BIM : 3 clefs qui vous ouvriront les portes de l’avenir.

Par Matt Alderton
- 10 Avr 2017 - 7 min De Lecture

Les avancées de la technologie font inévitablement des victimes, mais aussi des gagnants.

Avec l’avènement des communications sans fil, les gens n’ont plus besoin de la traditionnelle vente par correspondance. Dorénavant, il leur faut des fournisseurs de services sur le cloud, comme la Fnac. La prolifération des réseaux numériques leur évite de se rendre dans les vidéoclubs : ils téléchargent leurs films sur Canal Play. Et avec les réseaux sociaux, ils n’ont plus besoin de Polaroïds. Ils prennent leurs photos directement sur leur téléphone, avant de les partager sur Instagram.

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Composé d’images : Micke Tong

Il ne fait pas de doute qu’on continue de communiquer, de regarder des films et de prendre des photos, mais les outils qu’on utilise ont changé. Il en va de même pour le bâtiment, observe Bill Allen, directeur associé des services de modélisation numérique chez EvolveLAB, une agence conseil de conception informatisée basée à Denver, aux États-Unis. Lentement mais sûrement, la modélisation numérique (BIM) est en train de prendre le pas sur la CAO en tant que support privilégié pour l’agencement et la modélisation des projets du BTP.

« En fait, la puissance de la modélisation numérique est assez phénoménale quand on considère comment elle nous permet d’atteindre notre but », commente Bill Allen, pour qui le BIM constitue le tremplin d’une transition du bâtiment vers un développement technologique passionnant : la conception générative. Grâce à une conception informatisée ou paramétrique, des algorithmes de logiciels utilisent la puissance de la modélisation numérique pour aider les architectes à générer la maquette des bâtiments en fonction des contraintes et des objectifs spécifiques, comme la lumière naturelle, le comportement thermique ou l’intégrité structurelle. Il précise que « les algorithmes sont maintenant capables de manipuler des données de construction et d’en produire 17 000 scénarios différents en l’espace de quelques jours ».

Bill Allen, qui l’année dernière, lors du salon Autodesk University de Las Vegas, a donné des conférences sur l’avenir de la modélisation numérique, prédit qu’avec le « BIM 2.0 », c’est-à-dire la conception générative, l’architecture fera bientôt un nouveau pas en avant. En automatisant l’optimisation de projet, les ordinateurs pourront trier automatiquement des milliers de permutations possibles et sélectionner les scénarios qui répondent le mieux aux exigences d’un projet. « Les ordinateurs vont pouvoir concevoir de manière beaucoup plus efficace que les humains ».

L’avenir est prometteur : les projets et les chantiers seront moins coûteux, plus sûrs, plus efficaces et plus adaptés à l’utilisateur final. Seul problème, malgré les avantages, certains professionnels s’accrochent aux anciennes méthodes de travail. Pour surmonter ce problème, Bill Allen pense que leur accompagnement vers la prochaine génération constructive exigera une démarche en trois volets, axée sur une progression de trois « P » : procédures, politiques et personnes.

1. Les procédures. Même les professionnels qui ont compris l’intérêt de la modélisation numérique ont du mal à s’y mettre. Ils essaient d’utiliser la nouvelle technologie avec des procédures obsolètes. « Beaucoup de gens veulent continuer d’utiliser les anciennes procédures parce qu’ils ne veulent pas changer leurs habitudes », constate-t-il.

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Composé d’images : Micke Tong

C’est comme s’ils essayaient de concevoir une cheville carrée pour un trou rond. L’un des avantages de la modélisation numérique, entre autres, est d’augmenter la vitesse et l’efficacité des tâches. Pourtant, de nombreux concepteurs tombent dans le piège de la production manuelle de données d’échange ponctuelles (data drops), qui ne sont ni rapides ni efficaces.

« Ils ouvrent Excel sur un écran, pour travailler avec le programme de leurs surfaces, et sur un autre, ils ouvrent AutoCAD ou Revit, et recréent manuellement les données alors qu’ils pourraient utiliser un outil de transfert Excel-Revit, comme Dynamo, pour créer les surfaces automatiquement dans Revit à partir d’Excel », indique Bill Allen, qui souligne que ce genre de « gâchis de données » se produit tout au long du cycle de vie d’un projet. « Mon travail consiste à leur apprendre les nouvelles procédures et à leur montrer qu’il existe une façon plus efficace de travailler ».

