Avec la RM, la RV et la RA, les humains et les machines seront unis dans le travail

Par Brian Pene
- 14 Déc 2017 - 6 min De Lecture
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Les craintes liées au remplacement des humains par l’intelligence artificielle et par les robots s’intensifient, qu’il soit question d’emploi ou de visions apocalyptiques d’asservissement de l’humanité. Mais le monde continue à produire des tonnes de données, il n’y a donc pas lieu de paniquer pour les ingénieurs et les concepteurs, bien au contraire. Les tendances actuelles de la technologie, dont la réalité virtuelle (RV), la réalité augmentée (RA) et la réalité mélangée (RM), pourraient créer des liens plus étroits entre les personnes et les machines.

 

La réalité virtuelle (immersion dans un monde complètement artificiel), la réalité augmentée (apposition d’un calque virtuel d’informations contextuelles à un milieu existant) et la réalité mélangée (mélange interactif des deux) commencent à prendre du galon. Mais elles n’en sont encore qu’à leurs premières armes. Dans quelque temps, les innovations d’aujourd’hui nous feront l’effet des premiers téléphones portables, celui de grosses briques encombrantes.

Un changement radical, porté par les progrès de l’intelligence artificielle et d’autres technologies, est déjà là, prêt à se frayer un chemin dans le monde de l’industrie. Le pouvoir de l’informatique, du graphisme et des nouvelles interfaces va décupler l’efficacité et la productivité des humains ainsi que notre capacité à intégrer et à mieux comprendre les informations qui nous entourent.

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Imaginez un monde où les plans et les prototypes ne sont plus nécessaires pour créer ou pour comprendre un objet. À la croisée de la RA, de la RV, de l’apprentissage automatique, de l’IA, de la robotique, de la fabrication avancée et de la conception générative, les humains et les machines pourront connecter les informations numériques au bâti. Les ingénieurs et les concepteurs seront aptes à interpréter des signaux complexes et intriqués et de les assigner au contexte concret de leur travail.

Des postes de travail et des chantiers comme on ne les a jamais vus

Concepteurs, ingénieurs, fabricants et entrepreneurs sont noyés dans le flux des informations dématérialisées. Leur travail n’est plus aussi simple qu’avant et les marges se réduisent, mais pour les cinq à dix ans à venir, c’est la nature même du travail qui sera en pleine mutation.

Aujourd’hui, les projets de BTP sont encore principalement sur format papier et de nombreux architectes utilisent des rendus 2D pour leurs plans. Mais dès que les concepts sont illustrés en 3D réelle, c’est-à-dire sous forme de données augmentées sur un chantier ou de réalité virtuelle lors d’une réunion de projet, ces informations prennent toute leur consistance.

Quelles que soient les disciplines ou les situations, on pourra utiliser la RV ou la RA pour simuler un dispositif qui existe déjà ou l’augmenter avec le contexte du chantier. Ce sera l’ère de l’efficacité et de la compréhension, conduisant à des prises de décision avisées, à une plus grande productivité et à la réduction des erreurs.

Pendant des années, les architectes regardaient leurs dessins avec satisfaction, mais s’ils ont devant les yeux une maquette BIM en RV, ils s’apercevront que le plafond est peut-être un peu trop bas ou que leur plan ne fonctionne pas. La RA représente un gros potentiel pour les chantiers. Munis du casque ou des lunettes (ou même d’une tablette ou d’un téléphone portable), les ingénieurs ou les entrepreneurs pourront superposer une maquette BIM à ce qu’ils voient sur le site, parcourir les lieux et identifier les problèmes éventuels, puis ajouter des commentaires, qui seront ensuite transposés automatiquement dans la maquette numérique.

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Avec la visualisation des données en RA et RV, ils pourront voir l’invisible. Autrefois, quand un ingénieur devait effectuer le calcul d’une charge structurelle avec la méthode des éléments finis, le résultat se présentait sous la forme de tableaux interminables. Aujourd’hui, l’ingénieur peut superposer une carte de gradients sur un projet pour voir les parties de la structure les plus susceptibles de rompre. Les procédures gagnent ainsi une nouvelle boucle de rétroaction.

De meilleurs prototypes et une meilleure formation

Les technologies RV, RA, et RM peuvent générer des économies directes et indirectes sur les projets, simplement en produisant moins, comme l’illustre l’exemple des prototypes en argile des fabricants automobiles. Mais imaginons que les ingénieurs puissent construire un prototype virtuel et prendre leurs décisions à partir de la maquette en RV ? Au lieu de contrôler des prototypes réels en réintroduisant les informations dans le projet manuellement, ces décisions seront traitables par informatique et introduites dans la simulation même. En remplaçant le prototypage par la RV et en l’intégrant au flux de production, les fabricants économisent des matériaux, du temps et de l’argent.

La RV peut également optimiser les projets d’architecture : lorsqu’un architecte dessine un portique pour un hôpital et qu’il doit déterminer la distance entre les services d’urgences et les blocs opératoires, une erreur de calcul peut être lourde de conséquences. La RV lui donne la possibilité de mieux comprendre le résultat final avant même de construire quoi que ce soit.

La RA peut servir aussi à la formation et à la reconversion des ouvriers sur les chantiers et dans les usines. Les employés bénéficiant de dizaines d’années d’expérience de terrain et de connaissances institutionnelles approchent de la retraite, emportant avec eux des informations précieuses. En captant ces informations aujourd’hui afin de former la nouvelle génération, on engagera une main-d’œuvre mieux formée, bénéficiant d’un apprentissage pratique.

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Une technologie balbutiante

La plupart des gens n’ont testé la RA, la RV et la RM qu’en version démo ou comme visualisation en phase finale, toujours en spectateurs. Alors comment la technologie s’intègre-t-elle au déroulement du projet, de la conception à la simulation et à la formation ? L’objectif est de centraliser et de connecter des informations dans ces environnements.

Lorsque l’ordinateur central a cédé la place aux ordinateurs personnels, les manières de travailler ont changé pour toujours. Puis les ordinateurs de bureau se sont mutés en PC mobiles et les données se sont envolées vers le cloud. Dans le nouvel âge informatique, les ordinateurs disparaîtront et le monde (ou même le corps humain) deviendra l’interface et l’écran, conduisant à de nouveaux types de saisie d’information, d’affichage, d’optique, de rendus, et à de nouvelles manières de transmettre les données de basse et haute fréquence dans les systèmes du futur.

À mesure que tous les appareils disparaîtront s’opérera une transition de la RA basée sur tablette ou de la RV filaire vers des casques plus fins et plus discrets. Tout va se dématérialiser peu à peu. Nous avons encore entre cinq et dix ans avant l’avènement des vrais hologrammes immersifs. Mais au cours des deux prochaines années, d’importantes découvertes auront lieu dans le monde de l’innovation.

Lorsqu’on en sera là, les concepteurs et les ingénieurs pourront observer toutes les choses qui les intéressent grâce à la RV, la RA et la RM, et interagir avec elles. Chaque participant d’un projet pourra se concentrer sur les aspects importants d’un scénario (c.-à-d. d’une forme) et pourra d’autant plus y prendre part.

La RV, la RA et la RM conféreront de nouveaux superpouvoirs aux concepteurs, aux ingénieurs et aux fabricants, comme celui de voir l’invisible, de s’impliquer dans de nouveaux projets hors de leur zone de confort et d’en prédire des résultats avec exactitude.

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