Bhooshan et aux équipes étudiantes de conception de l’AADRL : Dwel.t—Leo Claudius Bieling, Ariadna Lopez et Basant Ali Elshimy ; Physical.net—Taole Chen, Suchart Ouypornchaisakul et Jeff Widjaja ; Townhouse 2.0—Genci Sulo, Ripple Patel et Neha Kalokhe ; (Dense.com)munity—Rohit Ahuja, Sooraj Poojari et Yuki Matsuda.

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