2. Les politiques. Parfois, les politiques de l’entreprise font que même ceux qui souhaiteraient adopter les procédures intuitives de la modélisation numérique n’en ont pas la possibilité.

Selon lui, les règles imposées par les services juridiques constituent souvent un obstacle, car l’évolution technologique est trop rapide par rapport à celle des contrats. La modélisation numérique, rappelle-t-il, fonctionne mieux lorsque tous les intervenants d’un projet peuvent se transmettre librement les données. Malheureusement, les contrats interdisent souvent le partage de l’information en raison de problèmes de responsabilité et de litiges : si un entrepreneur exécute une tâche selon les prescriptions qu’un architecte lui a transmises et qu’un problème survient, l’entrepreneur ou le maître d’ouvrage peuvent alors se retourner contre l’architecte. Les solutions doivent protéger toutes les parties, tout en les encourageant à collaborer.

Billa Allen propose une solution temporaire, qui consiste à envoyer une version électronique : « En gros, elle dit “Attention, je vous transmets cette information, mais vous devez confirmer que je suis en fait un gars sympa qui vous la transmet pour des raisons pratiques. Vous ne pouvez pas considérer cette information comme approuvée, et je ne garantis pas sa justesse”. »

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Composé d’images : Micke Tong

Les entreprises peuvent se protéger davantage en appliquant des filtres aux données qu’elles partagent. Les plans de construction pourraient être ombrés en vert, en jaune ou en rouge par exemple, pour indiquer s’ils ont été approuvés, s’ils sont provisoires ou s’ils sont incomplets. En collaborant avec tous les intervenants du projet, toutes les parties peuvent s’accorder sur les définitions, les procédures, les politiques et les paramètres dès le début du projet. Cela permet de réduire les risques tout en optimisant le déroulement des tâches sur lequel la modélisation s’appuie.

3. Les personnes. Le dernier « P » du puzzle vise les personnes concernées par les procédures et les politiques. « À mon sens, c’est l’aspect personnel qui pose le plus de défis, car même en mettant tous les atouts de votre côté, qu’il s’agisse de méthodes, d’instructions, de recommandations, d’astuces ou de la documentation, il est difficile pour une entreprise de changer de comportement si son équipe n’ met pas du sien », précise Bill Allen.

Bien que l’objectif de la modélisation numérique soit de mieux exploiter la technologie, ce changement d’attitude commence hors ligne. Bill Allen souligne l’importance de construire des relations personnelles solides, car elles peuvent constituer le facteur le plus important d’une transition technologique.

« Si nous parvenions à laisser notre ego de côté, à souder nos équipes et à travailler de manière collective plutôt que les uns contre les autres, cela serait une bonne chose », note-t-il. Les sujets de conversation simples, comme la famille ou le football, par exemple, sont un bon début : « Une fois qu’on parvient à déplacer la relation sur le plan émotionnel, les gens sont mieux disposés. »

Enfin, il sera essentiel de cultiver de meilleures relations, non seulement entre les personnes impliquées, mais aussi entre elles et la technologie, ce qui devrait être vécu comme une opportunité plutôt qu’une menace.

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Composé d’images : Micke Tong

« Pour ne pas prendre de retard face aux évolutions, il faut s’adapter et évoluer avec la technologie », insiste Bill Allen, qui compare la conception générative aux véhicules autonomes. Quand les voitures sans conducteur seront la norme, explique-t-il, les entreprises n’auront plus besoin de chauffeurs de camion. En revanche, elles auront besoin d’experts capables de gérer et de superviser leurs flottes autonomes. « La technologie va créer de nouveaux emplois et de nouvelles spécialités. Vous ne serez plus un simple concepteur, mais un concepteur de calculs. Vous deviendrez l’expert en conception générative de votre entreprise, au lieu de quelqu’un qui construisait uniquement des maquettes statiques ».

Mais pour y parvenir, vous devrez adopter les nouvelles technologies et ne pas hésiter à vous y former. Sinon, vous vous exposez à l’obsolescence.

« Ce n’est pas seulement une question d’emploi. Il s’agit d’apprendre, de se réinventer et d’innover, insiste-t-il, il y a un avant et un après-BIM. Ceux qui prospéreront seront ceux qui investiront en permanence dans l’apprentissage, la formation et le développement. Même si cela peut s’avérer frustrant, il faut accepter les bouleversements. »

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