Avec la 5G, l’Internet des 20,8 milliards d’objets deviendra réalité

Par Matt Alderton
- 24 Mar 2017 - 7 min De Lecture
Composé d'images : Micke Tong

Imaginez la scène : une voiture sans chauffeur vous conduit tranquillement au travail pendant que sur le siège arrière, vous ajustez votre maquillage, ou un réfrigérateur, informé qu’il n’y a plus de lait, vous en commande une bouteille automatiquement. Pas mal, non ?

Et que dire d’une ampoule qui règle sa propre luminosité en fonction du moment de la journée, d’un t-shirt qui appelle les pompiers si vous avez une crise cardiaque, d’une porte d’entrée qui se déverrouille par reconnaissance faciale ou encore d’un hologramme qui vous permet de parler à vos proches à distance ?

Des véhicules automatisés aux maisons connectées en passant par les villes intelligentes et les réseaux de santé en ligne, l’Internet des objets regorge de possibilités. Un seul problème : les réseaux mobiles 4G ne sont pas assez puissants pour supporter les biens et les services du futur, qui fonctionneront avec la 5G.

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« La 4G est suffisante pour l’instant, mais d’ici 5 à 10 ans, elle ne pourra plus suffire aux exigences des nouvelles applications », prévenait en 2015 Zhiguo Ding, chercheur en télécommunications et professeur d’informatique et communication à l’Institut britannique des ingénieurs électriciens et électroniciens (IEEE).

Malgré des améliorations considérables des réseaux 2G et 3G, les réseaux LTE 4G n’avaient qu’un seul objectif : connecter les téléphones portables à l’Internet haut débit. En comparaison, la disponibilité des connexions doit rester permanente, les réseaux supportant des  machines, des dispositifs, des capteurs et des objets, entre eux et à leur réseau. Les efforts actuels se concentrent sur le lancement d’une nouvelle infrastructure cellulaire capable de tout connecter, des cafetières aux voitures, sans oublier les bennes à ordures et les drones.

Les réseaux sans fil de cinquième génération, ou 5G, sont la promesse d’une concrétisation de l’Internet des objets, qui n’est pour l’instant qu’un concept. Le résultat ne sera pas uniquement une nouvelle génération de produits et de services connectés, mais un nouvel espace de liberté ouvert aux créateurs de produits connectés.

Les réseaux 5G offriront des vitesses de transmission de 10 à 100 fois plus rapides que les réseaux 4G existants.

Les renseignements en mode 5G

Bien que la 5G soit encore en développement, elle pourrait sortir d’ici 2020, en phase avec d’autres déploiements commerciaux de grande ampleur. Le Japon, la Corée du Sud et l’Amérique du Nord seraient les premiers concernés, avec le lancement de démos et de pilotes 5G avant même cette date. En Corée du Sud, par exemple, l’opérateur mobile KT a prévu de lancer son réseau 5G pour les Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en 2018. À cette occasion, la ville d’accueil des JO, mais aussi Séoul, Jeongseon et l’Aéroport international d’Incheon seraient ainsi couverts par la 5G. Aux États-Unis, Verizon souhaite lancer son pilote 5G en 2017. Au Japon, le fournisseur de réseau Nokia et le transporteur japonais NTT DoCoMo ont prévu le lancement de leur réseau 5G pour les Jeux olympiques d’été de Tokyo en 2020.

Lorsqu’ils seront actifs, les réseaux 5G offriront des vitesses de transmission de 10 à 100 fois plus rapides que les réseaux 4G existants. En plus de leur vitesse, ils permettront une réduction du temps de latence, une fiabilité accrue, une connectivité améliorée et plus étendue, et une plus grande capacité, autorisant un plus grand nombre d’utilisateurs et de dispositifs à être connectés en même temps. Finalement, l’infrastructure étendra la portée de l’Internet des objets aux bâtiments, aux voitures, aux machines et à l’électro ménager : on prévoit que plus de 20,8 milliards d’objets seront connectés en 2020, au moment où la 5G sera déployée, alors qu’ils n’étaient que 4,9 milliards en 2015.

« La 5G prendra en charge des millions de dispositifs par kilomètre carré, ce qui contraste fortement avec ce que nous avons aujourd’hui, à savoir des dizaines de milliers ou des centaines de milliers d’appareils », prévoit Danny Tseng, responsable du personnel en marketing technique chez Qualcomm, qui a présenté en octobre 2016 son premier modem 5G, Snapdragon X50. Le vice-président du groupe, Cristiano Amon, l’a qualifiée de « première pierre à l’édifice de la 5G ».

5G technology Qualcomm Snapdragon X50
Snapdragon X50 par Qualcomm. Avec l’aimable autorisation de Qualcomm.

Lorsque l’édifice sera achevé, le téléchargement d’un long-métrage sur votre smartphone ne prendra que quelques secondes, votre voiture sans conducteur détectera et contournera automatiquement les obstacles sur la chaussée, votre médecin sera à même de réaliser à distance des interventions chirurgicales complexes et partout dans la ville, des données en temps réel seront collectées sur le trafic, la météo ou la criminalité.

« Les perspectives qu’offre la 5G sont passionnantes, commente Danny Tseng. Leur ampleur n’a pas de commune mesure avec celle de la LTE actuelle. »

Destination : design expérientiel

L’un des nombreux progrès qu’offrira la 5G sera un meilleur design produit. Prenons par exemple, l’effet des réseaux 5G sur la durée de vie de la batterie. Les réseaux reposent sur le modèle « hub-and-spoke », sorte de réseau en étoile, par lequel les dispositifs se connectent à distance à un point centralisé. À l’inverse, grâce aux réseaux 5G, les dispositifs se connectent l’un à l’autre sans passer par ce point central, permettant de partager des ressources informatiques de manière distribuée. Les communications sont plus efficaces et réduisent la consommation de la batterie.

La vitesse et les performances supérieures de la 5G ouvriront la voie à des fonctionnalités révolutionnaires comme les commandes vocales ou la reconnaissance faciale et bien d’autres encore.

Pour Todd Zielinski, directeur principal du génie électrique chez Bresslergroup, une société basée à Philadelphie qui se consacre à la conception de produits connectés à l’Internet des objets, « il sera possible de distribuer des architectures qui jusque-là ne pouvaient pas vraiment l’être : votre téléphone sera le processeur de votre montre. L’appareil connecté pourra se passer de processeur, car la charge de traitement des données sera répartie à d’autres dispositifs, réduisant ainsi la consommation d’énergie et la taille de la batterie. »

« Les produits seront plus petits, ajoute Danny Tseng. Regardez attentivement votre téléphone ou votre ordinateur portable : la batterie occupe une place importante. C’est encore plus flagrant lorsqu’il s’agit d’un tout petit capteur. S’il est possible de réduire la complexité d’un produit et de le rendre plus petit, il en devient moins onéreux et moins limité dans sa forme. »

« Les implications pour les utilisateurs sont encore plus prometteuses », affirme Timon LeDain, directeur IdO chez Macadamian, une société canadienne qui développe des logiciels de dispositifs connectés, axés sur l’utilisateur. Par exemple, la vitesse et les performances décuplées de la 5G ouvriront la voie à des fonctionnalités révolutionnaires comme les commandes vocales, la reconnaissance faciale, les images en temps réel, le traitement des vidéos et les interfaces utilisateur cognitives et basées sur les gestes.

5G technology Amazon Echo
Amazon Echo. Avec l’aimable autorisation d’Amazon.

« Prenons un produit comme Amazon Echo, explique-t-il. Son processeur actif sur le cloud est si rapide que vous avez l’impression de parler avec une personne réelle. C’est extraordinaire et cela apporte une véritable valeur ajoutée par rapport à une lecture sur écran ou à des boutons sur lesquels cliquer. Dès que vous êtes en interaction avec un dispositif d’une manière différente, cela ouvre la porte à de nouvelles opportunités qu’on ne pouvait jusque-là même pas envisager. »

Pouvoir communiquer avec sa maison, sa voiture, son système de divertissement et même avec son corps (grâce à des dispositifs biomédicaux que l’on peut porter) de la même manière qu’on le fait avec Echo, va propulser le design produit dans une toute nouvelle ère, sans écran. Au lieu de consulter votre smartphone pour vérifier un contact lors d’une rencontre professionnelle, par exemple, imaginez une oreillette munie d’une caméra embarquée qui reconnaîtrait une personne placée devant vous et vous soufflerait son nom et d’autres informations personnelles.

« Parfois, vous pouvez même rendre le dispositif invisible, conclut Timon LeDain. C’est le trésor que renferme la 5G et l’Internet des objets : présenter l’information à votre utilisateur final de manière à fournir une expérience du troisième type. »

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